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Promotion des droits de la femme en Afrique de l’Ouest : bientôt une stratégie de plaidoyer régional avec CARE

Promotion des droits de la femme en Afrique de l’Ouest : bientôt une stratégie de plaidoyer régional avec CARE

CARE International, avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD), travaille pour une stratégie de campagne de plaidoyer régional. L’objectif est de doter les groupes et mouvements de femmes des pays de la sous-région ouest-africaine d’un document réunissant les ressources nécessaires pour une campagne de plaidoyer pouvant booster la promotion des droits et du leadership de la femme dans les instances de prise de décision.

CARE International, avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD), travaille pour une stratégie de campagne de plaidoyer régional. L’objectif est de doter les groupes et mouvements de femmes des pays de la sous-région ouest-africaine d’un document réunissant les ressources nécessaires pour une campagne de plaidoyer pouvant booster la promotion des droits et du leadership de la femme dans les instances de prise de décision.

care Des pas vers la stratégie de pladoyer régional 

Un avenir prometteur pour les femmes dans les instances de prise de décision en Afrique de l’Ouest. C’est ce qu’on peut retenir de 4 jours d’atelier, organisé par CARE International avec l’appui technique de WACSI (Institut ouest-africain de la société civile), basé à Accra au Ghana. L’atelier a réuni, du 20 au 23 mars 2023 à Cotonou, des représentants de groupes et mouvements de femmes d’une part et de personnels de CARE International d’autres part, tous de 08 pays autour de l’élaboration d’une stratégie de campagne régionale de plaidoyer.

L’activité a été initiée dans le cadre du projet « Voix Collectives des Femmes et des Filles (VCFF) » financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et mis en œuvre PAR care International au Bénin, Madagascar et par l’Unité de Gestion de la sous-région Ouest-Afrique de CARE International. Cette stratégie de campagne vise à faire la promotion des droits des femmes sur le plan politique et notamment dans les sphères de prise de décision partout. 

Les femmes moins écoutées…

Le contexte a révélé que les inégalités entre les sexes persistent en Afrique de l'Ouest, y compris dans la région du Sahel. Bien que les femmes soient des actrices majeures dans les secteurs économique et social, en particulier dans le secteur agroalimentaire, elles restent cependant victimes de nombreuses inégalités dans la gouvernance participative, les processus de décision politique et économique, l'accès aux ressources et la gestion des ressources, les violences sexuelles et sexistes.

Les femmes ne sont pas autant écoutées que les hommes. « Elles sont sous-représentées et pas assez entendues dans les sphères de décisions », a déploré Beata Musabyemariya, Directrice régionale adjointe de CARE Afrique de l’ouest.

Elle a fait le constat de ce que les pays africains n’arrivent pas à assurer à la femme les mêmes droits et les mêmes possibilités de prise de décision dans les domaines économique, social et politique qu’à l’homme. « A titre d’exemple, dans toute l’Afrique de l’ouest, pas une seule femme n’est présidente ou premier ministre et il n’y a qu’un seul vice-président qui soit femme », a-t-elle fait remarquer.

Pour elle, il urge, au vu de ces constats, d’effectuer la transformation au niveau des politiques et pratiques afin de garantir l’égalité des chances entre le genre. Et c’est ce que fait CARE à travers son projet « Voix des collectives des femmes et des filles -VCFF) ».  

Ne pas baisser les bras

La femme a été davantage valorisée lors des travaux. Selon Arthur Adjibodou, Responsable du centre de promotion sociale (CPS) de Dangbo, commune du sud-est du Bénin, la femme mérite de retrouver la place qui devrait être la sienne au cœur du développement. Selon lui, la femme, éducatrice de la société et « éducatrice des hommes qui occupent des places très importantes dans la société », doit être placée au cœur du développement.  

Sa majesté Adjignon Natabou, reine des Adjas Fiokomènou à Toviklin, au sud-ouest du Bénin, a invité les femmes à ne pas baisser les bras où qu’elles soient. Elle a partagé avec l’assistance un témoignage pour motiver les femmes à lutter pour leurs droits partout où besoin sera. « Il y avait une situation de sinistre où on a relogé toute la population vers un autre endroit et il fallait amener les vivres et tout mais l’équipe des secouristes a oublié de mettre des articles de toilettes des femmes dans les effets.Des femmes se sont rebellées. Elles ont estimé avoir été brimées, parce qu’on devrait savoir qu’elles auront besoin de ces articles pour leur toilette », a raconté Sa majesté Adjignon Natabou.

bSa majesté Adjignon Natabou à l'ouverture de l'atelier

Elle soutient que s’il y avait eu au moins une femme parmi les secouristes, elle aurait pensé à ces articles. La leçon qu’elle tire de cette histoire est de faire comprendre aux hommes que partout où d’importantes décisions seront prises, il faut que la femme soit associée, afin de contribuer aux réflexions et aux décisions qui seront prises.

Sa majesté Adjignon Natabou a aussi étayé ses propos sur l’importance de la femme dans la société par une interprétation de l’adage « la nuit porte conseil ». « Quand on dit que la nuit porte conseil, ce n’est pas l’oreiller, c’est une femme. C’est soit une sœur ou une épouse », a expliqué la reine.  « La femme est en amont et en aval », a-t-elle insisté.

