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Relations sino-béninoises : les produits chinois au service de la modernisation et de l'économie

Relations sino-béninoises : les produits chinois au service de la modernisation et de l'économie

La Chine est le premier fournisseur du Bénin, avec 22,2 % des importations de marchandises au premier trimestre 2026, selon l'Institut national de la statistique et de la démographie (Instad). Au-delà du pain quotidien que ces marchandises procurent à de nombreux jeunes, les appareils électroménagers chinois font profiter les Béninois d'une modernisation à la chinoise qui contribue à faciliter les tâches domestiques et à réduire le temps consacré à certaines activités. Comment le commerce avec la Chine peut-il contribuer durablement à la croissance de l'économie béninoise ?

La Chine est le premier fournisseur du Bénin, avec 22,2 % des importations de marchandises au premier trimestre 2026, selon l'Institut national de la statistique et de la démographie (Instad). Au-delà du pain quotidien que ces marchandises procurent à de nombreux jeunes, les appareils électroménagers chinois font profiter les Béninois d'une modernisation à la chinoise qui contribue à faciliter les tâches domestiques et à réduire le temps consacré à certaines activités. Comment le commerce avec la Chine peut-il contribuer durablement à la croissance de l'économie béninoise ?

Drapeaux du Bénin et de la Chine

Drapeaux du Bénin et de la Chine

69 %. C'est la part des Béninois qui jugent positive l'influence économique et politique de la Chine dans leur pays. Ce pourcentage classe la Chine devant les États-Unis (58 %), l'ancienne puissance coloniale, c'est-à-dire la France (48 %), l'Union européenne (47 %), la Russie (40 %) et l'Inde (36 %). Le taux béninois pour la Chine est supérieur à la moyenne des 38 pays étudiés, qui s'établit à 62 %.

 

Ces chiffres sont issus du Round 10 d'Afrobarometer mené auprès de 1 200 personnes au Bénin. Il figure dans le troisième rapport phare d'Afrobarometer 2026, « Au-delà des frontières : regards citoyens sur un ordre mondial en mutation ». Présenté mardi 22 septembre 2026 à Cotonou, le document s'appuie sur des enquêtes réalisées dans 38 pays africains, entre janvier 2024 et septembre 2025.

 

Pour Richard Houessou, chargé de projet d'Afrobarometer, cette forte perception de l'influence économique et politique que les Béninois ont de la Chine dans leur pays n'est pas anodine. « Les travaux publics, les infrastructures, ce sont les Chinois qui sont souvent visibles ou perceptibles comparativement aux autres, ce qui de facto entraîne cette perception », indique-t-il.

 

Il explique qu'à force d'observer des Chinois construisant des infrastructures routières au Bénin, des citoyens peuvent estimer que la Chine a une influence positive économique et politique sur leur pays. Il précise que les 1 200 Béninois interrogés dans le cadre de l'enquête sont autant d'hommes que de femmes et majoritairement des jeunes résidant en milieu urbain.

 

 

Au-delà des infrastructures, des facteurs sociaux et culturels peuvent également contribuer à cette perception positive. Selon le sociologue Jean Djissouclounon, la Chine au Bénin est perçue comme un partenaire qui « respecte notre souveraineté et notre dignité culturelle ». « Il ne s'affiche pas, il construit, il commerce, il repart », affirme le sociologue. 

 

Le contact quotidien avec les réalisations infrastructurelles et les produits chinois joue un rôle déterminant dans le jugement de la Chine par les Béninois. Il parle d'une « sociologie du concret », selon laquelle les populations évaluent la présence chinoise à partir de ce qu'elles utilisent au quotidien.

 

« Quand une moto chinoise, par exemple à 300 000 ou 400 000 francs CFA, permet à un jeune de devenir Zémidjan (conducteur de taxi-moto, Ndlr) et de nourrir sa famille, quand un téléphone à 15 000 francs CFA permet à une revendeuse de rester connectée, la Chine devient synonyme d'accessibilité et d'inclusion sociale », renchérit-il.

 

Jean Djissouclounon estime également que le Bénin et la Chine partagent des valeurs communes, notamment la place accordée à la famille, le respect des aînés, les bonnes mœurs et la discrétion. Mis ensemble, tous ces éléments pourraient, selon lui, justifier pourquoi des Béninois jugent positive l'influence économique et politique de la Chine au Bénin.

