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Démissions, fusions, désunions, adhésions aux partis pro-Talon : grand décryptage de l’expert Atayi-Guèdègbé

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En prélude aux législatives de janvier 2023, les acteurs politiques retroussent les manches pour ratisser large. Mais depuis quelques semaines, l’actualité politique au Bénin est marquée par les démissions autant au sein des partis de la mouvance que de l’opposition ; les fusions, les adhésions et même la désunion de formations jadis alliées pour faire le combat sur le terrain. Qu’est-ce qui explique ces agissements à moins de quatre mois des législatives ? Quelle incidence sur la réforme du système partisan ? Expert en gouvernance, Joël Atayi-Guèdègbé répond aux questions de Banouto. Lire ci-dessous son interview exclusive !

joel-atayi-guedegbJoêl Atayi-Guèdègbé, expert en gouvernance

Depuis un moment on assiste à des démissions au sein des formations politiques aussi bien de la mouvance que de l’opposition. Quelle lecture en faites-vous, à quelques mois des législatives de 2023 ?

Le contexte électoral et préélectoral qui est à l’origine de ça indique manifestement un malaise qui était latent qui n’a attendu que la bonne occasion d’être proche des échéances notamment du temps des positionnements pour se manifester. Évidemment c’est de l’ordre de procès d’intention mais quand on démissionne de quelque part, c’est qu’on n’y trouve plus son compte et donc présager qu’il y ait mieux selon les intérêts des uns et des autres. Des intérêts généralement inavouables. N’empêche, certains ont essayé de soutenir ces démissions par l’intérêt d’aller vers ce qui se fait de mieux. Je ne dirai pas d’aller vers le pâturage parce qu’on parle de transhumance. Quand on prend le cas des élus communaux d’Adja-Ouèrè, ils ont justifié leur démission ainsi que les deux députés qui sont à l’Assemblée, par la volonté d’être dans la même mouvance que leur leader, le ministre Jean-Michel Abimbola qui, entre temps, a claqué la porte du BR après avoir été suspendu des instances à un moment donné. Donc ça pouvait se comprendre. Pour les démissions, il y a celle de madame Fagbohoun du BR et à l’intérieur du pays, à Sinendé. Non seulement ça indique manifestement un malaise mais deuxièmement un intérêt à aller chercher mieux ailleurs. Ce qu’on cherche de mieux probablement à la veille des échéances électorales c’est la garantie d’un positionnement qui vous fasse élire ou vous fasse reconduire dans votre mandat.

On touche maintenant à la question du débat interne de la démocratie au sein desdites formations. Quelle est la qualité des débats ? Si nous prenons les récriminations de l’UDBN (Union démocratique pour un Bénin nouveau, Ndlr), ça parait criard mais il y a eu de réponse du berger à la bergère dans ce cas de figure. Mais n’empêche qu’une entité comme le BR a largement devancé un manque de dialogue au sein de cette famille politique. En général, quand on en vient à claquer à la porte, c’est parfois par manque de dialogue à l’intérieur, par une faiblesse de la démocratie à l’interne mais également par l'incapacité à faire prendre en compte ses points de vue, ses désidératas. Ce qui est dommage au Bénin, c’est qu’on ne dit pas rigoureusement quelles sont les divergences politiques, voire idéologiques qui expliqueraient les ruptures. Souvent c’est les problèmes des désidératas, le problème des ambitions. Elles sont légitimes, les ambitions en soi. C’est quand même dangereux qu’on n'ait pas d’ambition. Maintenant si les ambitions individuelles peinent tant à prendre le dessus sur l’institution ou l’organisation à qui on appartient, ça peut se heurter à une fin de non-recevoir ou à des blocages donc à des frustrations qui engendrent les ruptures qu’on observe par-ci, par là.

A l’arrivée, l’analyse politique rendra justice à ceux qui peut-être se rapprochent à d’autres formations politiques et à même de les couvrir dans leurs localités. Là, je reviens au niveau local, au niveau de l'ancrage sur le terrain. Il se peut qu’on soit peut-être mieux pris en compte dans la dynamique de telle formation politique plutôt que de telle autre parce qu’on est face à une réalité locale que peut-être le parti au niveau central n’arrive pas à percevoir ou à laquelle le parti ne fait pas suffisamment droit. Fondamentalement chacun est libre d’adhérer à une association de parti mais également d’en sortir. C’est malheureusement le principe de la liberté. En fin des comptes, sauf jugement moral, il n’y a que l’électorat pour trancher ces questions en termes d’approbation, en termes de soutien à ceux qui démissionnent et qui vont ailleurs ou alors en termes de sanction qui serait dû par la non reconduction ou le manque de suffrage pour être élu. On risque de tomber dans le jugement moral à vouloir trop s’étendre sur ça mais l’électeur à son mot à dire. S’il avalise, pourquoi pas ? Il faut espérer que la base comprenne les enjeux et mécanismes et aider au choix à la nouvelle direction que prennent certains des leaders. Parfois, ce qu’on ne voit pas souvent, il arrive qu’un homme politique soit un peu orienté par ses électeurs pour suggérer plutôt d’aller vers telle formation qu’une telle autre à laquelle il appartient ou croit trouver ses convictions et ses intérêts. Donc le casting de réalité, la volonté de gagner amène ledit leader à suivre sa base. En principe, c’est le leader qui va indiquer la voie après le débat. Il faut vraiment espérer que ce ne soit qu’une affaire de convenance, de conviction et d’intérêt non authentique, que cela se passe vraiment sans promesse de promotion ou de positionnement. Sinon ce serait déplorable.

