Hémicycle plein, débats suivis de près, vote sans contestation sur le principe. Au Sénégal, les parlementaires ont validé une loi qui alourdit les sanctions liées aux actes qualifiés de « contre nature ».
La réforme modifie l’article 19 du code pénal. Initialement d'un à cinq ans, les peines de prison sont désormais de cinq à dix ans pour les personnes reconnues coupables de relations sexuelles entre individus du même sexe.
Les amendes connaissent également une forte hausse. Elles pourront atteindre 10 millions de francs CFA, contre 1,5 million dans la législation précédente. Le texte introduit par ailleurs une définition plus précise de l’« acte contre nature », incluant explicitement « les actes sexuels entre deux personnes du même sexe ».
Nouvelles infractions
La loi crée deux nouvelles catégories d’infractions :
-l’apologie de l’homosexualité,
-le financement d’activités liées à l’homosexualité.
Ces faits sont désormais passibles de trois à sept ans de prison.
Le ministre sénégalais de la Culture, Amadou Ba, a précisé que la mesure vise également certaines formes de diffusion culturelle.
Le texte prévoit aussi des sanctions pour dénonciations calomnieuses, punies de deux à trois ans de prison et d’une amende de 200 000 à 500 000 F CFA.
Promesse politique
Pour le député du parti au pouvoir, Ismaël Wone, la réforme répond à une attente populaire. « Le peuple depuis deux ans nous met la pression pour nous dire : “Vous nous aviez promis de revenir sur cette loi sur l’homosexualité”. Il fallait le faire », a-t-il affirmé.
Dominée par le parti au pouvoir, l’Assemblée nationale a adopté le texte sans opposition notable. Le Pastef dispose de 109 sièges sur 165 au Parlement. Le texte doit être promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye pour entrer en vigueur.
Contexte sensible
Le vote intervient alors que plusieurs enquêtes ont conduit à des arrestations liées à des affaires d’homosexualité présumée et d’autres infractions. Près d’une trentaine de personnes ont été interpellées à la suite d’investigations menées notamment par la Brigade de recherches de Keur Massar et la Division des investigations criminelles.
Certaines affaires impliquent des personnalités médiatiques, tandis que d’autres dossiers concernent des accusations de pédophilie, de trafic ou de mise en danger de la vie d’autrui. Dans l’hémicycle, aucune voix ne s’est élevée pour réclamer une dépénalisation. Certains élus de l’opposition ont même estimé que la réforme n’allait pas assez loin, reprochant au gouvernement de ne pas avoir transformé l’homosexualité en crime.
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