 

Plus d'un milliard de dollars d’échanges commerciaux 

 

Pour certains commerçants-détaillant interrogés par Banouto dans communes à statut particulier du pays (Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo et Parakou), les importations chinoises constituent une source d'approvisionnement importante et par ricochet une source de revenus. Elles permettent de proposer des produits à différents prix, en fonction des budgets des clients.

 

C’est ce que confie Pizanie Agbokannou promotrice de Zaza-Store Ustensiles à Porto-Novo. Teint bronzé, pas élancée, la trentaine d’âge, cette commerçante d’ustensiles de cuisine, des appareils électroménagers et d'autres articles domestiques en provenance de la Chine dit s'approvisionner auprès d'importateurs béninois plutôt que de commander directement en Chine. Ce mode d’approvisionnement, soutient-elle lui permet d’avoir les produits et de s’assurer de leur qualité avant de les proposer à sa clientèle. Compte tenu du profit qu’elle se fait grâce à ce commerce, elle soutient que la Chine non seulement constitue « une véritable opportunité » mais aussi contribue « grandement » à l’indépendance des jeunes commerçants vis-à-vis de leurs géniteurs.

 

À Cotonou, Sidonie Kokouvi, une femme d’une cinquantaine d’années, affirme que ces équipements lui facilitent la vie et lui font gagner du temps. Abonnée à un vendeur béninois qui importe des produits de Chine, elle s’approvisionne auprès de lui et peut échelonner ses paiements. En début du mois d’octobre 2026, elle a acheté un cuiseur à riz et une plaque chauffante. Elle envisage désormais d’acquérir une machine à laver. Avec le temps, dit-elle, elle n’a plus la force de laver elle-même ses vêtements et préfère éviter de solliciter les services de lavandières.

 

« Je fais plus rapidement la cuisine. Avec mon foufoumix, je termine l’igname pilée en un laps de temps au lieu de transpirer derrière un mortier pendant longtemps. C’est donc une bonne chose de nous ouvrir à la modernité chinoise que nous pouvons mettre en adéquation avec nos besoins quotidiens », confie-t-elle.

 

De teint clair et de taille élancée, Raoul Yaovi Hayaka est un jeune entrepreneur béninois, promoteur de Gats service Sarl. Le trentenaire se tourne régulièrement vers le marché chinois pour l'achat de certains équipements nécessaires à ses activités. « Mes équipements de travail, les camions que j'utilise à la carrière, je les ai tous achetés en Chine », précise-t-il.

 

Selon les données du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, le volume des échanges commerciaux entre le Bénin et la Chine a atteint 1,107 milliard de dollars américains en 2024 (environ 671 milliards de francs CFA, sur la base du taux de change moyen de 2024 du Fonds monétaire international, soit environ 606 FCFA pour 1 dollar).

 

Cette année-là, les exportations chinoises vers le Bénin se sont élevées à 966 millions de dollars, contre 141 millions de dollars d’importations chinoises en provenance du Bénin. Ces exportations chinoises vers le Bénin représentaient environ 87 % du volume des échanges bilatéraux, contre 13 % pour les importations chinoises en provenance du Bénin.

 

Les textiles et les produits électromécaniques étaient les principales exportations chinoises, tandis que le coton constituait le principal produit importé du Bénin, selon toujours le ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine.

 

Le poids de la Chine dans les importations du Bénin reste également important en 2026. D’après le Bulletin trimestriel des statistiques du commerce extérieur du premier trimestre 2026, publié en mai par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD), la Chine était le premier fournisseur du Bénin sur la période, avec 22,2 % des importations de marchandises. 

 

« Le fil machine en fer ou en acier, les herbicides, inhibiteurs de germination et régulateurs de la croissance des végétaux, conditionnés pour la vente au détail, à l'état de préparations ou sous forme d'articles et les motocycles (y compris les cyclomoteurs) et cycles équipés d'un moteur auxiliaire, avec ou sans side-cars; side-cars constituent les principaux biens importés de ce pays (la Chine, Ndlr) », précise la même source.

 

Des compétences techniques acquises au contact des chinois

 

Pour Donald Ahossi, statisticien-planificateur et expert en suivi-évaluation des projets de développement, le bénéfice durable du Bénin réside dans sa capacité à « transformer les échanges commerciaux en opportunités de productions locales ».

