INVESTIGATION-REPORTAGE

Déguerpissement à Xwlacodji : sans abris malgré le relogement, des familles appellent au secours

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Des familles sont encore sans habitations malgré le relogement fait par le gouvernement après le déguerpissement à Xwlacodji, un quartier de la ville de Cotonou. Ces ménages estiment avoir été laissés pour compte lors du relogement mais l’éxécutif dément. Banouto est allé rencontrer les acteurs pour mieux comprendre.

XwlacodjiOpération de déguerpissement à Xwlacodji Photo DR

Xwlacodji. Le nom de ce quartier de Cotonou, capitale économique du Bénin est depuis quelques semaines au bout de plusieurs lèvres. Et pour cause, dans ce quartier plusieurs ménages sont encore sans abris après le relogement fait par le gouvernement suite au déguerpissement de 2019 à Xwlacodji.

Selon les déclarations d’un rassemblement de ménages connu sous le nom de « Collectif », le gouvernement du président Patrice Talon, lors du processus de relogement, n’a pas pris en compte tous les ménages. Ce collectif parle d’un effectif de 200 ménages oubliés.

Jeudi 8 septembre 2022, une équipe de Banouto s'est rendue à Xwlacodji pour faire le constat. Des enfants, des jeunes filles et jeunes hommes, des femmes, des pères de famille et même des personnes du 3e âge vivent dans l’école primaire publique de Xwlacodji.

veil-homme-sans-abris-XwlacodjiUn veil homme retrouvé devant un salle de classe à Xwlacodji Photo: Banouto

Ils vivent dans des salles de classe, sur la cour de l’école dans une insalubrité totale. Pourquoi ? Certains d'entre eux déclarent être oubliés par le gouvernement lors du relogement après leur déguerpissement et ne savent plus où vivre. « Je dors ici au dehors. D’autres membres de ma famille sont éparpillés çà et là avec de la pitié, de la peur », a confié les yeux larmoyants un vieil homme à Banouto. Exposé aux intempéries, cet homme estime n'avoir pas sa place là mais n'a pas d'autres alternatives parce que n'ayant rien reçu pour se trouver un abri sécurisé.

Alors que le gouvernement martèle n'avoir oublié personne dans cette opération, cet homme s'inscrit en faux. « On nous a demandé de venir nous inscrire à la mairie, on a fourni tous les documents demandés mais jusqu’à maintenant, je n’ai reçu aucun appel », affirme-t-il désespéré. Une femme rencontrée sur le site, la quarantaine environ, est dans la même situation. « Je suis ici depuis à cause du déguerpissement et j’attends d’être relogée. Je garde espoir » a-t-elle déclaré.

 Certaines personnes rencontrées dans cette école non fonctionnelle ont expliqué qu'elles y sont à cause de leurs différentes activités. Elles ne sont pas concernées par le processus de relogement. D'autres par contre, ont refusé de se confier à la presse sous prétexte qu’elles ont marre de cette situation. « Je ne veux rien dire aux journalistes, plusieurs fois, vous êtes venus ici avec caméras et micros nous filmer mais ça n’a rien donné », a lancé sèchement une jeune femme.

Des « squatters » selon le gouvernement

Le ministre du Cadre de Vie et du Développement Durable, José Tonato a démenti, à travers un communiqué publié le 5 septembre 2022, l’oubli par le gouvernement de reloger 200 ménages lors de l’opération de libération au quartier Xwlacodji.  « Je tiens à informer l’opinion publique que les toutes les constructions physiques réelles établies par une photographie aérienne le 28 juillet 2021 et recensées sans exceptions ont été relogées sur un site aménagé à Djeffa par le gouvernement » a assuré José Tonato dans son communiqué. Le ministre a également précisé que depuis le 10 juin 2022, tous les ménages concernés par cette opération ont reçu l’accompagnement financier du gouvernement, prévu à cet effet. José Tonato a invité les auteurs de ces « allégations » à cesser au risque d’être appelés à en répondre.

Lors d’un point de presse mardi 6 septembre 2022, le ministre du cadre de vie José Tonato est revenu sur le cas des personnes qui vivent dans l'école primaire publique de Xwlacodji. « Les autorités locales ont effectué un recensement le 4 juillet 2022 sur les lieux (dans l'école primaire publique de Xwlacodji). Au total, 76 personnes ont été dénombrées et rattachées à 35 maisons ayant déjà bénéficié des mesures d'accompagnement du gouvernement (parcelle et indemnisation lors de l'opération à Djeffa », a indiqué le ministre.  Selon le ministre, la plupart des occupants de l'école y sont pour des activités commerciales et professionnelles attachées au port de pêche et au Port autonome de Cotonou. « Il ne s'agit pas de sinistrés mais de squatters », a souligné le ministre José Tonato.

