INTERVIEWS

Pourquoi la France combat le terrorisme en Afrique ? Réponses du Général Pascal Ianni

( words)

La France Complice des terroristes ou véritable soutien des Etats africains en proie à la montée des forces du mal ? Pourquoi la France est engagée dans la bataille entre les armées africaines et les organisations terroristes ? A qui profitent la multiplication de foyers terroristes en Afrique de l’Ouest ?

Le Général Pascal Ianni, porte-parole du chef d’état-major des armées de France vous apporte des éléments de réponse dans cette interview à Banouto.

pascal-ianni-pourquoi-france-combat-terrorisme-afriqueColonel Pascal Ianni

La France est très active sur le théâtre de la lutte contre le terrorisme au Sahel et en Afrique de l'ouest. Pourquoi cet engagement ? Que gagne la France dans ce combat ?

 La France s’est engagée dans la lutte contre le terrorisme au Sahel en janvier 2013 lorsque les autorités maliennes lui ont demandé d’intervenir militairement pour stopper les colonnes de djihadistes qui menaçaient Bamako. La France a stoppé ses colonnes, les a dispersées et a permis au Mali de recouvrer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire alors que la moitié Nord du pays était passé sous le contrôle des groupes djihadistes depuis plus d’une année. L’action de la France a permis d’éviter l’effondrement des armées maliennes et de l’Etat malien.

La France reste engagée dans la lutte contre le terrorisme à la demande expresse des pays de la région.

 

Les armées françaises sont déployées et combattent pour répondre à ces demandes. Dans ce cadre, le partenariat militaire de combat avec les armées locales, la coopération opérationnelle et la réassurance sont les trois principaux domaines d’intervention des armées françaises au Sahel et en Afrique de l’Ouest. L’objectif est bien de combattre le terrorisme aux côtés des armées africaines et d’être en mesure de leur apporter un appui lorsqu’elles le demandent, grâce notamment aux capacités aériennes déployées au Niger.

Certaines opinions sur les réseaux sociaux accusent la France d'être bailleur des terroristes ? Que répondez-vous à ça ?

 Les accusations de collusion avec les groupes terroristes sont totalement infondées et mensongères. Les armées françaises sont engagées contre les groupes terroristes aux côtés des armées africaines et des pays occidentaux. Prétendre le contraire relève de l’affabulation et de la désinformation. Le combat que nous menons ensemble contre le terrorisme s’est d’ailleurs traduits par des résultats concrets.

Nous avons empêché l’effondrement du Mali en balayant les groupes terroristes en janvier 2013.

 

Nous avons porté à bout de bras l’armée malienne pour lui permettre de passer de 7000 hommes en 2013 à 34000 en 2021. Pendant cette montée en puissance, c’est la force Barkhane qui a porté l’essentiel de l’effort contre les groupes terroristes.

Fin 2019 et début 2020, les forces maliennes et nigériennes ont subi de très lourdes pertes face à l’EIGS. C’est l’engagement résolu de Barkhane dans la zone des Trois frontières, avec les armées nigériennes et maliennes qui a permis de mettre fin à ces attaques massives et qui a permis d’affaiblir durablement l’EIGS.

pourquoi-france-combat-terroriste-afrique-pascal-ianniSoldat français au Mali

Je rappelle également que c’est Barkhane qui a neutralisé le chef de l’EIGS en août 2021. Donc ce procès n’est pas fondé. Mais nous savons que ces accusations continueront et que certains groupes, notamment les mercenaires de Wagner, entretiennent ces mensonges pour nourrir le sentiment anti-français.

 Les accusations soutiennent que les équipements et armements de fabrication occidentales retrouvées chez les terroristes justifient une certaine accointance entre ces forces du mal et des pays occidentaux comme la France. Que dites-vous face à ça ?

Si des équipements et de l’armement de fabrication occidentale sont retrouvés chez les terroristes, c’est parce que les groupes terroristes s’arment dans les unités maliennes qu’elles attaquent et qui abandonnent leur matériel ou qui se le font voler. C’est assez simple malheureusement.

Selon vous, à qui profite la montée du terrorisme au Sahel et en Afrique de l'Ouest ?

La montée du terrorisme profite d’abord au groupes djihadistes et aux extrémistes qui exploitent des problèmes politiques, économiques ou sociaux anciens pour prospérer sur la pauvreté, les tensions intercommunautaires, les difficultés de la vie quotidienne, les problèmes d’éducation. Au final, ce sont les populations locales qui sont les premières victimes du terrorisme. Et seule une réponse globale, politique, économique et sociale permettra de venir à bout de ce fléau.

La solution militaire n’est que temporaire. Elle permet d’éviter l’effondrement des Etats et créer des conditions favorables pour le développement. Elle ne peut pas seule résoudre le terrorisme. C’est en partie pour cela que l’action de Barkhane est critiquée. Mais la mission de Barkhane n’a jamais été de faire disparaitre le terrorisme. Barkhane avait pour mission d’appuyer la montée en puissance des forces locales, d’empêcher l’effondrement du Mali, d’empêcher la création d’un califat territorial. C’est ce qui a été fait.

 Vous montez régulièrement au créneau pour dénoncer des infox ciblant l'armée française en Afrique. Comment expliquez-vous cette avalanche de désinformation contre la France ?

L’avalanche de désinformation contre la France s’inscrit dans le cadre plus global de la guerre de l’information menée par la Russie contre l’Europe et contre la France en Afrique.

 

Le champ informationnel et le champ des perceptions sont devenus des terrains d’affrontement majeur car ils sont immatériels. Tout est permis, y compris le maquillage d’un crime de guerre comme à Gossi en avril 2019 où les mercenaires de Wagner ont tenté une manipulation grossière pour faire accuser la France de crime de guerre.

Il ne faut cependant pas nier l’existence d’un sentiment anti-français et il faut faire le nécessaire pour le juguler. Nous disposons de nombreux moyens : la transparence, car nous ne mentons pas contrairement à nos adversaires, l’engagement et le sacrifice aux côtés des armées locales, nous risquons nos vies pour lutter contre le terrorisme et nous ne demandons rien en retour. Je rappelle que Wagner c’est a priori 10 millions de dollars par mois payés par l’état malien. La France n’a jamais rien demandé et n’a pas non plus d’intérêts cachés à défendre.

 Comment M. et Mme tout le monde peut arriver à sortir des pièges des infox sur les questions sécuritaires notamment en lien avec le terrorisme ?

La meilleure arme pour sortir des pièges de la désinfox, c’est la liberté de la presse et c’est l’accès à une information de qualité. Le problème aujourd’hui c’est que de plus en plus souvent nous sommes confrontés à des vérités plus à la vérité. Tout devient relatif et le dernier qui a parlé sur les réseaux sociaux ou sur Whatsapp a raison. Il faut faire jouer son esprit critique et confronter les informations.

Un groupe comme Wagner joue sur le mensonge et sur les fausses informations pour arriver à ses fins. Il n’apporte rien aux populations locales sauf l’instabilité et l’insécurité. Il ne faut pas croire les affirmations les plus évidentes.

 Réalisation : Olivier RIBOUIS

Banouto Digital

Vous aimez une presse libre et de qualité. Alors offrez-vous un accès illimité à Banouto Digital en souscrivant à un des abonnements moins chers.
1500 F CFA/mois ou 15.000 F CFA/An.

Abonnez-vous

A lire aussi ...