Renaud Agbodjo, avocat au barreau du Bénin
Renaud Agbodjo, avocat au barreau du Bénin a opiné sur l’arrestation de web-activiste Comlan Hugues Sossoukpè. Invité de l’émission "Dimanche politique" sur E-Télé, dimanche 20 juillet 2025, l’avocat relève des irrégularités dans l’arrestation et l’extradition de Comlan Hugues Sossoukpè.
Web-activiste et lanceur d'alerte béninois très actif sur Facebook, Comlan Hugues Sossoukpè qui dirige un média suspendu au Bénin a été arrêté à Abidjan et extradé à Cotonou. Comlan Hugues Sossoukpè doit répondre de quatre chefs d'accusations. Il est poursuivi à la CRIET pour les faits d' "incitation à la rebellion, incitation à la haine et à la violence, harcèlement par le biais d'une communication électronique et apologie du terrorisme". Le dossier de l'activiste est renvoyé instruction pour les investigations.
Au cœur de l’analyse de Me Agbodjo, il y a d’abord le sentiment d’une disproportion manifeste dans les moyens engagés pour interpeller Sossoukpè. L’opération, selon lui, s’est apparentée à une chasse à l’homme, mobilisant une « armada de sécurité » et conduisant à une arrestation en dehors du Bénin avec l’appui d’un État tiers. « C’est comme si ce citoyen-là était un criminel », regrette l’avocat.
En Côte d'Ivoire où il a été arrêté, Hugues Sossoukpè s'y trouvait à l'invitation du gouvernement ivoirien pour assister à une activité officielle. L'avocat soupçonne que cette invitation soit plutôt un guet-apens.
Méprise du droit international?
S’appuyant sur ses propres investigations et celles d’un confrère ivoirien sollicité aux fins, Me Agbodjo relève l’opacité qui a entouré les circonstances de l'arrestation de Sossoukpè. Ni la police locale, ni les services de sécurité de l’hôtel où était logé le web-activiste, ni la brigade de recherche n’ont jamais confirmé officiellement la détention du journaliste dans leurs locaux. Une anomalie majeure selon Me Agbodjo qui souligne le caractère clandestin et illégal de l’opération.
L’avocat rappelle que, selon tous les standards régionaux et internationaux, une personne arrêtée à l’étranger doit être présentée à un juge avant toute extradition ou remise aux autorités d’un autre pays. Or, rien de tel n’a eu lieu dans le cas de Sossoukpè, malgré la demande de l’interessé. « C’est déjà illégal ! On ne peut pas extrader une personne sans la présenter à tout le moins à un officier de police », souligne Me Agbodjo.
Le statut de réfugié ignoré
Plus grave encore, Comlan Hugues Sossoukpè était, au moment des faits, titulaire du statut de réfugié. Se basant sur le principe fondamental de non-refoulement, consacré par la Convention de Genève, l'avocat souligne que Hugues Sossoukpè ne devrait pas être extradé vers le Bénin.
Me Renaud Agbodjo apprend que suivant les textes internationaux, si extradition il devrait y avoir, c’est Interpol qui devrait encadrer une telle procédure, jamais une action directe d’un gouvernement sur le territoire d’un autre pays « au mépris des règles du pays étranger ». Dans le cas de Comlan Hugues Sossoukpè, il estime qu'à tout le moins, le journaliste devait être remis aux autorités togolaises après son arrestation en Côte d'Ivoire.
Un précédent dangereux pour la liberté de la presse
Au-delà du cas personnel de Sossoukpè, Me Agbodjo alerte sur l’impact désastreux de cette affaire pour l’image du Bénin et pour la presse. La couverture internationale de cette arrestation jette l’opprobre sur le gouvernement béninois, accusé de ne plus respecter la liberté d’expression et d’employer la justice comme un outil d’intimidation contre la presse.
L’avocat s’insurge contre l’usage de tribunaux d’exception comme la CRIET pour traiter des affaires de harcèlement en ligne, estimant que cela contribue à « criminaliser l’information » et à décourager la diversité de la presse, pourtant pierre angulaire de toute démocratie.
Pour Me Agbodjo, cette affaire est révélatrice d’une tendance inquiétante où les institutions seraient instrumentalisées au détriment des droits fondamentaux. Il en appelle à un strict respect des garanties internationales, à l’indépendance de la justice, et à une régulation de la presse qui ne rime pas avec répression. « Les institutions ne doivent pas être au-dessus des droits fondamentaux », conclut-il. Il rappelle que la vitalité d’une démocratie se mesure au traitement qu’elle réserve à ses journalistes et à la protection de toutes les libertés.
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