Sandra Idossou, promotrice de l’artisanat made in Benin, repart optimiste de l’atelier organisé autour du textile béninois par le bureau pays de la Banque africaine de développement (BAD). « Le commencement de ces discussions pour moi, c’est le début de solution », affirme la directrice de Kouleurs d’Afrik, une galerie basée à Cotonou.
« Je crois que c’est une très belle initiative de réunir tous les acteurs de la production de ces textiles et ceux qui créent des vêtements, accessoires et autres articles de mode. Il faudrait qu’on continue les discussions pour qu’au-delà de ces échanges, on ait des réponses réelles concrètement pour que le textile soit quelque chose qui puisse développer nos économiques locales », ajoute-t-elle.
L’atelier a réuni les producteurs de tissus, les teinturiers, les stylistes, les modélistes, les brodeurs, les couturières et couturiers, les consommateurs, les professionnels des fonctions support, de la chaîne de valeur de la confection textile, les représentants des organisations faîtières ainsi que les représentants de l’État directement concernés par le secteur.
Robert Masumbuko, responsable pays du Groupe de la Banque africaine de développement au Bénin, a expliqué que l’atelier vise à aider les petites et moyennes entreprises béninoises du secteur textile à mieux se structurer
La rencontre s’inscrit dans le cadre des objectifs pays de la Banque, pour la période 2022-2026 au titre de l'appui au développement du secteur privé.« L’atelier est une étape pour aider les petites et moyennes entreprises béninoises à se structurer et à mettre en commun leurs efforts pour accompagner la dynamique mise en place par les autorités béninoises en faveur du développement de l’industrie textile, par le biais de la confection locale en série », souligne Robert Masumbuko, responsable pays du Groupe de la BAD au Bénin.
« Ce projet d’industrialisation de l’habillement en petite série au Bénin proposé par la Banque africaine de développement, s’imbrique dans ce mouvement d’innovation à forte valeur ajoutée pour le consommateur béninois, que le gouvernement s’efforce d’impulser au sein de l’industrie béninoise », souligne à cet effet, Dario G. Ebo Sacramento, Directeur adjoint de Cabinet du Ministère de l’Industrie et du Commerce.
Marché éclaté, concurrence déloyale, cherté de produits…
L’objectif de l’atelier est d’identifier les défis et mieux appréhender les besoins et les attentes de l’écosystème du textile, dans la perspective de la mise en œuvre d’une solution mutualisée pour la confection textile en série, au sein d’une chaîne de mise en valeur inclusive pour les acteurs locaux.
Le Bénin est un pays producteur de coton en Afrique, avec une production annuelle dépassant les 700 000 tonnes. Ces dernières années, des réformes ont été engagées pour la transformation de la fibre du coton à l’intérieur du pays afin de donner une valeur ajoutée à la consommation locale. L’industrie du textile au Bénin a le potentiel de devenir un des principaux employeurs du pays. Le marché local devrait connaître une croissance remarquable dans les prochaines années, selon les autorités. Enthousiasmés par cette perspective, les acteurs locaux du secteur évoquent tout de même les problèmes qui méritent attention.
Calixta d’almeida, panéliste à cet atelier, énumère deux problèmes importants, à savoir le manque d'interaction entre les acteurs du secteur et l’accès à la matière première. « On a des talents chez nous mais on doit travailler à ce qu’on arrive à se regrouper sur la chaîne. Il faut pouvoir assurer la disponibilité de la matière première de bonne qualité pour que les produits finis mis sur le marché soient d’une meilleure qualité », explique-t-elle. Son constat rejoint celui de Nathalie Daouda Adikpeto, consultante de la BAD pour le secteur privé au Bénin, qui décrit « un marché éclaté, avec énormément de volonté, beaucoup d’effort pour faire des choses » avec des « opérateurs qui n’arrivent pas à se mettre ensemble pour travailler ».
Eric Huannou, créateur de mode et fondateur de la Maison Nokwé se plaint, quant à lui, de la concurrence déloyale des commerçants de friperies, les vêtements d’occasion et les vêtements de bas prix fabriqués en Chine. Il évoque également le manque de moyens pour l’achat d'équipements.
A ces problèmes s’ajoute celui du manque de formation de haut niveau, selon la styliste Faridatou Modoukpe Yekini, promotrice de la marque du Kanvo, une étoffe ancestrale tissée faite à base du coton.
Ces différents problèmes ont deux principales conséquences, relevés par les producteurs locaux. La faible productivité et la cherté des produits. « Notre clientèle ne se loge qu’en haut de la classe moyenne. On n'est pas très compétitif parce qu’on est limité sur ce que nous pouvons faire », regrette le créateur de mode Eric Huannou. Et de poursuivre : « la demande, je la connais, elle me tutoie, elle me regarde passer, mais je n’ai pas les moyens de répondre à ça ».
Pistes de solutions
« Outre le fait de rassembler les parties prenantes pour collecter des données qualitatives sur les besoins réels des opérateurs privés et publics, l’atelier a également permis de proposer un modèle industriel local alternatif face à des solutions traditionnelles de niche ou des produits importés de moindre qualité », précise la BAD dans son communiqué de presse sur l’activité.
L’enjeu de l’initiative, rappelle la banque de développement, est qu’à côté de la production massive de produits textiles, d’aboutir à la mise en place d’un modèle de production mutualisé, accessible et rentable financièrement pour le consommateur local mais également pour satisfaire la demande extérieure.
Les acteurs de la chaîne de valeur textile du Bénin étaient à l’atelier pour explorer les alternatives pour stimuler le secteur
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