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9e législature du Bénin : la discrimination positive en faveur des femmes, un semblant ?

9e législature du Bénin : la discrimination positive en faveur des femmes, un semblant ?

A travers ses réformes politiques et institutionnelles opérées depuis 2016, le Bénin a légalisé la discrimination positive en faveur des femmes. Ce qui a permis, d’avoir 29 femmes députées à l’Assemblée nationale, à l’issue des législatives du 8 janvier 2023. Mais, cette mesure en faveur des femmes ne se ressent pas dans la composition du bureau de l’Assemblée nationale, 9e législature.

A travers ses réformes politiques et institutionnelles opérées depuis 2016, le Bénin a légalisé la discrimination positive en faveur des femmes. Ce qui a permis, d’avoir 29 femmes députées à l’Assemblée nationale, à l’issue des législatives du 8 janvier 2023. Mais, cette mesure en faveur des femmes ne se ressent pas dans la composition du bureau de l’Assemblée nationale, 9e législature.

honorable-chantal-ahyi.jpegChatal Ahyi, seule femme députée membre du bureau de l'Assemblée nationale du Bénin

L'égalité entre les sexes, loin d’être un simple groupe de mots est un appel humanitaire pour un regard bienveillant envers les femmes qui se distinguent dans la société par leur bravoure et leur travail. Longtemps considéré comme propre aux occidentaux, ce concept a pris corps dans plusieurs pays africains. Pour ne pas rester en marge de ce qui se passe ailleurs sous les tropiques et donner les chances aux femmes d’avoir des places dans les cercles de prise de décision, le Bénin a opéré plusieurs réformes depuis 2016. Lesquelles réformes ont été une réalité au lendemain du dialogue politique des 10, 11 et 12 octobre 2019. Avant le dialogue politique d’octobre 2019, la question était au cœur d’une conférence parlementaire tenue en janvier de la même année à Cotonou.

L’une des résolutions de ses assises organisées après les législatives controversées de 2019 est qu’il y ait désormais une discrimination positive en faveur des femmes afin qu’elles soient mieux représentées au parlement. Si les Béninois dans leur majorité n’ont pas supporté comme à leur habitude, qu’on touche à la loi fondamentale du pays, grande fût la joie de plusieurs d’entre eux de voir constitutionnaliser la discrimination positive en faveur des femmes. « L’homme et la femme sont égaux en droit. Toutefois, la loi peut fixer la des dispositions spéciales d’amélioration de la représentation du peuple par les femmes », dispose l’article 26 nouveau, alinéa 2 de la loi n° 2019-40 du 7 novembre 2019 portant révision de la loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 portant constitution de la République du Bénin.

Cette disposition a été renforcée et détaillée par la loi 2019-43 du 15 novembre 2019 portant code électoral en République du Bénin. Ainsi l’article 144 de cette loi stipule : « Le nombre de députés à l’Assemblée nationale est de cent neuf (109) dont vingt-quatre sièges exclusivement réservés aux femmes ».

Ainsi sur les 109 députés élus, au moins 24 devraient être des femmes. Pour la 9e législature, installée le 12 février 2023, le quorum a été atteint et dépassé parce que certains partis en lice, en dehors des postes exclusivement réservés aux femmes, ont positionné des femmes têtes de liste dans quelques circonscription électorale. Eh oui ! A la croisée des chemins, le parlement de la 9e législature du Bénin compte 29 femmes et 80 hommes. 

Quand la volonté politique brime la volonté institutionnelle

Pour la première dans l’histoire politique du Bénin, le nombre de femmes parlementaires excède 10. Depuis l’avènement du renouveau démocratique, notamment à partir de la 1ère législature en 1991, le nombre de femmes a varié entre 3, 6 ou 7 pour 64 puis 83 députés. Pour la 8e législature, sur les 83 députés installés le 16 mai 2019, seulement six sont des femmes. Ensuite la 1ère vice-présidente du parlement a été élue vice-présidente de la République à l’issue de la présidentielle de 2021. Ce qui a fait passer le nombre à 5 étant donné qu’elle était suppléante du ministre de l’intérieur d’alors, Sacca Lafia. En dehors de Mariam Chabi Talata Zimé Yérima, la députée Sofiath Shanou était dans le bureau de l’Assemblée nationale au poste de 1ère secrétaire parlementaire. En 2023, pour le compte de la 9e législature, on a 29 femmes députées, mais une seule est dans le nouveau bureau. Il s’agit de la députée Chantal Ahyi, au poste de 2e questeur.

Si pour 6 femmes sur 83, on a pu faire de la place pour 2 dans le bureau avant le départ de Mariam Chabi Talata Zimé Yérima, pourquoi pour 29 femmes, on se retrouve avec une seule ? La composition du bureau était connue avant l’installation de la législature. Le samedi 11 février, comme une traînée de poudre, une liste des membres du bureau de la 9e législature a circulé sur les réseaux sociaux. On aurait pu penser qu’il s’agit de supputations de personnes pressées de voir le 12 février. Mais à l’arrivée, cette liste a été confirmée. Le seul nom qui n’était pas encore connu est celui du député Démocrate qui occuperait le post de 2e vice-président de l’assemblée. Ce qui laisse croire que cette configuration « masculinement forte » est prémédité.

A quoi sert-il de donner l’impression aux femmes qu’on les favorise si on n’est pas prêt à les laisser diriger un tant soit peu ? Chose curieuse, la majorité des députés qui ont milité pour cette discrimination positive depuis la 7e législature et l’ont voté sous la 8e législature sont les mêmes qui, responsables de partis politiques, ont validé cette configuration du bureau. L’Union progressiste le renouveau et le Bloc républicain, partis de la mouvance qui cumule 81 députés, auraient pu positionner quelques femmes. Mais ils ont préféré mettre les hommes aux commandes. Le parti Les Démocrates, minoritaire avec 28 députés a eu une candidate au poste de président qu’il savait perdu d’avance. Au seul poste où seulement un député d’opposition est candidat, c’était un homme. A croire que la volonté institutionnelle n’est rien face à la volonté et aux enjeux politiques.

La réforme a-t-elle du plomb dans l’aile ? Le temps le dira. En attendant, les regards restent tournés vers le mardi 14 février où les députés vont composer les différentes commissions du parlement. Les responsables des partis politiques voudront-ils mettre des femmes à la tête de ces commissions ?