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Nigeria : Boko Haram aurait encaissé une rançon « énorme » pour libérer des écoliers pris en otages

Nigeria : Boko Haram aurait encaissé une rançon « énorme » pour libérer des écoliers pris en otages

Près de 230 enfants et membres du personnel d’une école catholique enlevés en novembre 2025 ont retrouvé la liberté après un paiement de plusieurs millions de dollars, selon des sources sécuritaires.

Près de 230 enfants et membres du personnel d’une école catholique enlevés en novembre 2025 ont retrouvé la liberté après un paiement de plusieurs millions de dollars, selon des sources sécuritaires.

Bola Tinubu, président du Nigéria

Bola Tinubu, président du Nigéria

Une libération massive négociée dans l’ombre. Des sources issues des services de renseignement nigérians affirment à l’AFP que les autorités ont versé une rançon « énorme » pour obtenir la libération d’élèves et d’employés d’un internat catholique enlevés par des jihadistes. Jeune Afrique indique que, selon une enquête de l’AFP, l’accord aurait également inclus la remise en liberté de deux commandants insurgés, en contradiction avec la législation nationale adoptée en 2022 qui prohibe tout paiement aux ravisseurs sous peine de lourdes sanctions.

 

Selon trois informateurs sécuritaires, l’argent aurait été acheminé par hélicoptère jusqu’à Gwoza, bastion insurgé situé dans l’État de Borno, près de la frontière avec le Cameroun. Les fonds auraient été remis à un commandant local identifié comme Ali Ngulde. La zone étant difficile d’accès et faiblement couverte par les réseaux, ce dernier se serait déplacé au Cameroun pour confirmer la réception et autoriser la libération d’un premier groupe de cent élèves de l’internat St. Mary de Papiri.

 

Les autorités nigérianes démentent toute transaction financière avec les ravisseurs. Mais ces révélations interviennent alors que la pression internationale s’accentue, notamment après les déclarations de Donald Trump dénonçant la « persécution » des chrétiens par des « terroristes islamistes dans le pays le plus peuplé d’Afrique ». Les États-Unis ont d’ailleurs mené des frappes aériennes le jour de Noël contre des groupes armés dans l’État de Sokoto.

 

Une « industrie structurée et lucrative »

 

JA rappelle que les enlèvements de masse se multiplient depuis plusieurs mois. La majorité des victimes sont musulmanes, mais l’attaque contre l’école catholique a suscité une attention internationale particulière. Les kidnappings constituent depuis des années un fléau persistant, nourri par des alliances ponctuelles entre bandes criminelles et groupes jihadistes pour extorquer des sommes importantes aux familles.

 

Selon l’enquête de l’AFP rapporté par JA, un rapport du cabinet SBM Intelligence estime que cette économie clandestine est devenue « une industrie structurée et lucrative », générant environ 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025.

 

Dans l’État de Zamfara, un analyste estime « impossible que les bandits continuent à libérer les personnes qu’ils ont kidnappées sans obtenir de paiement en échange ». Sous couvert d’anonymat, il affirme : « Le gouvernement nie ce que nous savons tous, à savoir qu’il paie des rançons lorsque des écoliers et des victimes de haut rang sont concernés. »

 

Intermédiaires et collectes improvisées

 

Certains témoignages évoquent l’implication d’intermédiaires issus des forces de sécurité. À Minna, Abubakar Abdulkarim raconte avoir sollicité leur aide pour transmettre 4 000 dollars à des ravisseurs qui détenaient son frère enlevé dans une ferme à Kontagora, dans l’État du Niger. Lorsque les familles n’ont pas les moyens exigés, certaines lancent des collectes publiques pour réunir les sommes demandées par les groupes armés.

 

La multiplication de ces paiements clandestins entretient un cycle que plusieurs observateurs décrivent comme auto-alimenté, où chaque libération financée renforce l’attractivité du rapt comme source de revenus.

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