 

En octobre 2021, l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (UDBN) a annoncé sa fusion avec le Bloc républicain. Contre toute attente, le 18 août 2022 le parti a annoncé la fin de cette fusion. Qu’est-ce qui peut amener une formation à rallier une autre dans la perspective de ce rendez-vous électoral puis se rétracter ensuite ?

On est pratiquement devant le fait accompli. On avait quelques appréhensions mais on aurait été traité d’empêcheur, de tourner en rond et de vivre en paix. Tel que ça avait été annoncé avec fracas, ça avait un début de cohérence dans la mesure où c’était deux partis dits de la mouvance présidentielle qui avaient les mêmes options politiques sans qu’on sache les options idéologiques qu’ils professent. C’est déjà là qu’il y a tromperie sur la marchandise. Ce n’est pas la première fois qu’il y a le mariage de la carpe et du lapin. Ceci étant, le souci de l’efficacité a probablement poussé l’UDBN qui n’avait pas réussi à sortir la tête de l’eau lors des trois dernières élections particulièrement lors des communales de 2020 puisque pour la présidentielle tous les partis de la mouvance étaient derrière le candidat Patrice Talon avec le BR. Ce début de connivence était à priori intéressant et démontrait un souci d’efficacité. Si l’UDBN est accusé d’être très localisé quelque part au Bénin, on peut aussi faire le même reproche à l’endroit du BR qui forcément a des trous au niveau de sa carte électorale. Ça aurait pu être un mariage complémentaire où les uns et les autres se complètent.

Ce qu’on nous a avancé a été une forme de duperie parce que premièrement les alliances ne sont plus prévues par la charte des partis politiques. Donc en aucun cas, on ne saurait parler d’alliance préélectorale. On pourrait parler de coalition de gouvernement. Le problème n’est même pas là. Ce qu’on nous a donné, à croire qu’une fusion, n'était que des fiançailles. Ce n’était ni mariage ni fusion. C’était finalement des approches pour travailler ensemble. La rupture vient d’être actée et confirmée par le ministère de l’intérieur en ce que même l’UDBN qu’on croyait dissoute n’avait pas fait de formalité au ministère de l’intérieur pour prononcer sa disparition. Chacun est quitte. On verra si c’est payant de se comporter comme ça. Ça ne pourra plus tromper personne d’annoncer à grand renfort de communication, publicité qu’on se met ensemble et donner l’impression…

Donc on trompe l’opinion dans son ensemble qui voudrait qu’il y ait de grands regroupements. Maintenant l’UDBN ira-t-elle fusionner avec quelqu’un d’autre ou se mettre avec quelqu’un d’autre ou pourra-t-elle aller seule à ces élections ? Sauf à perdre de l’argent, il n’est pas interdit de tenter l’aventure seul. Il faut réunir les moyens, les suffrages aussi pour pouvoir être qualifié au partage des sièges mais après tout, ils ont droit à deux essais. La charte des partis estime que c’est au terme de la non-participation à deux élections législatives consécutives qu’on perd son existence qui devrait être raillée automatiquement par le ministère de l’intérieur. Cet épisode signale un peu les lacunes de la charte des partis, le manque de suivi du ministère de l’intérieur peut-être qui aurait dû interpeller ces partis pour savoir à quoi ils jouaient peut-être aurait eu le mérite de nous situer plus tôt parce qu’il ne peut pas y avoir de place pour des alliances. On ne peut pas faire de fusions et de retraits. Quand vous fusionnez, c’est que vous disparaissez, quand vous disparaissez vous vous recréez. Donc de tout point de vue, il y a quelque chose qui n’est pas saint qu’on ne saurait tolérer davantage. Quand on n’est pas à l'aise quelque part, on peut ramasser ses cliques et claques.

 

Au regard de la loi, est-ce qu’on peut considérer ce qui s’est passé entre l’UDBN et le BR comme de la tricherie ?

Oui, il y a eu dans la communication à l’opinion publique, un minimum de tromperie sur la marchandise. Ils n’ont pas parlé de processus de mise en commun. On nous a annoncé la fusion. On ne gardait que l'enseigne BR mais on n’a pas vu les actes qui suivaient. Le seul acte aurait pu signaler et qui dans le domaine de la politique détermine effectivement ce type d’action, c’est l’effectivité de la dissolution de l’une et/ou de l’autre entité. On n’a pas eu formellement la dissolution et c’est là qu’il y a eu tromperie sur la marchandise. C’est là où les gens ont rusé avec les silences de la loi. Si la loi avait été explicitement exigeante, on n’aurait certainement pas eu ça. Mais j’espère qu’à l’avenir plus personne ne viendra nous raconter des salades alors qu’on joue au chat et à la sourie.

Même ce que l’UP et le PRD ont essayé de fabriquer, vous avez suivi le débat. C’est vrai, c’est tiré par les cheveux mais c’est déjà un peu mieux. Même là encore, il n’y a pas eu un congrès de fusion en réalité même s’ils ont été déposés au ministère de l’intérieur leurs nouveaux actes. C’est les mêmes fondateurs, ça va faciliter la tâche. Les casiers judiciaires ont dû être renouvelés à moins qu’on ait plus exigé cela mais en principe on devrait en exiger puisque c’est un nouveau parti qui se créait.