Le collectif réplique

En réponse au communiqué du ministre du Cadre de Vie et du Développement, le collectif par la voix de son porte-parole, Julien H. Bessan, a soutenu que le ministre n’a pas fait ce qu'il faut avant de trancher. « Le ministre n'est pas descendu dans le quartier pour comprendre les réalités auxquelles la population était confrontée. Il y a eu une opération en 2021. On ne sait pas par quelle stratégie ils ont fait le recensement. Il y a des maisons qui sont sorties et d'autres sont laissées pour compte. Pour Julien Bessan, le ministre José Tonato s'est appesanti sur les déclarations du CA et des chefs quartiers pour faire son communiqué.

Toute la population de Xwlacodji, apprend le porte-parole du collectif, a déposé des dossiers auprès du Chef du 5e arrondissement (CA) qui a manqué d'afficher la liste pourtant réclamée. « Depuis le début de cette opération, on disait au CA d'afficher la liste pour qu'on sache qui est oublié. Ce qui n'a pas été fait. C'est quand on a appris à la radio que tout le monde a été déjà servi que nous nous sommes réunis », a-t-il confié à Banouto.

Mieux, Julien Bessan, déclare que le collectif a demandé en vain, au CA d'afficher la liste des bénéficiaires avant de procéder au dédommagement.  « Nous, sinistrés, on avait demandé l’affichage des listes au préalable. Ce qui n’a jamais été fait », regrette Julien Bessan.

Le CA incriminé se défend

Parfait Anselme Dékoun, chef du 5eme arrondissement de Cotonou a répondu aux accusations portées contre lui sur le non affichage de la liste. Selon l'autorité, 368 ménages ont été recensés sur le terrain. « En tant que chef d’arrondissement, l’Agence nationale du domaine foncier (ANDF, Ndlr) m’a remis la liste des 368 (ménages, Ndlr) avec des instructions », a d'abord déclaré l’autorité. Selon ses explications, chaque parcelle doit être représentée par deux personnes qui doivent fournir leurs photos d’identité, leurs actes de naissance, leurs pièces d’identité. « Pour les héritiers, un procès-verbal de conseil de famille est demandé », a-t-il précisé.

Le CA indique que sur la base de cette liste, ses services ont pris le soin d’appeler par contacts téléphoniques, les 368 personnes concernées par le relogement. « C’est au vu de ça que chacune de ces personnes est venue déposer son dossier au niveau de l’arrondissement pour être envoyé au niveau de l’ANDF », poursuit l'autorité.

A chaque étape de l’évolution du dossier au niveau de l’ANDF, le CA assure que chaque personne concernée a été contactée par téléphone pour apporter les éventuelles corrections. « Ils font les corrections, si le PV (procès-verbal, Ndlr) établi par l’ANDF est bon, ils le signent », ajoute-t-il.

Selon le CA, en septembre 2021, tous les concernés, ont été invités pour aller prendre connaissance de leurs parcelles sur le site de Djeffa.  « Les géomètres qui ont fait le morcellement du domaine appelaient un à un les propriétaires ou représentants de parcelles pour le leur indiquer sur le domaine.  Aujourd’hui, aucun des 368 n’est venu se plaindre pour dire qu'il a son nom sur la liste mais n’a pas pu fournir de dossier parce qu'il n’était pas informé », assure le chef d'arrondissement incriminé.

Cependant, des ménages séjournent dans des lieux non indiqués au grand dam de l'insécurité et de l'insalubrité.

SOS Patrice Talon

Face à cette situation, le collectif a demandé l'intervention des autorités compétentes pour qu'une solution soit trouvée. Les explications fournies par le ministre José Tonato le 6 septembre ne les ont visiblement pas convaincus. Ils ont, par le biais de leur porte- parole demandé l'arbitrage personnel du chef de l'État Patrice Talon pour un dénouement de ce dossier.

Ceux qui se disent oubliés après le relogement ne se sont pas limiter à cet appel. Le 16 septembre 2022, le collectif a adressé une lettre ouverte à l'actuel locataire de la Marina dans ce sens. Dans leur missive, ils ont demandé à Patrice Talon de se saisir du dossier. Les « oubliés » de Xwlacodji ont dit être prêts à le rencontrer pour lui expliquer la situation qui prévaut.

Une source a confié à Banouto que des plaidoyers sont faits à l'endroit du chef de l'État dans ce même dossier pour qu'une solution idoine soit trouvée.

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