Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin
« De la croissance économique au panier citoyen : quels leviers pour améliorer durablement le pouvoir d’achat au Bénin ? ». C’est le thème de la conférence inaugurale de l'édition 2026 du Forum national du Conseil économique et social (FoNaCES). Cette conférence a été animée par Lionel Zinsou, ancien premier ministre sous le régime de Yayi Boni.
Dans son exposé, le président de la Fondation Sèmè City depuis octobre 2025 a indiqué que la croissance par tête montre que, malgré les inégalités du continent, le Bénin reste un pays relativement égalitaire. Cet état de choses, poursuit-il, constitue «une base très importante pour le développement ».
Le cœur de son intervention s’est porté sur les prix alimentaires. « Quand on dit que “la nourriture est de plus en plus chère, au fond on vit moins bien qu’auparavant malgré les chiffres macroéconomiques” », a-t-il relaté, « il faut se demander qui produit la nourriture ».
Selon lui, la hausse des prix est « un problème social très sérieux ». Mais elle est aussi « un facteur d’enrichissement des producteurs ». « Le producteur de maïs, du manioc et du gari, c’est 50% de la population active qui livre 28% du PIB du pays », a-t-il rappelé. Il a par ailleurs souligné que « la dépense des ménages est aussi le revenu des ménages ».
Il a souhaité corriger une approche déséquilibrée du débat public. « Entendre la voix des gens qui disent “tout est trop cher” mais ne jamais entendre la voix des producteurs qui ont besoin d’être rémunérés, c’est vraiment un problème », a-t-il déclaré.
Pour lui, chercher à savoir si des gens profitent de la rareté des produits pour faire de la surenchère n’est pas la solution. « La question n’est pas du tout de savoir s’il y a des gens qui profitent de la rareté du manioc, du prix de produit importé à cause de l’inflation mondiale, à cause de la guerre en Ukraine etc. ça ne sert à rien, c’est stérile », a-t-il déclaré.
La stratégie la plus efficace pour améliorer le pouvoir d'achat, selon Lionel Zinsou, c’est faire baisser les prix pour le consommateur tout en augmentant la rémunération des producteurs. Et ça, ajoute-t-il, « ça s’appelle la productivité ».
Lionel Zinsou a illustré son propos par des chiffres. « Au sud du pays, on fait 8 tonnes de manioc en moyenne à l’hectare en 18 mois. Avec un peu plus d’eau, un peu d’irrigation, on peut atteindre 35 tonnes, pas 8, en 12 mois, pas 18 », a-t-il expliqué. « C’est un réservoir de productivité considérable », a-t-il ajouté.
Assurer cette production en quantité suffisante permettra, par exemple, de « faire baisser le prix du gari et augmenter le revenu du producteur de manioc ». Mais pour atteindre cet objectif, il faut, martele-t-il, « du financement adéquat » et « une éducation adaptée ».
Pour l'ancien premier ministre Lionel Zinsou, ces éléments sont « déterminants pour les décennies qui viennent » et constituent « la stratégie pour améliorer durablement le pouvoir d’achat au Bénin ».
Si la productivité progresse, conclut le conférencier, le dilemme entre croissance et panier citoyen n’existera plus parce que le gari coûtera deux fois moins cher et le pouvoir d’achat suivra.
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