Le président Patrice Talon s'exprimant face à la jeunesse au palais présidentiel à Cotonou le 28 juillet 2025
Au Bénin, que se passera-t-il après la publication des résultats des élections législatives du 11 janvier 2026 si aucun des partis politiques en lice ne recueille au moins les 20 % des suffrages valablement exprimés dans chaque circonscription électorale ?
La question revient dans les cercles politiques et au niveau des observateurs de la vie politique nationale à mesure que l’on avance vers les échéances électorales. L’opposition redoute que cette disposition ne conduise à un Parlement monocolore. D’aucuns suspectent un stratagème pour créer un blocage et maintenir en poste le parlement actuel dominé par les partisans du régime Talon.
Présent à la rencontre du chef de l’Etat, avec la jeunesse béninoise, Guy Mitokpè, secrétaire national à la communication du parti Les Démocrates, a de nouveau exprimé les craintes de l’opposition béninoise sur la question.
« Le code électoral n'empêchera pas qu'il y ait des députés en 2026. Maintenant, ceux qui veulent absolument être au Parlement doivent réfléchir sur la stratégie, les accords, les alliances », a répondu le président de la République, Patrice Talon, face à la jeunesse.
Le recours à la Cour constitutionnelle
Le code électoral révisé début 2024 dispose que pour les élections législatives, « Seules sont éligibles à l'attribution des sièges les listes, ayant recueilli ou moins vingt pour cent (20%) des suffrages valablement exprimés dons chacune des circonscriptions électorales législatives.»
La loi laisse une ouverture aux partis n’ayant pas atteint le seuil. Elle prévoit que pour les partis politiques ayant conclu et déposé à la Commission électorale nationale autonome (CENA) préalablement à la tenue du scrutin un accord de coalition parlementaire, il sera procédé, pour le calcul du seuil des 20 %, à la somme des suffrages de ceux ayant recueilli ou moins dix pour cent (10 %) des suffrages exprimés ou plan national.
« C’est dur, mais c’est dur pour tout le monde. Je ne sais pas quel parti est sûr de satisfaire toutes les conditions. Aucun parti n’est sûr de satisfaire les conditions », a commenté le président Patrice Talon.
Mais, assure-t-il, « l’impasse est impossible ». Si aucun parti ou groupe de partis n’atteint le seuil de 20 %, indique Patrice Talon comme solution, la Cour constitutionnelle, en juge du contentieux électoral, sera saisie. Elle va statuer et retirer les critères qui bloquent, afin de permettre le partage des sièges et l’avènement du nouveau Parlement.
« Aucune loi ne peut tout prévoir, tant que c’est les lois votées par les hommes. Quelque chose peut arriver un jour qu’on n’a pas prévu. Et quand c’est le cas, il y a des instances qui peuvent décider pour dire ce qui est arrivé n’était pas prévu, on décide de ce qu’il faut faire et ça devient jurisprudentiel », a argumenté Patrice Talon face aux jeunes.
« Forcer les Béninois à travailler ensemble »
Défendant la réforme électorale, Patrice Talon soutient qu’elle vise à obliger les Béninois à travailler ensemble. « Je sais que je veux laisser un héritage différent. Je veux forcer les Béninois à travailler ensemble », a martelé le chef de l’Etat dont le dernier mandat s’achève en mai 2026. « Je veux vous forcer à travailler ensemble. Vous voulez faire la politique? Travaillez ensemble. C'est tout », a-t-il insisté.
« La loi dit, ceux qui vont dire, après les élections, on va travailler ensemble, on peut compter leurs voix ensemble. C'est une déclaration citoyenne», soutient-t-il.
Il estime que les grands partis politiques comme l’Union progressiste le renouveau (UPR), le Bloc Républicain (BR), de la mouvance et Les Démocrates (opposition) doivent leur survie au code électoral actuel.
« Si on touche à ça, les partis vont exploser. Chacun va faire son chemin à part. Si on avait changé ça, (le parti) Les Démocrates aujourd’hui serait coupé en deux ou en trois. C’est pareil BR et UPR. (Avec) cette loi, vous êtes ensemble, ce n’est pas facile, vous vous divisez, vous êtes morts », prévient-il s’adressant à Guy Mitokpè.
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