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Harcèlement sexuel au Bénin: « Mon chef me força à toucher son appareil reproducteur » (Témoignage)

Harcèlement sexuel au Bénin: « Mon chef me força à toucher son appareil reproducteur » (Témoignage)

Elle en garde un souvenir traumatisant. Son patron qui baisse le pantalon et la force à toucher son sexe. La scène s’est déroulée dans une banque au Bénin. La victime, stagiaire au moment des faits, en parle dans un recueil de témoignage de Wanep-Bénin.  

Elle en garde un souvenir traumatisant. Son patron qui baisse le pantalon et la force à toucher son sexe. La scène s’est déroulée dans une banque au Bénin. La victime, stagiaire au moment des faits, en parle dans un recueil de témoignage de Wanep-Bénin.  

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Intitulé « Harcèlement sexuel en milieu de travail : Témoignages », le recueil donne la parole à 13 victimes pour briser le silence. Wanep-Bénin l’a publié dans le cadre de l’édition 2020 des 16 jours de campagne contre les violences basées sur le genre au Bénin. Les victimes témoignent sous anonymat.

Dans le viseur du chef

Le harcèlement sexuel en milieu de travail. C’est un fléau qui a bouleversé ma vie. Quand j’y pense, mes peurs et mes doutes s’amplifient. C’est un phénomène qui m’a marqué négativement, tant il a créé le contraste entre la joie qui anime à la fin des études et le désir de découvrir les réalités du monde professionnel.

En effet, j’ai obtenu avec joie et enthousiasme mon Brevet de Technicien Supérieur (BTS). Dans la perspective de décrocher facilement un emploi, je décidai de prendre par le canal d’un stage professionnel. Noble et légitime ambition n’est-ce pas ? Avec mon bâton de pèlerin, je déposai mes dossiers dans plusieurs structures de la place. L’heureux hasard voulut que je fasse mon stage dans une banque, notamment dans l’une de ses agences du territoire national. Quelle joie que de me familiariser avec le monde professionnel par le biais de cette auguste institution bancaire ?

Dans la fièvre des premiers jours, je me rendis dès le lundi à l’agence indiquée. Je me présentai au responsable des ressources humaines qui se chargea de faire ma présentation à tout le personnel ; du chef d’agence jusqu’au caissier. J’eus droit à un accueil chaleureux de la part de l’équipe. Je reçus de précieux conseils de la part de ces aînés qui voulaient surtout que j’apprenne. Je dois signaler au passage que jusqu’à mon arrivée, il n’y avait que des hommes au sein de l’équipe. C’est ainsi que débuta pour moi mon expérience dans le monde professionnel.

Je reçus dès l’entame la quintessence de ma mission. J’étais en effet chargée d’assurer la transmission au sein du personnel, très mobile entre le bureau du caissier, du chargé à la clientèle et du chef d’agence. J’avais également à charge les plis et les courriers de l’agence d’une part et la réception des clients que j’introduisais auprès du chef d’agence d’autre part.

Dans mes sempiternels mouvements au sein de ladite agence, j’étais loin d’imaginer que j’étais rentrée dans le viseur d’un membre du personnel ; le plus âgé de l’équipe, le chef d’agence qui entrepris de me pourrir la vie. A deux semaines de la fin de mon stage, alors que je venais de boucler un mois et demi dans l’agence, le chef d’agence se mit à me congratuler pour mon travail devant les autres agents de la maison. Puis, lorsqu’il m’arrivait de me rendre dans son bureau pour une commission, il sortait tous les qualificatifs de son vocabulaire pour apprécier ma beauté.

  • Tu sais que tu es très belle ?

Il lui arrivait aussi de me faire des promesses à n’en point finir.

  • Je peux te trouver du travail à la fin du stage. Tu sais que je suis un doyen dans la maison. Il suffit que je te réfère et le tour est joué.

« Il suffit que je te réfère et le tour est joué »

Mon manque d’expérience et ma naïveté ne me permirent pas jusque –là de déceler à travers les propos de mon chef d’agence la face cachée de l’homme.

Puis un jour, en sortant de son bureau, il me donna une petite fessée. J’étais à la fois surprise et ahurie par le geste. Je ne m’en revenais pas. Je bouillis de colère, me retournai avec rage. Je voulus lui donner une raclée pour son geste. Mais je me retins. Mon éducation ne m’autorisait pas à lever la main sur une personne lus âgée que moi, qui plus est pourrait être plus âgée que mon père. Cette éducation ne me permettait pas non plus de lui proférer des injures. Je lui fis savoir ma désapprobation d’un ton sec. -  Votre acte est très déplacé, monsieur…

Je m’attendais à ce qu’il reconnaisse sa faute et me présente ses excuses. Erreur. Pour toute réponse, il me répliqua :

  • Sais-tu que je suis ton patron et que c’est à moi de signer ton attestation de stage et te recommander ?

« Je lui fis savoir ma désapprobation d’un ton sec »

Ce jour- là, je sortis de son bureau, le moral à plat, ne sachant quoi faire. Je pris la résolution de m’éloigner au maximum de lui en fuyant systématiquement les tâches qui devaient me conduire dans son bureau. Cependant, mon patron faisait tout pour que ce soit moi qui exécute lesdites tâches.

Un jour, j’étais entrée dans son bureau. Surprise, mon chef referma la porte derrière moi, enleva son pantalon, me toucha, puis me força à toucher son appareil reproducteur. Il me laissa partir après sur un ton menaçant :

  • Si tu veux ma signature, tu devrais te laisser faire…

Je traînai ce lourd fardeau. A qui en parler ? La question resta sans réponse. Et puis, ce serait sa parole contre la mienne comme lui-même se plaisait à me le rappeler tout en martelant que j’étais une enfant hyper agitée, avec des tenues parfois qui n’atteignent pas les genoux. C’était sa ligne de défense et il se plaisait à me le jeter à la figure. Ma réputation était en cause. Je ne pouvais en parler ni à mes parents, ni à mes amis. Personne ne me croirait.

Le chef caisse remarqua mon changement de comportement et voulut en parler avec moi. Après insistance, je dus me libérer. Il me conseilla de ne pas me plaindre car ce monsieur était d’une certaine notoriété. Le chef caisse promit m’aider pour avoir la signature de mon attestation.

« Il me conseilla de ne pas me plaindre car ce monsieur était d’une certaine notoriété »

Dans cette situation, plusieurs questions traversèrent mon esprit mais restèrent sans réponse. Je me demandai par exemple si mes tenues étaient provocatrices ? Si mon comportement de fille gentille et serviable posait problème.

Pour avoir vécu ce traumatisme de la part de mon patron, je pris la décision de ne plus jamais travailler pour quelqu’un d’autre et d’être à mon propre compte.

A ce jour, ce monsieur n’a pas été inquiété et occupe toujours ses fonctions.

Si je devais revivre la même situation aujourd’hui, j’agirais autrement. Ma confiance en moi étant très élevée je rassemblerais des preuves et porterais plainte même si je craindrais tout de même ce que penserais les autres. Malheureusement dans plusieurs cas, le harceleur devient la victime dès lors qu’il y a une plainte.

« Si je devais revivre la même situation aujourd’hui, j’agirai autrement. Je porterai plainte »

A toutes ces femmes victimes du harcèlement sexuel, je conseille de ne pas avoir peur, de dénoncer les harceleurs pour bannir ce fléau. Je me sens aujourd’hui soulagée pour avoir partagé cette histoire qui m’a énormément traumatisée dans le temps.

Source : Recueil  « Harcèlement sexuel en milieu de travail : Témoignages » publié par  Wanep-Bénin