 

« Les machines chinoises que nous importons pour développer nos industries, des équipements pour moderniser notre agriculture (…) le transfert des compétences sur les chantiers de construction d’infrastructure de pointe par exemple, nous permettent de créer de la valeur ajoutée au niveau national. En revanche, si nous nous limitons essentiellement à importer des produits finis pour les revendre, les retombées restent plus limitées », a-t-il expliqué.

 

Donald Ahossi, Statisticien-planificateur et expert en suivi-évaluation des projets de développement 

 

Depuis quelques années, les retombées de la coopération avec la Chine ne se limitent pas aux marchandises. Elles concernent également le transfert de compétences techniques et professionnelles. Le parcours de Raoul Yaovi Hayaka en fournit une illustration. 

 

Journaliste de formation, Raoul Yaovi Hayaka a troqué son style et son micro contre les équipements de carrière et les activités entrepreneuriales. « La Chine m’a non seulement beaucoup aidé, mais elle m’a changé, elle m’a transformé», lance-t-il tout ému. Et pour cause, en 2018, il a eu l’occasion d’être sélectionné parmi les étudiants ayant droit à un séjour en Chine dans le cadre du camps d’été organisés à Chongqing.

 

Après ce séjour, il a commencé par vendre des téléphones portables et appareils audiovisuels fabriqués en Chine. Il ne s’est pas contenté de cela. 

 

Grâce à la maîtrise du Mandarin, il s’est fait ami aux chinois sur des chantiers, dans des usines et dans des carrières au Bénin puis au Burkina Faso. Son objectif , c’était d’apprendre aux côtés des ingénieurs chinois. 

 

« En travaillant avec les Chinois, j’ai pu bénéficier de leur transfert de compétence dans le domaine des carrières des mines, que ce soit l’installation, la production, tout le processus. J’ai quand même acquis ces compétences-là que j’utilise aujourd’hui dans mon entreprise», explique-t-il fièrement. 

 

Le jeune béninois explique avoir appris auprès des Chinois à extraire des matériaux de construction comme le granite, le sable, le gravier et le calcaire dans les carrières.

 

«Grâce au Chinois, il n’y a pas cet engin utilisé dans les carrières que je ne sais pas conduire. Je maîtrise aussi les techniques de forage, de dynamitage, de l’extraction et je forme même d’autres jeunes dans ce domaine», s'enorgueillit-il.

 

Pour lui, la présence de la Chine au Bénin ne renforce aucunement certaines formes de dépendances économiques. Il y voit plutôt une « contribution significative » à la création d’emplois et d’opportunités pour les jeunes béninois.

 

« Si une entreprise chinoise emploie des Béninois dans un garage, une carrière, un chantier, une usine, les employés qui seront investis dans les travaux, qui seront habiles et curieux vont apprendre beaucoup de choses. C’est-à-dire qu’il va avoir un transfert de compétence. Donc quand ces Chinois ne seront plus au Bénin, les employés béninois eux-mêmes pourront faire le travail sans problème», argue-t-il.

 

Raoul Yaovi Hayaka dans l'un de ses camions achetés en Chine.

 

 

Des investissements chinois et leurs effets sur la croissance

 

Le statisticien-planificateur et expert en suivi-évaluation des projets de développement, Donald Ahossi, souligne que « l'objectif n’est pas de chercher à réduire systématiquement les importations chinoises, mais de faire en sorte qu'elles contribuent davantage au renforcement des capacités productives nationales et à la croissance du produit intérieur brut (PIB) ».

 

Le défi, poursuit-il, consiste à construire une ouverture commerciale qui profite aux consommateurs tout en donnant aux productions nationales les moyens de devenir plus compétitives sur le marché.

 

Sur ce point, les résultats sont aussi déjà visibles. Une étude, publiée en juin 2025 dans le Journal of Economics and Sustainable Development, indique que les investissements directs chinois ont eu un effet positif sur le produit intérieur brut (PIB), l'emploi et la productivité globale des facteurs au Bénin.

 

Intitulée An Empirical Analysis of the Relationship Between China's Direct Investment and Benin's Economic Growth Based on VAR Model, l’étude souligne cependant que la contribution des investissements à la croissance ne suffit pas à garantir une modernisation durable de l'économie. Elle recommande alors le renforcement des compétences de la main-d'œuvre, la promotion de l'acquisition de connaissances techniques et l’orientation des investissements vers des activités capables d'améliorer la production nationale.

 

 

 

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