
Au Bénin, selon la constitution et le code électoral adoptés en novembre 2019, tout candidat à l’élection présidentielle d’avril 2021 doit recueillir le parrainage d’au moins 16 députés et/ou maires.
Cependant, compte tenu des circonstances du déroulement des législatives de 2019 et des communales de 2020, seuls l’Union progressiste (Up) et le Bloc républicain (BR), deux partis politiques favorables au chef d’Etat sortant Patrice Talon, éligible à un second mandat, ont la quasi-totalité de l’ensemble de ces élus.
La Force cauris pour un Bénin émergent (FCBE), qui se réclame de l’opposition ne compte que 06 élus maires. Beaucoup d’observateurs avertis de la vie politique nationale redoutent, par conséquent, une élection à sens unique, non inclusive et crisogène.
Face à cette situation, plusieurs organisations de la société civile, actives sur les questions de gouvernance démocratique, ont lancé début septembre 2020 l’initiative #LaissezMoiChoisir2021. Dans son plaidoyer, la société civile souhaite une « suppression urgente du parrainage pour donner suite aux promesses du chef de l’Etat suite à sa prise de service en 2016 de travailler pour le renforcement de la démocratie au Bénin ».
En réponse à ce plaidoyer de la société civile et à l’opposition, certains acteurs du régime Talon avancent que les potentiels candidats à la présidentielle, y compris les opposants, peuvent démarcher les élus des partis au pouvoir pour se faire parrainer.
La dernière réaction en date est celle du ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, mercredi 9 septembre lors du point de presse sur le conseil des ministres.
La réplique de la société civile n’a pas tardé. Elle est venue de Ralmeg Gandaho, président de l’Ong Changement social Bénin et membre de l’initiative #LaissezMoiChoisir2021.
« Il faut faire la démarcation entre le chef de l’Etat et le gouvernement. Vu la sensibilité de la question, le plaidoyer s’adresse strictement au chef de l’Etat », a clarifié Ralmeg Gandaho, samedi 12 septembre 2020, sur Golfe TV Africa.
A l’étape actuelle, a-t-il insisté, « de sa légitimité incontestée et du niveau de responsabilité qu’on lui reconnait, le plaidoyer s’adresse à lui et à lui seul. Il faut distinguer les institutions dans leur posture. Nous sommes responsables pour ne pas distraire le gouvernement en ces moments précieux du PAG (programme d’action du gouvernement, ndlr). Le chef de l’Etat par contre est la principale cible du plaidoyer».
L’acteur la société civile se réfère à la constitution pour soutenir sa position sur le niveau de responsabilité du président Patrice Talon. Il cite l’article 41 de la loi fondamentale qui dispose que « le président de la République est le Chef de l’Etat. Il est l’élu de la Nation et incarne l’unité nationale. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité territoriale et du respect de la constitution, des traités et accords internationaux […] ».
« C’est une rébellion à la cohérence du chef de l’Etat »
Sur le plateau de nos confrères de Golfe TV Africa, Ralmeg Gandaho a rappelé l’un principe qui gouverne les élections dans une démocratie libérale.
« En démocratie, quand on va aux élections, c’est 02 principes universels : offrir au citoyen une perspective d’alternance. Il n’est pas possible en 2021 qu’on continue de dire qu’on est en démocratie si le citoyen ne peut pas choisir entre ceux qui ont porté le bilan pendant 5 ans et une voix discordante », a-t-il martelé. Il souligne qu’à l’étape actuelle, le parrainage prive les citoyens de cette possibilité de choix alternatif.
Le représentant de l’initiative LaissezMoiChoisir2021 estime aussi que ceux qui indiquent la possibilité pour des candidats de l’opposition de se faire parrainer par des élus de la mouvance sont en contradiction avec la cohérence politique affichée par l’actuel locataire de la Marina.
« Attention, le chef de l’Etat, nous avons compris que c’est l’acteur politique le plus cohérent depuis 2015. Depuis son appel de Paris (entretien télévisé d’août 2015, ndlr), il avait fait un diagnostic franchement partagé sur le système partisan. Et il avait même fait cas de son implication officieuse, son indignation et son élan à vraiment contribuer à une solution. Donc, du diagnostic, on était en phase avec lui qu’il fallait déghettoïser, reformer le système partisan », a rappelé Ralmeg Gandaho.
«Depuis août 2015, il resté cohérent avec lui-même, c’est-à-dire quand on rentre dans le système partisan, ça c’est le noir, ça c’est le blanc, ça c’est la mouvance, ça c’est l’opposition », a-t-il insisté.
« Cet argument qui consiste à dire que des élus de la mouvance peuvent parrainer des candidats de l’opposition, c’est une incohérence. C’est une rébellion à la cohérence du chef de l’Etat jusqu’en juin dernier»
Il a ajouté que le président Patrice Talon a renouvelé sa cohérence début juin 2020, face aux bruits de probables alliances entre l’opposition et la mouvance pour la désignation des maires dans certaines communes.
« Je ne suis pas favorable à des alliances entre des partis de l’alliance gouvernementale avec les FCBE », avait déclaré Patrice Talon, en chef de la majorité présidentielle, lors d’une rencontre avec la classe politique sur la loi interprétative du code électoral.
« Concédez-moi qu’on ne puisse pas approuver que des élus de la coalition gouvernementale s’allient aux FCBE pour former une équipe », avait-il insisté, avant d’ajouter qu’il verrait « d’un mauvais œil que l’UP s’associe aux FCBE dans une localité ou que le BR s’associe aux FCBE dans une localité ».
« Je ne comprends pas pourquoi autour de lui, des acteurs qui n’ont pas son sens de responsabilité, s’acharnent à lui inoculer le virus de l’incohérence », s’interroge alors Ralmeg Gandaho.
« Cet argument qui consiste à dire que des élus de la mouvance peuvent parrainer des candidats de l’opposition, c’est une incohérence. C’est une rébellion à la cohérence du chef de l’Etat jusqu’en juin dernier. Ils n’ont qu’à arrêter avec ça. Ils n’ont qu’à laisser le monsieur rester cohérent », a insisté ce représentant de LaissezMoiChoisir2021 sur le plateau de Golfe Tv Africa.
« Tout au moins c’est un acquis des lois votées dans le cadre de la réforme du système partisan. C’est un acquis aujourd’hui que les gens ne peuvent plus être assis entre plusieurs chaises. Mais pourquoi compromettre ce qui est déjà un acquis ? Parce qu’on craint pour son confort habituel. Ce n’est pas bien », s’est offusqué l’acteur de la société civile.

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Loumedjinon Roger
il y a 6 ans