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Dr. Béranger Avohoueme : « Le détournement des deniers publics n’est pas une question d’âge »

Dr. Béranger Avohoueme : « Le détournement des deniers publics n’est pas une question d’âge »

Le mal du détournement se développe au niveau de l’individu quand les institutions de socialisation sont démissionnaires ou l’une d’entre elles ne joue pas correctement son rôle.

Le mal du détournement se développe au niveau de l’individu quand les institutions de socialisation sont démissionnaires ou l’une d’entre elles ne joue pas correctement son rôle.

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Tisser la nouvelle corde à la partie pourrie de l’ancienne, c’est perpétuer le vol des biens publics

 Le détournement des deniers publics ne saurait être une question de classe d’âge (jeunes/vieux). C’est un fléau qui concerne aussi bien de jeunes personnes que de moins jeunes. Il n’est pas fonction d’une pyramide des âges. C’est un mal sociétal qui nait dans le cœur de l’individu. L’histoire de Caïn et d’Abel est illustrative à bien d’égards. Le mal du détournement se développe au niveau de l’individu quand les institutions de socialisation sont démissionnaires ou l’une d’entre elles ne joue pas correctement son rôle. Au nombre de ces instances figurent la famille, l’école, l’église, le parti politique, le couvent, les réseaux professionnels, les groupes d’appartenance, les associations caritatives, la justice etc.  La perspective analytique de la primauté du tout sur l’individu met en lumière des fragilités face à un monde de plus en plus enclin à l’individualisme, à la distanciation sociale, au confinement et au développement de l’intelligence artificielle.

Par conséquent, il peut arriver que les structures d’encadrement ne parviennent pas à bâtir des consciences citoyennes respectueuses des ressources publiques. Dans ce cas de figure, il faut questionner le rapport individuel des acteurs sociaux à l’argent. Dès lors, quelle est la place de l’argent dans la société béninoise voire dans le monde en général?

Nous observons que le respect à l’égard de quelqu’un dépend souvent de son avoir (argent, maison, parcelle, voiture). Vous n’êtes pas donc respecté tant que vous n’avez pas les attributs de pouvoirs.

Cette norme sociale est si prégnante que dans les familles au Bénin ce sont les plus nantis qui assument davantage les responsabilités de chefs plutôt que les ainés. L’agent est passé par là aussi. Le droit d’ainesse est relégué aux calendes grecques à certains niveaux. On est appelé « fofo » au sein des collectivités familles quand on pèse financièrement et économiquement.

Ainsi, l’argent a tout perverti y compris le sacré. La multiplication des cas de vols des objets sacrés dans les églises et les temples ces dernières années en dit long. Le vol du 24 septembre 2020 de la relique de saint Jean-Paul II dans la cathédrale de Spolète en Italie édifie davantage. L’intention de l’auteur n’est pas encore clarifiée. Toutefois, la piste de la monétarisation n’est pas à écarter. De plus, combien d’employeurs ne se plaignent-ils pas de l’amour exercif de l’argent que manifestent leurs collaborateurs au détriment de la qualité du travail ? De nos jours, l’argent est célébré plutôt que la valeur que constitue le travail. On fête 10 milliards, 50 milliards, 200 milliards  etc. Pourtant, les organes de l’Etat en charge de la vérification des sources d’enrichissement ne s’en préoccupent pas trop. Ce silence tend à normaliser l’anomique. La culture de l’effort est moquée. Les contre-références sont hissées au rang du normal. Les enfants s’en approprient et tentent de répliquer le modèle. Les actes de corruption et l’affairisme prolifèrent. L’intégrité devient une option peu enviable.

La satisfaction morale, la dignité et l’honneur ne signifient plus grande chose. Le sens de responsabilité n’est plus la chose la mieux partagée. « L’amour de l’argent est une racine de tous les maux » s’offusque l’écrivain sacré dans 1 Timothée 6 :10. Cet amour de l’argent n’épargne aucune catégorie socioprofessionnelle encore moins une classe d’âge.

C’est pourquoi, il importe d’être prudent et vigilant pour ne pas tisser la nouvelle corde à la partie pourrie de l’ancienne. Car, tous les anciens ne sont pas des modèles. La société est en crise de valeur. Nous en sommes tous responsables. Nous petits, pauvres, riches, jeunes et vieux.

Dr. Béranger Avohoueme, Enseignant-chercheur, Spécialiste en Gouvernance et anthropologie du droit foncier, Directeur de l’Institut Terre d’Afrique

1 commentaire

1 commentaire

FASSASSI Liadi
il y a 6 ans
Et d'où viennent les '''objets sacrés''' qu'on vient '''voler''' dans les églises ? En effet, le brigand n'aime pas être volé.
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