D’un côté, il y a des opposants qui insinuent que le ministre de l’intérieur qui est partisan aurait pu faciliter les choses. D’un autre côté, ceux-là n’ont pas tout à fait tort. Mais il faut qu’on nous situe sur ce qu’on exige des uns et des autres en cas de fusion dans ce cas de figure pour que tout soit transparent sur toute la ligne et de l’assurance pour les opposants que tous les partis sont logés à la même enseigne si demain ils s’y mettaient.

 

Au regard de la loi, l’Union progressiste (UP) et le Parti du renouveau démocratique (PRD) devraient annoncer leur dissolution avant leur fusion qui a abouti à la création d’un nouveau parti, l’Union progressiste Le Renouveau (UPR). Mais ça n’a pas été le cas. Que s’est-il passé ?

C’est toute la difficulté. Si vous dissolvez, pour remettre, ça peut être laborieux. Il y a un tour de passe-passe quand même qui fait que les gens étant considérés comme des gens réputés comme relativement à jours, on s’assure de la volonté des deux partis d’aller ensemble. C’est des alliances qui ne disent pas leur nom mais il y a un progrès quand même avec l’intégration des directions qui indique quand même qu’au plan organique, ce qui se fait se rapproche plus de la fusion. L’idéal aurait été d’avoir des procédures plus explicites, d’avoir des exigences, des points plus clairs au niveau de la loi, sur ce qu’il faut faire. C’est quasiment une fusion absorption. On voit que c’est le grand baobab qui absorbe l’arc-en-ciel même si le logo semble indiquer le contraire. Dans la nature, l'arc-en-ciel est au-dessus du baobab. Déjà c’est un peu mieux mais est-ce qu’on a eu un congrès de fusion ? On n'en a pas eu. Encore moins de dissolution.

C’est le Parti pour l'engagement et la relève (PER) de Nathanaël Koty qui s’est réuni à Abomey-Calavi qui remplit peut-être un peu mieux ce à quoi on devait s’attendre en annonçant sa dissolution. Je n’ai pas vu l’acte mais ils ont fait une réunion où ils ont parlé de dissolution. Je pense que c’est la jurisprudence UDBN qui a dû amener probablement l’UP a exigé ce préalable pour que les choses soient claires. Mais c’est mieux comme ça. Après ils font leur demande d’adhésion à l’UPR. Il y a de l'ambivalence. Parfois on dit que tel parti doit fusionner avec l’UP mais l’UP même fait des communiqués pour dire qu’il n’encourage pas les démissions, que les adhésions doivent être individuelles. On entend plus ça maintenant. En politique, c’est bien de clarifier mais si vous êtes trop exigeant, les gens vont vous fuir. Peut-être ils ont compris que comme le dit l’autre : ‘’il vaut mieux additionner et multiplier que soustraire et diviser’’.

Si vous pouvez vendre un fief, vous devenez intéressant. A Godomey, Claudine Prudencio peut-être un bon encrage pour le BR qui n’a pas jusque-là un bon encrage dans la 6e circonscription électorale. C’est pas à pas dans la carte électorale qu’on voit si on a déjà un trop plein ou bien s’il faut aller à la pêche et accepter de se gonfler un peu à d’autres endroits. Sinon vous aurez des arbitrages impossibles. Là également, le politique a peur et dit si je ne les ai pas sous mon contrôle, ça pourrait être des adversaires redoutables à combattre encore.

Quand on voit le mouvement presque cocasse de Jean Michel Abimbola avec Karamatou Fagbohoun, on peut se dire que c'est l’UP qui a pris la place du BR. Il a détrôné carrément toute la mairie d’Adja-Ouèrè. Comment l’arbitrage va se faire ? Les gens de l’UP qui ont réussi à prendre le contrôle de la mairie avec le soutien des gens de Jean Michel Abimbola, tout ce monde se retrouve ensemble, il va falloir hiérarchiser et savoir qui fait quoi et ou qui doit attendre.

Quand vous prenez de l’autre côté les anciens du PRD, comment vont-ils cohabiter avec leurs anciens camarades ? Quelle sera la préséance, surtout qu’il y a des règles, des procédures et des arbitrages que vont prendre les directions des parties. Ne nous étonnons donc pas qu'à la suite des positionnements, par mécontentement, par insatisfaction, les gens claquent encore la porte et cherchent à aller ailleurs pour manifester leur mécontentement. La différence avec le passé, c’est qu’on sent qu’il est beaucoup plus relativement difficile de créer un parti. Tel que cela se faisait avant, dès qu’on était mécontent, ou dès qu’on a des intérêts ailleurs, on n’avait pas beaucoup de mal à créer un nouveau parti. Le cas de Jean Michel Abimbola est là. Le président Patrice Talon l’a maintenu depuis, malgré ses problèmes avec le BR. Il avait été suspendu de cette formation avant sa démission. On est surpris que le BR n'ait pas pu exiger son retrait du gouvernement. Ça veut dire que le président Patrice Talon a été un arbitre dans cette histoire-là. Pourquoi le BR n’a pas claqué la porte du gouvernement si quelqu’un qu’il a exclu se retrouve ministre dans le gouvernement. Certainement que le président Patrice Talon arrive à arbitrer puisque sur le terrain, les deux formations politiques à savoir l'UP et le BR ne se sont pas fait cadeau, notamment lors des législatives de 2019. Ce n’est pas un fleuve tranquille entre ces deux partis-là. Ils se sont ressoudés avec les affaires de parrainages pour le compte de l’élection présidentielle de 2021. Il y a ce qu'on observe entre les mouvements BR et FCBE (Force cauris pour un Bénin émergent, parti d’opposition, Ndlr), parce qu’ils sont pratiquement dans la même zone d’influence. Ça peut être la base qui aiguillonnent l'élu ou de manière patiente, le militant ou l’élu se dit qu’il ferait mieux de mettre ses sbires de l’autre côté. En tout cas, c’est une réalité locale qui s’exprime en ce moment.