Des participants aguerris

A l’issue des débats, contributions et partages d’expérience, les participants sont sortis satisfaits de cet atelier régional.

Régina Guédou Gbaguidi, directrice exécutive de l’ONG FADeC, partenaire de mise en œuvre du projet au Sud du Bénin s’est dite chanceuse d’y avoir pris part. Désormais, elle comprend mieux les techniques d’approche d’un plaidoyer. « Ici nous avons compris que le plaidoyer est une nécessité. Ce n’est pas une chose qu’on peut ignorer. Le plaidoyer est tout un cheminement », a-t-elle déclaré. Elle croit en ses capacités à élaborer un plaidoyer. « On peut désormais se lever et monter un plaidoyer tout en étant à l’aise », a signifié la directrice souhaitant une prochaine rencontre pour évaluer les acquis de l’atelier.

Fatimata Yacouba, présidente de l’organisation de femmes Mata Masu Dubara (MMD, qui veut dire Femmes ingénieuses et qui représente les Associations villageoises d’épargne et de Credit), du Niger, promet avoir plus d’impacts dans leurs actions. « Le MMD, c’est plus de participation politique des femmes. Cet atelier va nous permettre d’accroître notre représentativité. Nous avons beaucoup appris et nous allons essayer d’avoir plus d’impacts », a-t-elle affirmé. La président de la fédération du MMD a rappelé que son organisation a contribué à l’élection de 200 conseillères au niveau régional et municipal ainsi que 3 femmes à l’Assemblée nationale, au Niger.

De leur côté, l’Union des femmes élues conseillères de l’Alibori, Atakora, Bourgou, Collines et de la Donga (UFEC-2ABCD) du Bénin entend améliorer leur façon de faire les plaidoyers. « Notre activité principale c’est toujours les plaidoyers, et nous les faisons sans avoir les outils nécessaires ni comprendre ce que nous étions en train de faire. Mais avec cet atelier, il y aura un changement », témoigne Virgina Monra, coordonnatrice de l’UFEC 2ABCD. Elle dit savoir désormais les différents acteurs à impliquer dans l’organisation efficace d’une campagne de plaidoyer. Ce qui permettra à l’Union d’améliorer ses interventions.

carePhoto de famille des participants à l'atelier

Pour la reine des Adjas Fiokomènou, l’atelier a été une occasion pour renouveler l’implication des leaders religieux, des chefs traditionnels et des autorités locales pour la promotion de la femme. « Il faut tenir compte de nos réalités socio-culturelles pour développer le Bénin et l’Afrique. Il faut forcément des solutions locales aux problèmes locaux. Il faut que les textes de loi soient en harmonie avec les réalités socio-culturelles pour que dans l’application les populations trouvent la facilité à mettre en œuvre », a-t-elle suggéré. Sa majesté a clamé son engagement à continuer la sensibilisation, le plaidoyer et surtout l’éducation des femmes à ne pas réclamer que leurs droits, mais à assurer également leurs devoirs.

3 ans : une durée réaliste

Des propositions, contributions et partages d’expériences des participants sortira un document de stratégie de campagne de plaidoyer. La campagne de plaidoyer sera mise en œuvre en Afrique de l’Ouest. Elle va s’étendre sur une durée de 3 ans auprès des autorités pour que la femme retrouve la place qui est la sienne au cœur du développement des nations.

Guillaume Aguettant, Directeur pays de CARE Bénin Togo s’est dit satisfait de la qualité du plan d’activité de la campagne régionale de plaidoyer. « On ne veut pas changer le monde. On veut juste avoir plus de femmes en politique et dans les sphères de prise de décision », a-t-il martelé. Il a salué l’objectivité de la durée choisie pour la campagne. « 3 ans, bravo ! Un an et deux c’est trop court. Avec 5 ans, on a trop de temps et on se perd des fois. Mais 3 ans on sait exactement quoi faire », a-t-il insisté.  

Pour Matin Périka, directeur adjoint de l’AFD au Bénin, la lutte pour l’égalité homme-femme doit continuer jusqu’à ce que les résultats soient atteints. « Il a fallu attendre 1945 pour que les femmes aient le droit de voter en France », a-t-il indiqué, ajoutant que les violences faites aux femmes sont un fléau universel. Il a aussi insisté sur le fait que la VBG n’est pas que le problème des femmes. Il est également et surtout celui des hommes, des autorités politico-administratives. « Si le combat (pour éradiquer les VBG, ndlr) est fait uniquement par les femmes et les filles, il sera difficile (d’atteindre les résultats, ndlr) », a-t-il lancé.

Deux champions désignés pour la campagne

Les participants ont désigné à l’unanimité la reine Adjignon Natabou et le roi Ibrahim Biao, rois de Soubroukou, ayant également pleinement participé à l’atelier, comme les champions de la campagne régionale. Ils porteront la voix de CARE International dans les luttes contre les différentes sortes de violences basées sur le genre. Selon Mahulé Dégboé, coordonnatrice programme promotion et protection des droits à CARE Bénin-Togo, les personnalités ont été choisies compte tenu de leur participation permanente aux travaux de l’atelier. « C’est pour la première fois qu’on a vu un roi et une reine assister à l’un de nos ateliers du début jusqu’à la fin », a-t-elle témoigné. Elle se dit confiante de ce que le document de stratégie de campagne sera bénéfique pour chaque pays participant et bien d’autres.

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