Nouveau jour d’audience dans le procès de l’affaire Dangnivo au Bénin. Suspendu jeudi 13 mars 2025 après trois jours d’audience, le procès de l’affaire Dangnivo relatif à la disparition en août 2010 de Pierre Urbain Dangnivo, cadre de l’administration des Finances repend ce mercredi 19 mars 2025.
Selon l’envoyé de Banouto au tribunal de Cotonou, à 10 h 17 minutes, l’audience n’est pas encore ouverte. Codjo Alofa, principal accusé de la disparition de Dangnivo et Donatien Amoussou, son coaccusé, sont présents dans la salle d’audience. Ils sont arrivés au tribunal peu avant 10 heures.
Codjo Alofa est vêtu d’une tenue locale communément appelée bohumba manche courte. Donatien Amoussou a porté un bazin de couleur blanche avec une broderie bleue claire.
Les trois avocats de la famille de Dangnivo sont là depuis 9h. L’envoyé spécial de Banouto a constaté la présence des avocats de la défense.
Ouverture de l'audience
L'audience est ouverte. La Cour a fait son entrée dans la salle d'audience environ une demie-heure après 10 heures.
A l'ouverture, le président des céans rappelle ce qui a été fait la semaine écoulée. Il rappelle aussi avoir pris une ordonnance pour des mesures d'instruction complementaires.
Un juge assesseur a été commis à cet effet. Les tâches et vérifications seront versées au dossier. Le ministère public a indiqué avoir accusé réception de l'ordonnance et a pris l'engagement de répondre toutes les fois que le juge assesseur lui fera appel.
Le colonel Firmin Boco, président de la commission d'enquête mise en place pour élucider l'affaire doit être écouté ce matin. Avant sa venue à la barre, le ministère public a demandé une suspension de deux minutes. Le président des céans a accédé à la demande. L'audience est donc suspendue.
Colonel Firmin Boco à la barre
A la reprise après environ 30 minuutes de suspension, la Cour convoque à sa barre, comme annoncé, le colonel Firmin Boco. Il a présidé la commission d'enquête installée pour élucider la disparition de Pierre Urbain Dangnivo. Il est aujourd'hui Contrôleur général de Police en service.
Le président des céans lui demande d'expliquer comment la commission d'enquête qu'il a présidée a été mise en place. Le colonel Firmin Boco répond que la commission d'enquête a été mise sur pied par deux notes de service de madame le procureur de la République. La première note date du 1er septembre 2010 et la deuxième du 7 septembre de la même année.
L'enquête, fait savoir le colonel, a démarré au commissariat de Placodji. Mais elle piétinait. La décision a été prise de confier le dossier au niveau du commissariat central. Avec l'ampleur que prenait le dossier, explique-t-il, le procureur de la République a mis sur pied la commission d'enquête.
Le colonel Firmin Boco apprend que la commission qu'il a présidée était composée de deux gendarmes et deux policiers. L'officier de la Police a confié qu'il ne sait pas comment les membres de la commission ont été désignés.
La commission d'enquête, déclare le colonel Boco, a travaillé en deux phases. La première phase était l'enquête préliminaire. A cette première phase, les enquêteurs, apprend le colonel Boco, se sont intéressés à l'environnement de Dangnivo et les derniers contacts qu'il a eus.
Ce travail a révélé qu'il y a eu au moins 12 échanges entre Alofa et Dangnivo. Dangnivo a appelé 10 fois dans la période. Le dernier contact était une dame. Elle a été auditionnée à plusieurs reprises. Alofa, lors des auditions, a reconnu avoir été en contact avec Dangnivo.
Mais vers les 15 août, ils n'étaient plus en contact. Le colonel Boco explique que Alofa était en garde à vu jusqu'à 24 août pour vol de moto. Sa garde à vue a été prolongée jusqu'au 28.
L'enquête, fait savoir le colonel Firmin Boco, a basculé quand Prizo s'est présenté à lui avec un téléphone qui serait celui de Dangnivo. Il a dit avoir vu, le 18 août 2010, Dangnivo dans la voiture de Polo en compagnie d'autres personnes.