Il y a maintenant les démissions de l’opposition vers la mouvance, les cas de Fred Houénou, qui vient d'atterrir en grande pompe au BR après ses ennuis de prison. Il y a aussi des cas comme Théophile Yarou qui passaient pour des mouvanciers avant que Paul Hounkpè ne les évince de leur parti FCBE. Il avait même annoncé sa retraite politique. Maintenant il crée un parti qui a du mal à prendre. Donc, il fait le grand écart pour pouvoir se fondre directement sous le gros baobab.

 

Prof Djogbénou a martelé que le nombre de militants à la base ne fait pas forcément le nombre de sièges au parlement. L’opinion a perçu cela comme une leçon politique. A la grande surprise de tous on apprend que le même est en train de démarcher avec des partis jadis de l’opposition, La nouvelle alliance (LNA) de Théophile Yarou et la DUD de l’ex-député Valentin Aditi Houdé… Comment expliquer les récentes démarches, voire celles à venir des leaders de l’UPR ?

Oui, il y a eu une rencontre mais on n’a peut-être pas encore apporté les ruisseaux vers la grande rivière. C’est intéressant d’aller se déverser vers l’UP. Il y aura aussi peut-être des candidats auxquels on va donner des moyens pour faire de la tribulation et puis il y a ceux qui ont leurs moyens et les moyens de l’Etat : l’UP, le BR et la FCBE.

La loi sur le financement des partis n’a pas totalement réglé les difficultés. Les gens qui ont laborieusement constitué les partis maintenant tant qu’ils n’ont pas d’élus, c’est que ça va perdurer. Mais il faut un minimum pour que ces partis-là commencent à jouer leur rôle, sinon on va voir les fusions et absorptions sortir et on passe à autre chose et c’est là que l’opposition semble forcément faire un franc, un parti unique de l’opposition devrait sérieusement envisager des énergies pour résister sinon ils vont être emporté par ce que personne n’a envie, les gens votent utile, il y aura une part de vote sanction mais il y aura du vote utile. Cela va aussi sanctionner l’opposition pour son inefficacité. Le gouvernement aura sa part de sanction parce que les gens auront l’occasion d’exprimer leur ras-le bol ou bien vont se défouler comme ils peuvent, cela dépend de la propagande dans laquelle ils vont être sensibilisés.

C’est ce qu’on vu au cours de la dernière présidentielle ou le fait de n’avoir vraiment pas de choix, les gens ne sont pas sortis, ne se sont pas mobilisés et les gens étaient pris de panique au dernier moment voyant que le taux de participation risquerait d’être lamentable. Donc l’opposition est maintenant dans un dilemme, on passe le temps à s’accuser. C’est vrai Paul Hounkpè et son compagnon ont joué quelque peu le jeu du pouvoir. C’est difficile de savoir qui fait quoi mais Les Démocrates qui pendant longtemps ont critiqué et dénoncé ces lois-là, non seulement pour avoir créé un bon parti sur la bannière de ces nouvelles lois et pour maintenant revendiquer la volonté d’aller aux élections et s’ils perdent cet instrument de lutte ils sont foutus, ils sont fragilisés…  Ils ont compris, je ne sais pas trop comment, mais le débat a eu lieu et ils ont décidé de faire avec pour avancer.

Et ceux qui sont opposants, il faut comprendre leur rage parce que plus ça dure, plus ils perdent leurs moyens, plus ils perdent l’accès à des ressources et à des rentes. Parfois également, il y a des répressions silencieuses sous forme d’étouffement et ce n’est pas évident quand vous n’êtes pas préparés au combat. C’est un combat politique, si vous n’êtes pas militant à la base, vous ne pouvez pas le soutenir parce que c’est sans convictions. C’est quand vous avez des convictions que d’autres vont vous conforter, que d’autres vont essayer de vous rassurer. Vous pouvez toujours essayer de vous évaluer pour voir si c’est possible, si l’alternative est imminente. Si on compte sur les autres moyens sordides-là, c’est dommage… Non seulement les gens bouffent votre argent, ou on vous tourne en rond et à l’arrivée, c’est piteux. Ce n’est pas sain, tel que la politique se mène actuellement. On se rend compte là qu’il y a eu tromperie. Et quant les accords ne sont pas respectés, il y a des ruptures tous azimuts… Pendant longtemps, ça va être ça. Toi je positionne ici… On promet la même chose à plusieurs personnes. Ce n’est pas possible. C’est en cela que la morale ne peut pas y trouver son compte.

