SECURITE-HUMAINE

Cotonou: des journalistes partagent des "bonnes pratiques" pour réussir l’investigation

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Banouto et "Café Médias Plus" ont organisé un atelier de partage de bonnes pratiques en journalisme d’investigation. Les échanges ont eu lieu vendredi 13 mai 2022 à la Maison des médias à Cotonou.

banouto-café-média-participants-atelierVue des participants à l'atelier de partage de "bonnes pratiques" en investigation à Cotonou 

Des journalistes ont partagé des bonnes pratiques entre eux sur le journalisme d'investigation. L’espace Café Médias Plus de la Maison des médias Thomas Mègnansan a servi de cadre, vendredi 13 mai 2022 pour cet exercice. Cette rencontre a été organisée par le consortium "Banouto investigation" en partenariat avec le club de presse "Café Média Plus", dans le cadre du projet "défis économiques et sécuritaires du Bénin" financé par l’Ambassade des Etats-Unis au Bénin.

Selon Léonce Gamaï, Manager général de Banouto, si le journalisme est considéré comme le 4è pouvoir dans tout régime démocratique,  on peut estimer que le journalisme d’investigation est l’un des piliers centraux de ce pouvoir. Car, explique-t-il, c’est le journalisme d’investigation qui permet au média, à l’institution médiatique de mettre la lumière sur ce qui n’est sur ce qui n'est pas connu du public. C'est ce genre journaliste, porté par Banouto, justifie le manager général, qui a notamment permis au journal en ligne de bénéficier du soutien de l’Ambassade des Etats-Unis.

Le projet, apprend le coordonnateur, se résume en trois étapes. D’abord réunir un groupe de journalistes et les déployer sur le terrain pour des enquêtes sur les sujets ayant trait aux défis économiques et sécuritaires du Bénin. Ensuite, il est prévu la réalisation de deux ateliers de partage de bonnes pratiques en investigation à Cotonou et Parakou. Enfin, le consortium Banouto investigation prévoit la réalisation de deux émissions radio et télé sur la promotion du journalisme d’investigation. L’objectif de ces ateliers est de donner l’occasion aux journalistes ayant participé au projet ou non, de promouvoir l’investigation au sein des médias béninois.

Astuces pour réussir l’investigation journalistique

panel2-atelier-banouto-cmpDe gauche à droite, Olivier Ribouis ( journaliste à Banouto), Marie-Louise Bidias (modératrice Café Médias Plus) et  Flore Nobimè (journaliste indépendante).

Des astuces pour réussir une investigation journalistique ! Il y en a. Eric Déguénon, journaliste à Canal 3 Bénin a partagé les siennes avec les participants à l’atelier. Selon lui, la réussite de tout projet d’investigation commence par un « état d’esprit » qu’il a qualifié de « fort ». « Il faut sans doute aller le chercher dans l’environnement dans lequel on travaille, dans sa famille, chez ses collègues, dans sa rédaction auprès de ses patrons puisqu’on appartient à un groupe de presse », a-t-il expliqué. Pour Eric Déguénon, l’état d’esprit est « important parce que c’est le début, c’est la base ». Le journaliste a évoqué également la confiance et la planification de son temps pour la descente sur le terrain.

De son côté, Falilatou Titi, journaliste à Banouto a laissé entendre qu’« il n’y pas de recette de grand-mère pour réussir une investigation ». Mais elle a indiqué avoir adopté l’enquête par hypothèse développée par le journaliste franco-canadien Mark Lee Hunter. Cette méthodologie, justifie-t-elle, consiste à faire des suppositions sur une situation qui vous intéresse, surtout sur un sujet compliqué sur lequel il est difficile d’identifier quelles peuvent être les potentielles sources. « L’enquête par hypothèses permet de partir sur la base des hypothèses pour faire un travail exploratoire, d’identifier plus facilement les potentielles sources, (humaines, morales, documentaires, matérielles, etc.) avant de de planifier la descente sur le terrain », a-t-elle fait savoir. L’enquête par hypothèse n’est pas la seule méthode qui semble être meilleure pour Falilatou Titi. La journaliste a également évoqué la « technique de l’escargot ». Cette technique, selon partage-t-elle, consiste à commercer « le travail de collecte à partir des sources les moins accessibles aux plus accessibles » sur le sujet abordé.

Josué Mèhouénou, journaliste au quotidien "La Nation" ne mène jamais une investigation sans sa fiche d’enquête. Selon lui, c’est primordial. « Une investigation part d’abord de la fiche d’enquête. Si vous ne faites pas la fiche d’enquête à un moment ou un autre, vous risquez de vous perdre dans le travail que vous réalisez », a affirmé le journaliste. L’autre élément très important qui permet aussi de réussir un sujet d’investigation, selon lui, ce sont les sources. « Pour moi, les sources sont comme le sel dans la sauce dans une enquête journalistique. Lorsque vous ne balisez pas assez correctement le terrain par rapport aux sources, vous irez dans tous les sens". Il déconseille d’ailleurs de commencer tout sujet d’investigation par le terrain. « Vous vous retrouvez dos au mur lorsque vous êtes bloqués à l’étape du terrain sur un sujet d’investigation », a-t-il souligné. 

Sources de financement et collaboration 

La question du financement des projets d’investigation et la thématique du journalisme collaboratif ont été également abordées lors des échanges. Le panel sur la recherche de financement a été l'occasion pour Olivier Ribouis, journaliste à Banouto et Flore Nobimè, journaliste indépendante, de partager avec leurs confrères les sources de financement pour faire des investigation. Hervé Kingbêwé, journaliste à Banouto et Venance Tonongbé, journaliste au site "La Météo" ont parlé du journalisme collaboratif.

Au cours des échanges, les deux journalistes ont souligné l'importance de la collaboration sur les sujets d'investigation. Pour y arriver, partagent-ils, il suffit d'avoir une ouverture d'esprit pour accepter les remarques des autres membres de l'équipe, d'être humble, être disponible et avoir la volonté d'aller au bout. Quels que soient les difficultés et les couacs, conseillent ces journalistes, il ne faut jamais perdre de vue l'essentiel, l'objectif de la collaboration. 

L'atelier de partage de bonnes pratiques en investigation a connu la présence de plusieurs personnalités. Il s'agit de: Franck Kpotchémè, Conseiller à la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (HAAC), Gildas Aïzannon, Conseiller technique aux médias de la ministre de l’Economie numérique et de la digitalisation; de Christopher Helmkamp, Directeur des Affaires publiques à l'Ambassade des Etats-Unis au Bénin, Zakiath Latoundji, présidente de l'Union des professionels des médias (UPMB) et Hervé Hessou, Coordonnateur principal du club de presse "Café Médias Plus". Ces personnalités ont salué l'initiative et enrichi les débats par leurs diverses interventions. Elles ont également souhaité qu'elle soit pérénisée pour que l'investigation retrouve ses lettres de noblesse au sein de la presse béninoise. 

A la fin de chaque panel, il y a eu des discussions entre les participants et les panelistes. Une cinquante de journalisteS a pris part à ce rendez-vous de donner et de recevoir. Après l'atelier de Cotonou, les organisateurs donnent rendez-vous aux confrères du septentrion dans les prochains jours à Parakou pour le même exercice. 

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