Alofa a désigné Donatien Amoussou comme fournisseur des comprimés qui ont servi à rendre Dangnivo inconscient. Lors de l'audience, Donatien Amoussou a reconnu qu'il avait remis à Polo le valium dans le cadre d'un vol en préparation contre la SAGAM.
Après, la commission a constaté que la dame ne connaissait rien de Dangnivo. Alofa a reconnu que la dame n'était pas en contact avec Dangnivo et que c'est lui qui a appelé le numéro de la dame avec le téléphone de Dangnivo.
Le téléphone du disparu, d'après l'audition de Prizo, a échoué dans les mains de Polo avec un livret de bord. Polo a gardé ces deux choses après la commission du crime le 18 août 2010. Prizo a expliqué, ensuite, comment Polo l'a sollicité pour aller lui récupérer ses effets dans un motel.
La commission a-t-elle vérifié les faits ? Le colonel Boco répond que la commission a fait foi aux déclarations de Prizo parce qu'elles coïncidaient avec les déclarations sur le vol de moto.
Le colonel Firmin Boco a expliqué que l'exhumation du corps à Womey et a fait basculer la commission d'enquête qu'il présidait en commission rogatoire.
Une contradiction avec les propos du colonel Koumassègbo
Dans sa déposition à la barre, le colonel Boco affirme que la commission s'est rendue une fois au bureau du colonel Koumassègbo à la présidence. Ce qui est contraire aux déclarations du colonel Koumassègbo à la barre la semaine dernière.
Le chef de la sécurité présidentielle, a déclaré à la barre il y a quelques jours, n'avoir jamais reçu la commission d'enquête dans son bureau. Le colonel Koumassègbo avait aussi dit que c'est lui qui a amené Donatien Amoussou à la commission d'enquête.
Le président des céans résume les déclarations du colonel Koumassègbo à la barre afin de mettre l'officier de la Police républicaine au même niveau d'informations. Le colonel Boco répond qu’il ne peut pas se souvenir de tous les détails. Il a joute que les actions menées par le colonel Koumassègbo n'engagent en rien la commission qui n'avait de chef hiérarchique que madame le procureur de la République.
Le colonel Boco indique que Prizo était détenteur de beaucoup d'informations et a été auditionné en qualité de témoin.
Le président des céans demande au colonel Boco s'il savait que Prizo et Donatien se connaissaient ? Le colonel répond par la négative.
Est-ce qu'à travers les déclarations, on peut retenir que Alofa et Amoussou ne se connaissent que par un ami commun Polo ? A cette relance du président des céans, le colonel Boco répond, après hésitation, que c'est possible mais qu'il ne peut l'affirmer.
Le ministère public prend le relai du président des céans et poursuit l'interrogatoire. Il veut savoir si le colonel Boco, alors président de la commission d'enquête, a une relation fonctionnelle avec le chef de la sécurité présidentielle de l'époque. Le colonel Boco répond non.
Est-ce que le colonel Boco a travaillé avec Donatien Amoussou ? interroge le ministère public. Non, a répondu le colonel Boco souligné que Donatien Amoussou a été écouté comme étant impliqué dans le dossier.
-Donatien Amoussou a-t-il signé les procès-verbaux des auditions ?, demande le ministère public.
-Certainement, répond le colonel Boko qui souligne que c'est la procédure normale
-Quelle relation avez vous avec Akpaki ?, interroge le ministère public.
-Aucune relation, assure le colonel Boco
-Avez vous établi de lien direct entre Amoussou et Dangnivo ?
-Non, répond le président de la commission d'enquête d'alors.
-Devant la commission, Alofa a-t-il affirmé avoir participé à l'assassinat de Dangnivo ?
-Oui. Il a dit que Dangnivo était venu chez lui le 16 août sans son véhicule. Alofa a dit que son ami Polo s'était intéressé à son véhicule pour faire un coup. Alofa a donc trouvé un moyen de faire revenir Dangnivo le lendemain.