La réforme du système partisan visait entre autres à réduire la pléthore de formations politiques. Mais à dans la pratique, ça n’a pas empêché la création de plus d’une dizaine de partis en moins de 5 ans. Depuis quelques moments on parle de fusions, démissions, désunion, adhésions, etc. Est-ce que la réforme a fait bouger les lignes ou elle a échoué ?

Non, la réforme n’a pas échoué complètement. Evidement elle n’a pas su encadrer certaines choses… Il y a des objectifs essentiels qu’elle revendiquait qu’elle n’a pas atteint. Mais il y a des objectifs qu’elle ne revendiquait pas. Je commence par-là. La loi ne revendiquait pas de mettre fin à la transhumance politique. La réforme n’avait pas rigoureusement cette ambition, en tout cas pas explicitement. J’ai fait le débat avec plusieurs députés qui estiment que même si on peut décrier la transhumance dans l’ancien système, eux-mêmes ne rêvaient pas d’y mettre fin. Chacun y trouve son compte, selon le moment, selon l’endroit où il est et d’autres vont le déplorer. Ça va être ainsi. Donc la réforme ne s’est pas réellement attaquée à la transhumance que nous déplorons généralement. Mieux, à l’article 11 de la loi, ça à l’air anodin mais c’est bien dit que « Tout citoyen, jouissant de ses droits civils et politiques, est libre d’être membre fondateur ou d’adhérer parti politique de son choix. Il est tout aussi libre d’en démissionner on n'est libre de démissionner d’un parti ». C’est la transhumance qui est subtilement réformé comme ça. Donc on n’y pourra rien. Non seulement la liberté est consacrée pas la constitution mais réaffirmée dans la charte des partis politiques.

Deuxièmement, réduire le nombre des partis, ça a pu être dit, mais ce serait une violation de la constitution que de vouloir réduire le nombre de partis. Donc on ne peut pas proclamer ça comme un objectif. On peut critiquer la création à tout va, ce qu’on appelle la prolifération, parce que ces partis ne sont pas effectifs, on ne les voit pas compétir dans les élections, animer la vie politique. Déjà il faut clarifier les choses. Il n’y a jamais eu rigoureusement deux cent (200) partis. Il y a peut-être eu 200 partis qui ont été créés depuis le renouveau démocratique ou des centaines qui se sont créés, les uns à la suite des autres, mais le ministère de l’intérieur n’ayant pas tenu à jour la liste des partis, le fait qu’on n’ait pas appliqué la loi à ceux qui ne se présentaient pas aux élections et qui devraient perdre leur statut, fait qu’une pure confusion s’est développée. Parmi ces centaines de partis qu’on décrie, il y a très peu qui sont effectifs, en suivant d’autres conditions de la loi. Au niveau de la science politique par exemple, ce n’est pas ça qu’on considère. Ce qu’on considère, c’est la liberté d’association, d’opinion et autres.

Troisièmement, le verrou c’est au moment de se présenter aux élections, avec la règle des 10%. Avant ça, il existait des verrous qui étaient suffisamment dissuasifs pour créer beaucoup de partis. Un verrou qui rendait déjà difficile la chose c’était de dire que pour être député, il faut passe par un parti politique et deuxièmement, qu’un parti politique ne peut pas se présenter aux législatives qu’en ayant des candidats dans toutes les circonscriptions électorales (24 au total, soit 83 sièges au moment de l’adoption de la loi, Ndlr). Autant de sièges en compétition, autant de candidatures et de suppléants. Et tout le monde ne peut pas satisfaire à cela. Mieux, sans toucher à la création de partis, je vous donne un autre verrou que le code électoral généralement met pour filtrer un peu. Quand on a voulu faire la décentralisation, on a estimé qu’il ne fallait pas exiger que les partis soient représentés dans tout le pays, ni dans toute une commune. La circonscription étant l’arrondissement, et pour faciliter l’émergence des femmes, des plus pauvres, etc., non seulement la caution n’était que de 10 ou 20 000 pour les communales… ça été vissé progressivement et on dit que les partis doivent désormais être représentés dans toutes les communes et tous les arrondissements. Il y a 546 arrondissements et plus de 3000 et sièges à pourvoir, on ne pas remplir toutes ces conditions. Lors des législatives de 2019, il y a un parti qui a connu cela. Lorsqu’on a fait le point à la CENA, il n'a pas pu rigoureusement avoir des candidats dans tous les arrondissements. Ça par exemple c’est un filtrage. Voilà comment le filtrage a fonctionné notamment pour les partis qui n’ont pas toute l’assise qu’il faut.

Ce sont des mécanismes de ce type-là qui aident à filtrer puis il y a le principe des 10% qui représente le seuil de représentativité. Avant il existait sous plusieurs formes. Si on disait à quelqu’un que s’il n’a pas les 10%, on ne lui remboursait pas sa caution, ça allait lui faire réfléchir. Mais la caution c’était combien à l’époque ? Certains vendaient des terrains et ça suffisait pour être candidat. La caution a été élevée désormais… Avant un seul chef de parti pouvait payer pour tout le monde. Le parti n’a pas de vie ailleurs, ils investissaient parce que c’était rentable. Ils étaient élus puisqu’il n’y avait pas la règle du seuil de représentativité. Maintenant, la caution est à plus de 160 millions de francs CFA pour les listes de partis à raison de 1 500 000 par candidat titulaire. Tout le monde ne pourra pas sortir ça de sa poche. Même s’ils ont la possibilité, ils vont s’assurer auprès de leurs chefs de partis qu’ils seront positionnés et qu’ils seront en position éligible. Ça ne sert à rien d’être sur une liste et de ne pas savoir si on sera élu ou pas. Qu’on soit tête de liste ou en dernière position, la motivation n’est pas la même. Et que gagne un chef de parti à financer plus de 160 millions ? En plus il y a les quitus fiscaux… Donc les obstacles existent et sont de plusieurs ordres et ça montre que tout le monde ne peut pas remplir les conditions fixer par la loi. Donc à tout moment, chaque loi électorale a toujours été un choix, toujours été une forme d’exclusion. Même quand on repense aux dispositions de l’ancien code électoral, par exemple tout le monde ne pouvait pas payer les 15 millions fixés comme caution pour les candidats à la présidentielle.

