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FIFF 2026 : « Les Chaines du deuil », seul film béninois en compétition suscite émotion et ovation

FIFF 2026 : « Les Chaines du deuil », seul film béninois en compétition suscite émotion et ovation

« Les Chaînes du deuil », seul film béninois en compétition à la 4e édition du Festival international des films de femmes (FIFF) Cotonou a suscité, mercredi 5 février 2026, applaudissements et émotions.

« Les Chaînes du deuil », seul film béninois en compétition à la 4e édition du Festival international des films de femmes (FIFF) Cotonou a suscité, mercredi 5 février 2026, applaudissements et émotions.

Projection du film ''Les Chaînes du deuil'' au FIFF

Projection du film ''Les Chaînes du deuil'' au FIFF

Nous sommes en 2023, la mort vient de frapper de plein fouet un jeune couple. Anago, une jeune femme vient de perdre son conjoint. Submergée par le chagrin, la trentenaire est entraînée dans les rites de veuvage à Zado Dovognon, un village de la ville historique d’Abomey au Sud du Bénin.

 

La scène s’ouvre au milieu d’une chambre de fortune. La famille sous le choc du décès d’un fils se réunit et décide d’organiser éminemment les obsèques. Un groupuscule de sages femmes entraînent la veuve sur une natte à même le sol après un coupon de pagne noué à sa hanche. Cette étape marque le début de trois mois de privations pour Anago. Pendant 90 jours, la nouvelle veuve est condamnée à vivre recru avec un lot d’interdits. Au nom des traditions chez les Ayatos. Au nom de l’amour. 

 

« Le coupon de pagne ne doit jamais te quitter lorsque tu vas faire tes besoins. La relique que je te remets, tu dois toujours l’avoir sur toi. Aucun homme ne doit s’approcher de cette natte. Tu ne dois plus sortir la nuit », confie entre autres l’une des sages à Anago. La jeune veuve doit également s’abstenir de prendre des douches régulières, sortir de la maison et interagir avec la société. 

 

Au terme des 90 jours, le voile noir, symbole des temps suspendu est retiré à Anago. Fini le veuvage, la trentenaire peut désormais se refaire en amour. Deux choix sont sur la table. Selon remarier à un autre fils de la famille de son conjoint ou se trouver un autre époux hors de la famille. « Les frères de mon défunt mari sont encore trop jeunes. Alors pour le moment, je n'en choisirai aucun. On verra ça plus tard », déclare Anago, visage crispé, mâchoire serrée. 

 

De 14 minutes, « Les Chaînes du deuil » est une succession de témoignages émouvants d’une famille endeuillée par le décès d’un fils et d’une jeune veuve soumise aux restrictions rigoureuses d’une tradition. Tout au long de la projection, le silence est resté lourd. L’émotion et les frissons sont devenues visibles devant les larmes silencieuses d’une jeune femme, victime de pressions sociales et familiales. Les festivaliers ont longuement applaudi le film documentaire à la fin de sa projection.

« Le film était assez intéressant pour moi. Le veuvage est une chose dont on ne parle pas beaucoup mais il a ressorti ces difficiles pratiques ancestrales. J’ai aimé le scénario », témoigne Anis Abodé Ahouéfa, étudiante. « J’étais vraiment impressionné. Le travail de documentation est très bien fait », enchaîne Jacques Noumonvi, créateur de contenus, un autre festivalier. 

 

Une grande responsabilité de représenter le Bénin 

Seize films sont en compétition au FIFF 2026. « Les Chaînes du deuil » est le seul béninois en lice. Sa réalisatrice Dorcas Ganmagba n’a pas caché sa fierté. « C’est beaucoup d’honneur. Mais également une charge énorme. Je suis heureuse qu'il ait été sélectionné au FIFF. Je pense que ce festival est l'un des festivals qui mettent le plus en valeur le travail des femmes », s’est elle réjouie.

 

Sur la réalisation du film documentaire, la jeune cinéaste de 28 ans,  dit avoir été motivée par les vécus de son enfance pour révéler les pratiques ancestrales dont plusieurs femmes ont été victimes dans son entourage pendant son enfance.  Dorcas Ganmagba espère décrocher une des cinq distinctions en jeu. 

 

Les projections de films, masterclass et panels se poursuivent à l'Institut français de Cotonou dans le cadre de ce film qui met en avant la création de la gente féminine au cinéma. 

 

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