-Alofa a-t-il dit qu'il a participé physiquement à l'assassinat ?
Oui. Si je considère que l'admission du produit à Dangnivo, oui.
-Et qui l'a achevé ?
Le second, répond le colonel Boco
-Il n'y a que deux personnes ?, lance le ministère public.
-Oui, ils ne sont que deux, dit le colonel Boco.
-Étiez vous à l'exhumation du corps ?
-Oui, j'y étais.
-Avez vous vu les organes prélèvements qui étaient dans le bocal?
-Non. L'exhumation du corps est une mission qui a été confiée aux deux experts par le juge d'instruction, explique le président de la commission d'enquête d'alors.
-Dans la commission, en tant qu'enquêteurs quelle influence les acteurs politiques ou les médias ont eu sur vous?
-Je suis quelqu'un qui n'est pas influencé. J'ai été toujours professionnel.
-Vous portez-vous garant pour les autres membres de la commission ?
-Oui
La commission rogatoire installée après l'exhumation de restes humains à Womey a mis fin à sa mission le 12 octobre 2010.
Le président des céans reprend la parole. Il interroge le colonel Boco sur les circonstances de l'exhumation des restes humains à Womey.
-Qui a découvert l'emplacement du corps retrouvé à Womey ?, demande-t-il.
-C’est Alofa qui a indiqué l'emplacement, répond le colonel Boco.
-Est-ce qu'il y a une mission de prospection ?
-Alofa a raconté les faits le 26 septembre. Dès cet instant, nous avons pris le gel de tout le domicile et ses alentours, fait savoir le président de la commission d’enquête.
-Est-ce que ce 26 août, Alofa vous a conduit pour montrer le lieu exact ?
-L’heure était avancée pour faire la reconnaissance des lieux sous la direction constante de Alofa.
-Qui a informé qui pour obtenir les autorisations pour nommer les experts et autoriser l'exhumation ?
-Je me souviens qu'on a fait le point au président de la République le 26 août
-Est-ce que vous avez perquisition le domicile de Alofa au cours de votre mission?
-Les actes que nous avons posés à partir du 27 septembre sont encadrés.
-Est-ce que vous avez demandé l'autorisation pour le faire?
-De façon formelle, non
Me Olga Anassidé se lance à la suite du président des céans avec une série de question. L’avocate de la famille fait la lecture d'un rapport du président de la commission d’enquête que présidait le colonel Boco. Selon le rapport, Dangnivo a été étranglé. L’avocate demande au colonel si c'est bien ce qu’il a écrit ? Le colonel répond par l’affirmative.
-Qui vous a dit que Dangnivo a été étranglé ?, relance l’avocate.
-Tout ce que j'ai écrit dans le rapport vient de Alofa.
-Est-ce que le rapport toxicologique ont dit que le degré de produits administrés à Dangnivo ont pu le tuer?
-Je n'ai pas eu de rapport toxicologique. C'est là procureur qui a commis des experts
L'avocat informe qu'aucun produit n'a été retrouvé dans les restes exhumés.
Les accusés balaient tout du revers de la main
Le président des céans appelle Alofa à la barre. Le principal accusé balaie tout du revers de la main. Il dit n’avoir jamais rien déclaré devant le président de la commission d’enquête. Alofa confie que c'est quand Lucien Dègbo voulait l'amener à son domicile qu’il l’a présenté au colonel Boco pour recevoir l'autorisation. Et ce jour-là, apprend Alofa, le colonel Boco a dit que ce n'est pas prudent d'amener Alofa à son domicile.
A ses propos de Codjo Alofa, le colonel Boco a réagi. Il dit avoir écouté Alofa avec les membres de la commission d’enqiête. Mais il ne se rappelle pas si c'était lui qui a dirigé la confrontation entre Alofa et Tchiapkè.
Le président des céans montre au colonel Boco un procès-verbal portant son nom. Mais le président de la commission d’enquête d’alors ne reconnaît pas la signature.