La réforme ne peut pas non plus avoir une ambition ouverte de réduction des partis politiques. Mais on voit bien à travers les mécanismes mis en place qu’à l’Assemblée nationale, il n’y aura pas plus de 10 partis qui siègent en raison de la règle des 10% puisqu’il faudra avoir 10% avant d’atterrir au parlement. Donc, au maximum, 10 partis seront capables d’avoir ça. Il ne peut pas y avoir 11 partis ou plus qui aient 10% des suffrages exprimés au plan national. Donc sur les 16 partis existants (légalement constitués, Ndlr), certains n’ont qu’à commencer à voir où sont leurs chances, sachant que les mastodontes-là ne vont pas se contenter de 10%. La loi est sévère et indique qu’il faut avoir la couverture nationale la plus large possible. C’est la leçon que le PRD (Parti du renouveau démocratique qui s’est fusionné à l’Union progressiste majoritaire au parlement et dans les conseils communaux, pour créer l’UPR, Ndlr) a fini par comprendre en allant dans cette fusion puisque son bastion de l’Ouémé ne fait pas 10%. Aux dernières communales (mai 2020, Ndlr), ils étaient majoritaires, la mort dans l’âme, c’est un parti qui est arrivé derrière eux qui dirige la mairie de Porto-Novo. Donc la loi vous rationnalise, change votre comportement et vous pousse petit à petit à adopter ce qu’on voudrait. De ce point de vue, la loi a été incitative. La réforme a été contraignante par endroit incitative à cause du financement des parti politique qui a été effectif pour ceux qui ont des élus au parlement et dans les conseils communaux. Depuis 2021, il y a trois partis qui se partagent trois milliards pendant que les autres ont zéro franc. Ça commence à se sentir. Donc la loi est incitative de ce côté-là. Et le statut de l’opposition, avec les garanties qui sont un peu meilleures, même si elles ne sont pas satisfaisantes pour certains, ça incite ceux qui veulent être opposants à avoir des raisons d’y croire. Mais à l’inverse, le fait que les décrets d’application ne sont pas signés depuis que M. Paul a été nommé, ça reste songeur. Donc on se demande ce que le pouvoir veut et pourquoi ça ne se fait pas.  Ça peut être contreproductif mais à priori c’est motivant de se battre pour être chef de file de l’opposition.

Par moment la loi dresse des obstacles qui peuvent vous handicaper mais par ailleurs, elle a des incitatifs qui peuvent vous motiver à vous y engager et à en tirer le maximum davantage. Cependant, il y a des questions qui n’ont pas encore été résolues. On est toujours… avec le code électoral parce que c’est là qu’on voit d’autres indications. Le code, la charte des partis politiques, la loi sur le statut de l’opposition, c’est comme un package. Ceux qui étaient partis au dialogue politique de 2019 ont pu obtenir un aménagement de la charte des partis politiques. Le rôle qu’à le ministre de l’intérieur, il fallait le contingenter en ce qu’il ne passe pas son temps à renvoyer les dossiers jusqu’à la nausée. La loi qui a été complétée en 2020 dit que c’est en une seule phase que le ministère fait ses observations. L’un dans l’autre, Les Démocrates (parti de l’opposition, Ndlr), ont bénéficié de ça sans avoir été au dialogue. Par exemple, on n’a pas de scrutin uninominal au Bénin, donc on n’a pas de candidat indépendant, à part la présidentielle. Si c’était le cas, ce serait très violent. Il me semble que c’est pour l’instant un moindre mal d’avoir le scrutin de liste mais qui a le défaut que parfois le lecteur élit des gens qu’il ne connait pas et qui ne viendront pas forcément rendre compte. C’est ambigu mais voilà, c’est encore la loi qui essaie de favoriser les femmes.

Si tous les partis faisaient l’effort de positionner au moins un quart de femmes sur les 85 sièges mixtes… Sur les 85, est-ce qu’il n’y pas moyen d’élire une vingtaine de femmes ? Imaginez que les partis fassent cet effort plus les 24 sièges acquis d’office pour les femmes. Ça commence à se rapprocher de la majorité. Mais les gens ne vont pas travailler dans ce sens. S’ils sont assez malins, ils pourraient faire de belles surprises. Mais c’est compliqué. Les partis vont-ils positionner sur les listes des 24 femmes leurs meilleures militantes ? Et là, il n’y aurait plus de femmes assez compétitives pour positionner au niveau des 85 sièges mixtes. On a l’impression que ni les femmes ni les politiciens n’y croient pas. Si ça se fait, même s’il n’y pas de 50% de femmes au parlement après les législatives de 2023, la prochaine étape serait d’obtenir des partis un positionnement alternatif : un homme, une femme. Quand on voudra, on le fera.

