INVESTIGATION-REPORTAGE

Vaccination contre le Covid-19: mobilisation à double vitesse à Cotonou et Calavi

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Lancée le 29 mars 2021, la campagne de vaccination contre le Covid-19 n’emballe pas tout le monde à Cotonou et Abomey-Calavi, deux principales communes au sud du Bénin.

bUn volontaire se fait  vacciner à Cotonou

Maternité de Godomey dans la commune d’Abomey-Calavi. Il est 14 h 30 ce 7 mai 2021. Tout est presque tranquille sous le hangar réservé aux opérations de vaccination contre le Covid-19. Aucun volontaire à la vaccination sur les lieux. Deux femmes en blouse blanche sont assises, la tête dans des documents.  

Le scénario est presque le même au centre de santé d’Abomey-Calavi (Kpota, ndlr). Seulement qu’ici, un vieil homme, un sexagénaire, a décidé de faire l’exception. 

« Je suis venu me fait vacciner. Le covid-19 est mortel et très dangereux selon les informations que donnent les médias. Il faut se préserver contre ce virus. J’ai déjà sensibilisé mes enfants et petits fils qui viendront aussi se faire vacciner », a laissé entendre le vieux Cocou. Sur ce deuxième site de vaccination de la commune, un peu plus de 100 personnes (le personnel de santé et la population) se sont fait vacciner pendant la semaine du lundi 3 mai au vendredi 7 mai 2021.

A Cotonou, au centre de santé de Xwlacodji, au Cnhu et au centre médical de Ganhi, c’est plutôt une scène contraire. L’intérieur du centre de santé de Xlwacodji grouille de monde ce mercredi 5 mai 2021. Les chaises en plastique alignées en plusieurs rangers sont insuffisantes pour accueillir la centaine de volontaires venus se faire vacciner contre le covid-19. Seulement, ici comme au centre médical de Ganhi, le public est en majorité constitué d’expatriés. Debout sous des arbres ou assis, ils discutent en arabe et en mandarin. Chacun attend impatiemment son tour.

Nicaise et ses collègues sont les rares Béninois repérés dans la file. Après quelques minutes d’attente, cet employé d’une entreprise chinoise basée à Cotonou, vient de prendre sa première dose de vaccin avec enthousiasme. « Je me suis fait vacciner sans problème », s’est-il réjoui. Il dit avoir fait le déplacement sur suggestion de son patron. Contrairement à Nicaise, Boris a pris l’initiative de se faire vacciner de son propre gré. Le juriste de formation vient de recevoir sa deuxième dose de vaccin.  

Pour lui, se faire vacciner est une question de « clairvoyance ». « J’entends beaucoup dire que la vaccination a été envoyée par les occidentaux pour limiter le taux de natalité en Afrique. Il ne faut pas se limiter à ces préjugés », conseille-t-il.  Avant de recevoir ces différentes doses, Nicaise et Boris ont rempli et signé des fiches de consentement. Entre autres renseignements, le volontaire à la vaccination doit décliner son identité, indiquer sa comorbidité (dire s’il souffre d’autres maladies comme le diabète, la drépanocytose, asthme etc…).  

Deux vaccins sont disponibles sur les sites de vaccination : Sinovac et de l’AstraZeneca. Une source médicale renseigne qu’il faut attendre deux à trois semaines pour prendre la seconde dose du Sinovac et 7 à 8 semaines pour celle de l’AstraZeneca.

Sur les sites d’Aïdjèdo, de Zogbo et de Gbégamey, toujours à Cotonou, la vaccination se fait sur rendez-vous. Raison évoquée, la campagne de vaccination contre la poliomyélite lancée par les autorités le 07 mai 2021.

Préjugés, méfiance et scepticisme

La campagne de vaccination souffre de nombreux préjugés, de méfiance et de scepticisme. Electricien bâtiment, Marcellin dit douter de l’efficacité du vaccin. « J’ai appris que des personnes ont fait la vaccination dans d’autres pays mais les effets secondaires du vaccin les ont tués. D’autres pays ont eu encore plus de cas de contamination malgré les opérations de vaccination », avance-t-il.

Pour Lucien, « le covid-19 est un grand complot de certaines personnalités du monde pour renflouer leurs comptes bancaires ». « Le vaccin est diabolique », pense  pour sa part Wazidath signalant qu’elle ne va « jamais se faire vacciner contre le virus. Il ne faut pas le faire pour créer des ennuis. La vie ne s’achète pas.»

« Nous n’avons pas d’effet secondaire »

Les autorités sanitaires béninoises tentent de dissiper les craintes des populations. Mathilde Houssou, directrice départementale de la santé au Littoral insiste qu’il est important de se faire vacciner pour éradiquer le covid-19. Elle dédramatise aussi la polémique autour des effets secondaires éventuels.

« Depuis que nous avons commencé la vaccination, nous n’avons pas d’effets secondaires graves. Quelques rares effets comme les douleurs au point d’ingestion et les fièvres ont été recensées. Ce sont des choses qu’on rencontre avec tous les vaccins. Ce n’est pas des choses extraordinaires », a-t-elle rassuré face à la presse lundi 11 mai 2021.

Outre la réticence, la méfiance et le scepticisme, la campagne de vaccination contre la covid-19 à Cotonou et Abomey-Calavi semble plombée par la sous information.

Lors du lancement de la campagne de vaccination le 29 mars 2021, le ministre de la santé Benjamin Hounkpatin faisait savoir qu’elle concerne le personnel de santé, les personnes à risque (vivant avec des commodités et âgée de plus de 60 ans).

De nos constats sur le terrain, depuis environ un mois, la vaccination contre la covid-19 est étendue aux personnes âgées d’au moins 18 ans. Mais plusieurs citoyens rencontrés disent ignorer cette nouvelle donne. « Je ne suis pas une personne âgée. On a dit ceux qui sont plus âgés, ceux qui ont le diabète, la tension et autres. Je ne suis pas une personne vivant avec ces maladies, donc je suis disqualifié », avance Marcellin pour justifier son refus de se faire vacciner.

Si les citoyens n’ont pas pu avoir l’information sur l’élargissement de la vaccination à toutes les personnes majeures, a confié une source sanitaire à  Banouto, c’est à cause d’un ‘’disfonctionnement’’ au niveau de l’administration. 

A la date du 12 mai 2021, le Bénin compte officiellement 7884 cas de Covid-19 dont 7652 guérisons et 100 décès.  Le pays a reçu ses premières doses de vaccin le 10 mars 2021 grâce au programme Covax. Il s’agit de 144 000 doses du vaccin AstraZeneca/Oxford, sous licence de l'Institut Serum en Inde.

Le gouvernement béninois et les ONG continuent la sensibilisation pour le respect des mesures barrières. Le port de masques est toujours obligatoire en lieu public. 

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