Franck Kpassassi, maire d'Abomey, est l'un des jeunes maires désignés au Bénin
Un souffle nouveau traverse certaines mairies béninoises. Les communales du 11 janvier 2026 ont abouti à l’émergence de nouveaux conseils communaux. Du 14 au 17 février, les préfets des différents départements ont procédé à l’installation des nouveaux conseillers communaux et municipaux. À l’issue de ces installations, les deux partis politiques vainqueurs des élections que sont l'UPR et le BR ont désigné les nouveaux maires et de leurs adjoints pour la 5ᵉ mandature de la décentralisation.
Le constat est qu’une génération plus jeune s’installe progressivement aux commandes de la gouvernance locale, dans plusieurs communes. Plusieurs des 77 communes seront dirigées par des maires de moins de 50 ans. Ils vont conduire le développement local pendant les sept prochaines années.
Cette évolution nourrit les conversations. Pour beaucoup de citoyens, voir des visages plus jeunes à la tête des communes symbolise un changement attendu depuis plusieurs années.
Enseignante du primaire, Diane observe avec intérêt cette transformation du paysage politique local. Pour elle, « la montée des jeunes à la tête des communes est une excellente nouvelle pour la démocratie et le dynamisme local. Elle traduit un renouvellement des idées, une vision innovante et une plus grande proximité avec les préoccupations des populations, notamment des jeunes ». Diane estime que « cette nouvelle génération de dirigeants apporte énergie, créativité et volonté de moderniser la gestion des collectivités locales».
Cette ascension de la jeunesse est louable pense aussi Mahugnon Wilfred. Le diplômé en études américaines pense que « les jeunes aussi ont compris que la jeunesse ne devrait plus rester dans l’ombre. Elle doit sortir de l'ombre pour pouvoir impacter les décisions avec beaucoup d'engagement, avec beaucoup d'inclusion ».
« C'est une évolution très positive pour notre pays », soutient également Frédéric Charbel. Il estime que le fait que plusieurs jeunes soient élus maires montre que « la jeunesse béninoise commence à prendre toute sa place dans la gestion des affaires publiques ». Charbe relève que c'est aussi « un signe de confiance des populations envers une nouvelle génération de leaders ». Selon lui, « les jeunes apportent souvent une vision nouvelle et plus d'énergie ».
Une jeunesse appelée à transformer la gouvernance locale
Cette émergence plus marquée de jeunes dans les exécutifs locaux est perçue comme une opportunité pour accélérer certaines réformes et rapprocher l’action publique des réalités du terrain. Les jeunes nourrissent de grandes et variées attentes à l’endroit de ces maires. « J’attends d’eux une gouvernance transparente, participative et efficace », confie Diane. L’enseignante du primaire précise que ces maires « devraient impulser des projets de développement durable, améliorer les infrastructures locales, favoriser l’emploi et l’éducation des jeunes, et renforcer la cohésion sociale dans leurs communes ».
Elle pense que la réussite de leur mandat dépendra surtout de leur capacité à dialoguer avec les citoyens. « Leur capacité à écouter et impliquer les citoyens sera déterminante pour des résultats concrets et durables », soutient-elle.
De son côté, Mahugnon Wilfred attend que cette génération d’édiles accomplisse, avec honneur et abnégation, « les missions pour lesquelles ils sont là, servir vraiment le peuple et être là pour la communauté ». Il nourrit aussi l’espoir de les voir contribuer « au changement de la société et vraiment lutter pour la cause commune, afin d'apporter leur pierre à l'édifice pour le développement du pays ».
Étudiante, Aubierge souhaite que les jeunes qui ont été promus fassent « deux fois plus que ce que les anciens ont fait ». « Il faut qu'ils prouvent réellement aux anciens qu'ils sont jeunes et qu'ils ont la possibilité de faire trois fois plus que ce que les anciens ont fait », poursuit-elle. Frédéric Charbel veut avant tout d’eux deux choses : « un leadership responsable et proche des populations ».
Les sept prochaines années, relève-t-il, doivent être marquées par « des actions concrètes qui améliorent réellement la vie de nos citoyens dans les communes ». Il cite notamment des priorités telles que l’emploi des jeunes, le développement local et les infrastructures.
Ce qu’ils doivent privilégier
Une fois à la tête des communes, le défi pour ces maires est de réussir leur mandat. Pour de nombreux jeunes citoyens, la réussite de ces nouveaux élus passera avant tout par leur capacité à rester proches des populations et à gouverner avec humilité. Diane insiste sur l’importance d’une gouvernance participative. Selon elle, les jeunes maires gagneraient à privilégier le dialogue permanent avec leurs administrés.
« Il faut privilégier la concertation et l’écoute citoyenne : travailler main dans la main avec les populations, les associations et les acteurs locaux pour identifier les vrais besoins et co-construire des solutions adaptées », explique-t-elle. Cette approche, indique-t-elle, permettra d’éviter les décisions éloignées des réalités du terrain.
Frédéric Charbel va dans le même sens et demande aux maires de cultiver une certaine proximité avec les populations. « Un bon maire doit être proche de ses administrés et comprendre véritablement leurs besoins », insiste-t-il. Il encourage également les élus à valoriser les compétences locales, notamment celles des jeunes et des femmes, convaincu que « le développement local est plus efficace quand il est participatif et inclusif ».
La gestion des ressources publiques constitue également un point central. Diane recommande aux nouveaux maires d’adopter une administration rigoureuse et transparente. « Il faut optimiser les ressources disponibles, assurer un suivi strict des projets et communiquer régulièrement sur les actions et les résultats pour renforcer la confiance des citoyens », souligne l’enseignante du primaire.
Mahugnon Wilfred met plutôt l’accent sur les qualités humaines nécessaires à l’exercice du pouvoir local. Il estime que le leadership d’un maire repose d’abord sur l’humilité et la capacité à travailler avec les autres. « Les jeunes maires doivent chercher à collaborer avec tous, surtout avec les jeunes de leur communauté, et faire parler de leur vision », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « On peut être à la tête, mais quand on n’a pas l’humilité, ça ne marche pas. »
Il évoque aussi les difficultés inhérentes à la gestion d’une commune. « Quand vous êtes en train de diriger, il y aura des problèmes. Face à ces problèmes, il ne faut pas fuir. Il faut se montrer résilient et rester focus sur l’objectif », poursuit-il. L’étudiante Aubierge résume quant à elle son attente en quelques mots : « La première chose, c’est l’honnêteté. Après l’honnêteté, il faut réellement faire le travail ».
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