La réforme, on lui a beaucoup traité de tout. Elle a été source de crispation parce que des gens étaient en train de tout perdre où se sont vus désavantagés complètement dans l’application. Je pense notamment aux FCBE à la veille des législatives de 2019. Ce parti-là était sûr de ne pas avoir de difficultés mais l’expérience les a amenés à déchanter. Et donc, ça a créé une surenchère forcément. Peut-être aussi qu’il y avait de la malhonnêteté de la part de certains qui pensaient dire oui au nouveau président pour faire de la surenchère après pour revenir en arrière. Le PRD a tout tenté jusqu’à son slogan de ‘’remontada’’ qu’on en pourra plus vérifier. Le président Patrice Talon a tenu ferme et c’est peut-être ça l’essence d’une réforme. D’être impopulaire, difficile à amorcer en attendant une évaluation pour ajuster et atteindre ou se fixer des objectifs mieux convenus, plus réalistes aussi. Ça c’est l’avenir qui le dira. Est-ce que la classe politique est décidée à faire faire un bond qualitatif au pays ?

Moi j’ai toujours considéré que la réforme du système partisan est cruciale avant la révision de la constitution. Je n’avais pas compris pourquoi on voulait tout de suite faire la révision. Et vous avez vu les rejets et les incompréhensions que ça a développé. Or, en touchant les partis, on bouge rapidement les choses. On verra. C’est vrai que tout n’a pas changé non plus. Les mêmes comportements versatiles continuent.

Il y a des acteurs politiques qui ont été contraints à la retraite alors qu’ils pensaient encore pouvoir jouer un rôle. Donc le cœur n’y est pas vraiment. Ça force un changement de génération. Quand vous êtes portés par une machine électorale, c’est relativement facile. L’Union progressiste (UP) donne l’impression d’être le gros mastodonte présidentiel qu’on a toujours eu au Bénin. Est-ce que ça va survivre au départ du président Patrice Talon. Est-ce qu’il y aura une fusion UP-BR (les deux grands blocs de la mouvance présidentielle, Ndlr) pour pousser l’opposition à faire un bloc ? Ce serait relativement inédit. Mais faut-il l’exclure puisque des gens qui ont des attaches idéologiques complètement opposées sont dans chacun de ces partis-là aujourd’hui. C’est insensé. Des gens qui se réclament libéraux ou socialistes ou encore sociaux-démocrates sont dans tous les camps. C’est le monde à l’envers. C’est quel opportunisme ça ? On veut tromper qui ? Il y a une histoire de la transhumance au Bénin.

L’idéologie est très peu à l’ordre du jour sans qu’on les ait forcés. Mais qui a forcé UP Le Renouveau à dire qu’ils sont sociaux-démocrates ? Moi je veux les prendre aux mots. Les politiques se mènent au sommet de l’Etat, est-ce que chacun se reconnait-là ? Si le président même n’avait pas sa part de fibre d’humanisme, on laisserait faire tout, au nom du libéralisme. La manière dont l’Etat a régressé, parfois de manière utile, n’aurait jamais dû avoir l’assentiment des sociaux-démocrates. Tout ce qu’on fait comme ARCH, cantines scolaires, les sociaux-libéraux n’auraient pas dû accepter ça. Donc allez comprendre… C’est dommage. C’est vrai qu’on parlera de la dictature du développement, on va dire que sur les questions de développement, il ne doit pas y avoir d’idéologie. Mais c’est ce qu’on a fait par le passé pour instaurer le partir unique. On dit que c’est le développement de la Nation et tout le monde n’a qu’à se mettre ensemble. Ce n’est pas vrai. Ça n’a pas marché. On peut travailler plus rigoureusement par rapport à des idéologie, par rapport à des idées.

Mais reconnaissons quand même que la réforme nous a débarrassé des alliances de partis sans lendemain parce que les promesses d’alliances semblaient intéressantes. L’une des rares alliances qui a tenu jusqu’au bout dans l’ancien système, c’était celle dirigée par Théophile Nata, IPD. Il avait fusionné son parti avec celui de Moïse Mensan. Au Sénégal par exemple avant l’ère des Macky Sall, les gens disaient je suis socialiste, je suis libéral. Dans les familles, les gens se définissaient spontanément par rapport aux idéologies et non par rapport aux partis politiques. Cela structure la vision d’une société. Ce qi n’est pas le cas du Bénin. J’espère qu’on va s’en sortir.

Face à ces insuffisances, que faire ?

La réforme aura besoin d’être affinée ou réformée si vous voulez nécessairement. Une réforme par une remise en cause, une évaluation pour déterminer enfin les nouveaux objectifs qui valent la peine d’être menés parce que c’est l’avenir de la démocratie qui requiert cet enjeu à travers une réforme bien comprise, bien conçue et quand même plus intéressante pour tout le monde. Certainement au lendemain des législatives, ce serait l’un chantiers de la 9e législature. Surtout comme ça va être comme une législature de transition pour les élections générales. Donc ces trois années-là si les partis politiques de ce pays pouvaient nous faire le cadeau de s’engager dans des réformes structurantes, pertinentes, ça rendrait la démocratie encore plus mesurable pour les citoyens qui se demandent ce que ça leur rapporte. Sans quoi c’est les querelles de personne, des violences en plus. Le pays a tôt fait de dire bon moi je veux savoir quand est-ce que j’aurai les semences pour ne pas être en retard par rapport aux pluies ou instaurer l’irrigation dans mon coin. C’est des questions terre-à-terre qui touchent les populations à la base. Donc il faut savoir raison garder malgré la tentation des joutes oratoires, des joutes politiciennes, même des petits jeux.