Donatien Amoussou demande et obtient la parole. Selon lui, il y a des contre-vérités dans ce que le colonel Boco a dit à la barre. Le prévenu relève que son identification par Alofa pour l’impliquer dans l’affaire a été faite dans le bureau du président de la commission d’enquête.
Il réaffirme que la commission a été formée à la présidence et que c'est là, il a vu le colonel Boco qui portait encore le grade de capitaine à l’époque.
Donatien Amoussou dit qu'il n'a pas été auditionné le 26 septembre comme le dit le colonel Boco. Il dit que du 26 septembre jusqu'au 3 octobre, il était libre. C'est le 4 octobre, apprend-il, qu'il a été mis aux arrêts. Le prévenu assure que le colonel Firmin Boco le connaît très bien et qu'il l'a appelé à plusieurs reprises.
Le président de la commission d’enquête d’alors reconnaît que l'identification de Donatien Amoussou par Alofa a été faite dans son bureau. Il souligne n'avoir rien inventé sur ce qu'il a dit de Amoussou dans les rapports d'auditions. Il assure qu’il ne connaissait point Donatien Amoussou avant son identification par Alofa.
Me Aboubacar Baparapé a la parole. Pouvez vous dire aujourd'hui, au regard de vos enquêtes, qui a tué Dangnivo?, demande-t-il. Alofa, répond le colonel Boco.
L'audience a été suspendue à 14h 16 minutes pour une vingtaine de minutes. A la reprise, Me Magloire Yansunnu prend la parole. Il interroge le président de la commission d'enquête sur son travail.
-Quand le colonel Koumassègbo a amené Prizo et Amoussou à la commission d'enquête, qu'est-ce qu'il vous a dit ?, demande l'avocat.
-Je ne me rappelle pas de ce qu'il a dit, répond le colonel Boco aujourd'hui Contrôleur général de Police. Le plus important pour la commission, , ajoute-t-il, était de voir ce que les deux pouvaient lui dire sur le dossier.
-Sur quelle base avez-vous arrêté Amoussou?
-Sur la base des déclarations de Alofa et parce qu'on recherchait un véhicule que Alofa affirme avoir confié à Amoussou.
Boco dit que les enquêtes menées ont conduit à conclure que c'est Alofa et Akan Isidore, cité par le principal accusé mais que la commission n'a pas retrouvé, qui ont tué Dangnivo.
La défense de Codjo Alofa a maintenant la parole pour interroger le témoin. Me Zinflou demande au président de la commission d'enquête s'il s'était porté au commissariat de Godomey dans le cadre de l'enquête. Le colonel Boco répond qu'il ne se souvient pas. Il se rappelle seuelement que la commission a eu les éléments du commissariat.
L'avocat lit une portion du rapport de la commission relative à la déposition de Prizo. Dans cette portion, Prizo relate les circonstances dans lesquelles il est entré en possession du téléphone zekédé de Dangnivo. Prizo, selon le rapport a déposé le téléphone à Océan FM. Le rapport renseigne que la commission s'est portée au bureau de du colonel Koumassègbo pour retirer le téléphone. Le bureau du colonel Koumassègbo est-il confondu à Océan FM ?, demande l'avocat.
A cette interrogation de l'avocat, le président de la commission d'enquête répond non. Interrogé sur la date de placement sous mandat de dépôt de Codjo Alofa dans l'affaire de vol de moto, le colonel Boco explique que selon les informations reçues par la commission, c'est le 30 août.
Entre la disparition d'un ministre et la disparition d'un agent fut-il émérite de l'administration fiscale, quelle est la hiérarchie ?, enchaine l'avocat. La disparition d'un être humain est la même sans tenir compte d'une distinction, répond le témoin.
Suspension et renvoi de l'audience
A 15 h15', le président des céans a prononcé la suspension et le renvoi de l'audience au 8 avril 2025. Le président des céans a décidé de la date du 8 avril après avoir demandé au ministère public combien de temps il lui faut pour les retours des mesures complémentaires d'instruction. Il a dit trois semaines.
A l'audience du 8 avril, la Cour va dépouiller les résultats des mesures complémentaires d'instruction et poursuivre les auditions;
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