Brice Clotaire Oligui Nguema, le Président du Gabon et des patrons d'entreprises françaises à Paris (PH : AGP)
Arrivé à Paris le 19 juillet, Brice Clotaire Oligui Nguema a effectué sa première visite d’État en France depuis son élection à la présidence du Gabon. Prévue jusqu’au 22 juillet, cette séquence diplomatique avait été présentée par Libreville comme une étape destinée à donner « un nouvel élan » au partenariat avec Paris, notamment dans les domaines économique, commercial, énergétique, sécuritaire et environnemental.
Pendant trois jours, le chef de l’État gabonais a rencontré son homologue français Emmanuel Macron, mais aussi des responsables politiques, des dirigeants d’entreprises et des représentants de la communauté gabonaise en France. La visite s’est traduite par plusieurs annonces et signatures, avec une dominante économique assumée : accroître la valeur ajoutée produite au Gabon et attirer des investissements dans des secteurs considérés comme stratégiques.
Le manganèse au cœur des discussions
Le dossier minier aura constitué l’un des principaux points d’aboutissement de la visite. Le 20 juillet, l’État gabonais, Eramet et sa filiale gabonaise Comilog ont signé à Paris un protocole d’accord consacré à l’accélération de la transformation locale du manganèse. La signature s’est déroulée en présence de Brice Clotaire Oligui Nguema et d’Emmanuel Macron.
Le document prévoit une feuille de route industrielle commune destinée à augmenter progressivement la part du minerai transformé au Gabon. Trois scénarios industriels sont actuellement étudiés, avec l’objectif de pouvoir transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an d’ici à la fin de 2031.
Pour Eramet, l’engagement intervient après plus d’un an de travaux avec les autorités gabonaises. Sa présidente-directrice générale, Christel Bories, présente la feuille de route comme ayant été « co-construite » avec les autorités. Le groupe affirme avoir travaillé à identifier les solutions industrielles susceptibles d’accompagner l’ambition gabonaise de renforcer la transformation de sa ressource minière sur son territoire.
L'enjeu dépasse la seule augmentation des volumes transformés. Le protocole prévoit également le développement d’une filière gabonaise de production de biocharbon à partir de coproduits de l’industrie forestière ainsi que la création d’un fonds d’amorçage industriel baptisé « Fabriqué au Gabon », destiné à favoriser l’émergence de nouvelles activités et d’emplois industriels.
Booué, le pari énergétique de 400 MW
À Paris, l’État gabonais, Gabon Power Company (GPC) et EDF Power Solutions ont signé un protocole d’engagement mutuel relatif au développement du projet hydroélectrique de Booué, sur le fleuve Ogooué, dans la province de l’Ogooué-Ivindo. D’après le gouvernement gabonais, l’accord constitue une nouvelle étape dans un projet dont la capacité envisagée atteint près de 400 MW.
Le projet n’est pas né pendant la visite présidentielle. Quelques semaines auparavant, le 18 juin, l’État gabonais, la Société financière internationale (IFC), GPC et EDF Power Solutions avaient signé au Cap, en Afrique du Sud, une lettre d’engagement destinée à accompagner son développement. Booué est inscrit au Plan directeur national de l’énergie et est présenté comme un projet destiné à renforcer l’offre électrique nationale.
L’aménagement doit produire une électricité hydroélectrique de base, compétitive et à faibles émissions de carbone. Son importance tient aussi à sa vocation industrielle : l’électricité produite doit notamment contribuer à accompagner de futurs projets miniers et industriels, parmi lesquels le développement du fer de Bélinga et la transformation locale des ressources naturelles.
Le calendrier reste cependant à préciser. Le protocole signé à Paris constitue un engagement pour poursuivre le développement du projet, et non la mise en service du barrage. Les études de faisabilité, les évaluations environnementales et sociales ainsi que la mobilisation des financements doivent encore permettre de franchir les différentes étapes avant la construction. Une mission menée en juin par le ministère gabonais de l’Énergie, GPC et la Banque mondiale avait justement porté sur le site destiné à accueillir l’ouvrage.
Des discussions qui dépassent les mines et l’électricité
La visite présidentielle ne s’est toutefois pas limitée aux deux grands dossiers minier et énergétique. Le transport aérien a également occupé une place dans les échanges. Brice Clotaire Oligui Nguema, rapporte l’Agence gabonaise de presse, a rencontré Anne Rigail, directrice générale d’Air France, pour discuter du renforcement du partenariat entre la compagnie française et Fly Gabon, notamment sur les liaisons entre Libreville et Paris.
Le président gabonais a par ailleurs rencontré la diaspora gabonaise installée en France et dans plusieurs pays européens. Cette rencontre a été l’occasion de rappeler la volonté des autorités de maintenir un dialogue avec les Gabonais de l’étranger et de mieux mobiliser leurs compétences et leurs investissements au profit de l’économie nationale.
Sur le plan institutionnel, le déplacement a également été marqué par des séquences au Sénat français et des rencontres avec des responsables politiques. Le Sénat français avait notamment inscrit la visite du président gabonais à son agenda du 22 juillet.
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