SECURITE-HUMAINE

Parakou: des journalistes partagent “les bonnes pratiques" pour réussir l’investigation

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Au Bénin, plusieurs journalistes du septentrion se sont réunis le lundi 30 mai 2022 pour partager les bonnes pratiques en investigation. C’est une initiative de Banouto, coordonnée par le club de presse “Café Médias Plus”, avec l’appui financier de l’Ambassade des Etats-Unis près le Bénin. 

 

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Vue des participants de l'atelier de partage de "bonnes pratiques en investigation" à Parakou

Et de deux pour Banouto et “Café Médias Plus”. Après la phase de Cotonou, les deux entités ont gagné le pari de fédérer plusieurs professionnels des médias autour de l’investigation à Parakou. Lundi 30 mai 2022, Banouto et son partenaire CPM ont réuni plus d’une trentaine de journalistes du septentrion à Parakou pour un atelier de partage de “bonnes pratiques" en investigation. Au menu des échanges, trois panels.

Réussir une bonne investigation en zones à risque

Les premières discussions ont porté sur: “Comment réussir une enquête journalistique dans une zone réputée critique”. Les journalistes Wahab Touraré de Radio Su Tii Déra de Nikki, Falilatou Titi de Banouto et Sanni Kora Baguiri (free lance) ont animé ce panel. A l’occasion, ils ont partagé leurs expériences respectives et donné des astuces pour réussir une bonne investigation dans les contextes dits à risque. 

Journaliste à Banouto, Falilatou Titi a partagé ses recettes et astuces pour réussir ses enquêtes. L’enquête par hypothèse, la technique de l’escargot sont entre autres les méthodologies qu’elle a confié utiliser le plus. L’enquête par hypothèse consiste à faire des suppositions qu’on vérifie par la collecte des informations auprès de sources humaines, documentaires, etc. identifiées, après un travail exploratoire sur le sujet. La technique d'escargot, elle, consiste à aller vers les sources les plus accessibles au moins accessibles pour collecter les informations. Ces sources, partage la journaliste sont réparties en cinq catégories: les victimes (populations, usagers d’un service donné, etc.), les alliés (OSC); les sources neutres (experts, spécialistes), les taupes (sources proches des personnes mises en cause) et les adversaires (personnes mis en cause par l’investigation). Ces techniques, relève Falilatou Titi, demandent une bonne préparation. D’où l’utilité d’élaborer un bon dossier d’enquête qui servira de feuille de route pour la réussite de son enquête/investigation.  

Selon Wahab Touraré, au-delà de la méthodologie, un journaliste qui travaille dans une zone de conflit ou à risque doit être porteur d’un message de paix pour calmer les deux parties, rester objectif et surtout neutre pour découvrir la vérité. Il a également l’obligation d’informer sa rédaction, les autorités de la localité et autres personnes susceptibles ou habilitées à contribuer à la production de la sécurité pour lui faciliter son travail. Quant à Sanni Kora Baguiri, il a partagé son expérience de reporter de Deeman radio lors de la présidentielle de 2016 à Tchaourou. Il est revenu sur l’importance d’avoir un bon carnet d’adresse et d’être habile sur ce genre de terrains où on ne sait jamais quand ça bascule. Selon lui, le gilet qui identifie le journaliste comme reporter d’un organe peut lui être fatal à des moments donnés. D’où l’importance de savoir où, quand et comment le porter pour brandir son appartenance à une organisation médiatique. "Le meilleur journaliste d'investigation est un journaliste en vie", a-t-il conseillé.

Journalisme collaboratif et sources de financement de l’investigation 

Le panel 2 a porté sur: les secrets de réussite en journalisme d’investigation collaboratif. Les journalistes Samirath Zakari de Daabaaru et Yao Hervé Kingbêwé de Banouto ont partagé leurs expériences dans ce deuxième panel. Au cours des échanges, les deux journalistes ont souligné l'importance de la collaboration sur les sujets d'investigation. Samirath Zakari a raconté comment elle a une co-signature sur un travail d’investigation avec un confrère sur un sujet d’investigation. Participant aux enquêtes dites FinCenFiles du Consortium international pour le journalisme d’Investigation (ICIJ), le journaliste de Banouto a souligné les bienfaits d’un travail d’équipe dans une investigation. Il a montré comment plus de 150 journalistes ont travaillé respectivement chacun dans son pays pour aboutir aux résultats de cette enquête. Pour réussir les investigations collaboratives, partagent les deux journalistes, il est important d’avoir une ouverture d'esprit pour accepter les remarques des autres membres de l'équipe, d'être humble, être disponible et avoir la volonté d'aller au bout. Quels que soient les difficultés et les couacs, conseillent ces journalistes, il ne faut jamais perdre de vue l'essentiel: conclure bien l’enquête. C’est-à-dire, aller jusqu’au bout. 

Le dernier panel de l’atelier a pour thème: Sources de financement des enquêtes journalistiques : cas des organes de presse et des journalistes freelance. Dorice Djèton, journaliste free lance, Norbert Gounou Mora, journaliste à Kandi Fm et Léonce Gamaï, journaliste et Manager général de Banouto ont animé ce panel. Selon Dorice Djèton, avant de prétendre à un financement, il faut faire plusieurs productions de qualité avec les moyens de bord pour montrer aux potentiels partenaires qu’avec un soutien financier on peut faire plus. Autrement dit, explique-t-elle, l’on ne saurait partir de rien pour solliciter un financement. Pour compléter sa consœur, Norbert Gounou est revenu sur l'importance de s'assurer que la source de financement est fiable et crédible. Parfois, ajoute, des organisations qui portent une cause ou une autre sont prêtes à accompagner les journalistes. Il suffit, assure-t-il, d'avoir de bons sujets qui entrent dans leurs champs d'action.

Au début, partage Léonce Gamaï, Banouto a conduit avec ses propres moyens plusieurs grands dossiers d’enquête et s’est positionné comme un média d’investigation. Plus tard, le web média a saisi les opportunités de financements de la Fondation Friedrich Ebert et l’Ambassade des Etats-Unis. Les participants ont également été invités à guetter et saisir les opportunités de financement pour des investigations autant au Bénin qu’ailleurs dans le monde. 

atelier-cmp-banouto-parakouPhoto de famille 

Cet atelier de partage de bonnes pratiques en investigation s’inscrit dans le cadre du projet “Banouto investigation” financé par l’Amabssade des Etats-Unis au Bénin. Piloté par Banouto, il vise à faire la lumière sur les défis socio-économiques et sécuritaires du Bénin. 

Le projet, apprend son coordonnateur, Léonce Gamaï, se résume en trois étapes. D’abord réunir un groupe de journalistes et les déployer sur le terrain pour des enquêtes sur les sujets ayant trait aux défis économiques et sécuritaires du Bénin. Ensuite, il est prévu la réalisation de deux ateliers de partage de bonnes pratiques en investigation à Cotonou et Parakou. Enfin, le consortium “Banouto investigation” prévoit la réalisation de deux émissions radio et télé sur la promotion du journalisme d’investigation. L’objectif de ces ateliers est de donner l’occasion aux journalistes ayant participé au projet ou non, de promouvoir l’investigation au sein des médias béninois.

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