La transhumance en Afrique du Sud est réglementée mais ça n’a pas rendu leur politique plus morale, plus apaisée. Je crois que c’est au niveau de chaque session parlementaire, on autorise le mercato. Mais ce n’est pas ça qui les empêche de se battre dans le parlement, se battre dans la rue, d’avoir des gens corrompus. Mais ils ont quand même assez d’institutions fortes puisqu’on peut mettre en accusation un président de la République chez eux et demander des comptes jusqu’à un certain point. C’est parce que l’ANC, à la base est un parti fort mais démocratique aussi même s’ils ont été en alliance avec le parti communiste des africains. C’est ça qui fait que tôt ou tard vous devez quand même rendre des comptes à votre parti.  

Le dernier objectif que la réforme du système partisan n’a pas pu résoudre. Les tenants de la réforme disaient ‘’Oui’’ il faut que les partis soient plus forts pour pouvoir faire émerger de leur sein le président de la République et non aller se rallier à quelqu’un qui n’a de compte à rendre à aucun parti. Les partis pour l’instant ne nous ont pas encore démontré qu’ils ont produit des leaders capables de briguer la magistrature suprême. Donc on a fait une tentative ratée avec le président Talon pour sa réélection d’autant qu’il n’a pas pu dire qu’il venait d’un parti politique donné. C’est sa colistière qui est seulement identifiable par rapport à un parti. Aujourd’hui c’est le père de deux partis jumeaux. Cela peut se comprendre. Ou alors comme madame Chabi Talata était UP, il serait BR, on ne peut le dire. Donc il faut clarifier ces choses pour que la réforme devienne plus pertinente.

Mais ma crainte c’est toujours que la population commence à ne plus trouver d’intérêt à tout ça. Là c’est une minorité qui va commencer à imposer des choses de plus en plus inacceptables. Il faut toutefois que la démocratie soit vivante, participative et que le débat existe. Mais bon on n’aime pas la contradiction dans notre pays. On dirait que ça les menace ou ça leur fait peur ou les fragilise. Mais c’est dans les familles déjà qu’on doit déjà cultiver à assurer la liberté pour que les gens n’aient pas peur de soutenir leurs opinions, leurs positions. Cela doit faire partir de la formation de l’individu et du citoyen. D’ici là on aura d’autres déballages.

En réalité, une chose que les opposants peuvent faire c’est de positionner des militants là où il y a des militants en position éligible. Mais si le parti n’est pas populaire, là ils n’ont qu’à organiser des démissions. Ce qu’il est possible de faire c’est voir des démissions artificielles pour consommer la question des alliances et assurer l’adaptation des suffrages. Je ne sais pas si je m’explique bien. Un parti peut ne pas être populaire, peut ne pas avoir une bonne base quelque part. Avant, les alliances permettaient d’assurer un peu cette complémentarité sur le terrain. Mais cela n’allait pas à la fusion organique ou d’un travail dont on n’a jamais vu la suite. Dans la difficulté à fusionner de manière pratique, les partis qui ont une certaine convergence peuvent se faire prêter des militants par l’autre parti. Ou alors tous les opposants peuvent convenir d’aller dans le parti le mieux implanté et ils font une liste qui est portée par ce parti. Si c’est les FCBE par exemple, les problèmes de leadership vont venir tout de suite. Et c’est ça qui gâte tout.

C’est ce qu’on a observé pour la liste Union fait la nation (UN) lors des législatives de 2015. Joseph Djogbénou était de l’Alternative citoyenne. Mais si on devait parler d’alliance c’était l’UN qui existait. Encore que ça n’a même pas été forcément un parti. C’était juste une alliance en réalité. Même les FCBE était une alliance. Voilà l’une des erreurs politiques des FCBE en 2015. Après leur congrès de février 2015, ils ne s’étaient pas transformés en parti politique. Peut-être aujourd’hui personne ne réussirait à les rattraper. Donc l’UN avait vu tout le monde prendre le label ‘’UN’’ même si vous venez de l’Alternative citoyenne ou autre formation politique. Donc c’est comme ça Joseph Djogbénou a été intégré derrière Candide Azannaï qui était tête de liste à Cotonou.

C’était une alliance sous le nom d’un parti. Vous allez à l’Assemblée nationale vous ne pouvez plus retrouver le nom de votre parti. Ça c’est un problème identitaire. Si les gens ne sont pas dans une vraie démarche unitaire ou de fusion, ils vont rester divisés et le temps va passer. Donc les querelles d’égo peuvent tout retarder. Pour Paul Hounkpè, puisque lui, il risque de perdre son titre de chef de file de l’opposition d’ici janvier 2023. Donc il ira se battre pour survivre, sinon au nom de quoi il va offrir ça sur un plateau à Éric Houndété ou je ne sais pas qui d’autre. Donc là, ils sont partis peut-être pour rester divisés, surtout qu’ils n’ont pas appris à travailler ensemble avant. On verra.

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