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Financement en échange de mines : la méthode chinoise qui inquiète en Afrique

Financement en échange de mines : la méthode chinoise qui inquiète en Afrique

Devenue un acteur majeur de l’exploitation des mines africaines, allant de l’extraction à la transformation, la Chine marque sa présence sur le continent africain avec une méthode atypique. Pékin conditionne l’octroi de financement à l’accès à des minéraux critiques.

Devenue un acteur majeur de l’exploitation des mines africaines, allant de l’extraction à la transformation, la Chine marque sa présence sur le continent africain avec une méthode atypique. Pékin conditionne l’octroi de financement à l’accès à des minéraux critiques.

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« Si vous possédez des minéraux ou du pétrole dans le sous-sol, comment fixer un prix pour un contrat à long terme ? » Cette question, Akinwumi Adesina, le directeur de la Banque africaine de développement (BAD) en est arrivé à se la poser en 2024, lorsqu’il a été interrogé sur le financement adossé aux ressources naturelles.

 

D’après le banquier nigérian s’exprimant dans une interview à l’Associated press, « Ces systèmes sont tout simplement mauvais, avant tout parce qu'il est impossible d'évaluer correctement la valeur des actifs »,

 

Avec une présence de plus en plus marquée dans les mines africaines, la Chine s’illustre par cet méthode appelée  le «Resource-Backed Finance » (RBF). En République démocratrique du Congo (RDC), la Chine s’est adjugée d’importants minerais au moyen de cette méthode. Depuis 2008, apprend le Council on Foreign Relations (CFR),  «elle (la Chine) a conclu un accord avec le gouvernement congolais, connu sous le nom d'accord sino-congolais des mines (Sicomines) . Cet accord accordait aux partenaires chinois des droits miniers sur le cobalt et le cuivre en échange du développement des infrastructures, notamment des routes urbaines, des autoroutes et des hôpitaux.» 

 

D’après la même source, «les raffineries de cobalt chinoises, qui représentent 60 à 90 % de l'approvisionnement mondial, dépendent fortement de la RDC, qui fournit 67,5 % de son cobalt raffiné.»

Selon les données du centre de recherche AidData, plus de 9 milliards de dollars de financements chinois ont été mobilisés pour le projet Sicomines, avec une participation majoritaire (68 %) des entreprises chinoises.

 

En dehors de la RDC,  un rapport de l’Africa Center for strategic studies paru en décembre 2025, informe que Pékin a diversifié ses activités en acquérant d'importants actifs miniers africains, notamment la mine de cuivre de Khoemacau au Botswana (2023) , la mine de lithium de Goulamina au Mali (2024) et la mine de terres rares de Ngualla en Tanzanie (2025) . Par ce mécanisme souligne le rapport, le premier constructeur mondial de véhicules électriques, «l'entreprise chinoise BYD, a sécurisé six mines de lithium africaines , garantissant ainsi un approvisionnement suffisant en matières premières jusqu'en 2032.»

 

Le revers de la médaille

 

Si à priori, ces accords permettent aux gouvernements africains d’avoir du financement pour des infrastructures, il ressort que ce modèle est accusé d’enfermer plusieurs pays dans une dépendance économique durable.

 

Le directeur de la BAD estime que ces accords ont un caractère inégal en raison du fait que les créanciers ont  généralement l'ascendant et dictent  leurs conditions aux pays africains en manque de liquidités lors des négociations. Le patron de la BAD note également qu’à ce déséquilibre des pouvoirs, s’ajoute un manque de transparence et  un risque de corruption qui constitue  un terrain fertile pour l'exploitation. « Voilà pourquoi j’affirme que l’Afrique devrait mettre fin aux prêts garantis par les ressources naturelles », a déclaré Adesina à propos de ces accords de minéraux contre le financement.

 

En Zambie,  le «Resource-Backed Finance»  a laissé place à un désastre écologique.  En février 2025, un barrage de résidus d’une mine de cuivre exploitée par une entreprise chinoise s’effondre. Environ 50 millions de litres de déchets toxiques sont déversés dans le bassin du fleuve Kafue, principale source d’eau du pays. Le président zambien Hakainde Hichilema a dû lancer un appel à l'aide d'experts et a qualifié l'accident de crise

 

Face à la situation, des organisations de la société civile congolaise sont montées au créneau et ont réclamé un nouvel examen de l'accord conclu avec les entreprises chinoises. Mise sous pression, la Chine a consenti à une renégociation en 2024. Pour autant, les OSC congolaises invoquent des pertes financières substantielles et des déséquilibres persistants malgré la renégociation. Selon la coalition « Le Congo n'est pas à vendre » (CNPAV), cet accord a coûté 132 millions de dollars à la RDC en 2024 en raison des exonérations fiscales accordées aux entreprises chinoises.

 

Les multiples dénonciations de la méthode chinoise ont également conduit des pays comme la Tanzanie, le Rwanda, le Nigéria et le Kenya a envisagé un renforcement des exigences et la recherche de mesures alternatives.

 

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