Un faux professeur du CAMES et son frère jugés à la CRIET. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) poursuit les deux jeunes pour "escroquerie via internet". Les deux prévenus ont comparu, lundi 17 mars 2025, à l’ouverture de leur procès puis le 31 mars 2025.
Les deux frères, selon l'accusation présentée par la Cour, s’adonnent à des activités de cybercriminalité. Ils se font passer pour de grands prêtres Vodoun, marabouts et autres pour extorquer des fonds à leurs victimes au Bénin comme à l’étranger.
D’après des extractions de leurs téléphones dévoilées par la Cour, l'aîné a plusieurs pseudos qu’il utilise pour appâter ses victimes. Il se présente tantôt comme chef suprême, tantôt comme médecin traditionnel ou encore vieux Abdoulaye Traoré.
Dans l’une de ses conversations avec une victime exposée lors des débats, il s’est présenté comme un professeur du Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur (CAMES) en pharmacologie. Il faisait croire à cette victime qu’il a la solution à tous ses problèmes.
De supposés héritiers
Convoqués à la barre, les deux frères ont plaidé non coupable. Ils ont rejeté toutes charges mises à leur encontre. Le grand frère a déclaré qu’il est tradipraticien. Il a fait savoir qu’il fait de la consultation. Il a soutenu qu'il offre ses services à ses clients dont des clients virtuels qui le contactent de partout.
Le petit frère dit que lui également est un initié. Il a déclaré à la Cour qu'il a hérité de la pratique de leur géniteur qui était un grand "Bokonon". Il a expliqué qu’il revenait de la Côte d’Ivoire où il était en contact avec ses clients quand il a été arrêté.
Lors de cette première audience, le petit frère avait un chapelet enroulé autour de sa main. Le premier substitut du procureur spécial lui a fait comprendre qu’il n’est pas un vrai "bokonon" comme il le prétend être.
« Toi, tu n’es pas un vrai bokonon. Sinon ce n’est pas ce chapelet que tu devrais avoir autour de la main. C’est le "kplè", chapelet des bokonons, que tu devrais avoir sur toi », lui a lancé le représentant du ministère public.
"Vendeurs d’illusion"
Après les débats à l'audience lundi 17 mars, la Cour a renvoyé le dossier 31 mars 2025 pour les réquisitions et plaidoiries. Comme annoncé, le ministère public a fait ses réquisitions à cette nouvelle audience. Le représentant du ministère public a qualifié les deux frères de "vendeurs d’illusion", des escrocs qui désacralisent et décrédibilisent les traditions béninoises.
Au vu des extraits de leurs téléphones et la plainte d’une de leurs victimes, le magistrat a demandé à la Cour de les retenir dans les liens de la prévention d’ « escroquerie via internet ». Le premier substitut du procureur spécial a requis cinq ans de prison dont deux ans ferme et deux millions de FCFA d’amendes chacun.
La défense des deux frères a plaidé la relaxe de leurs clients. L’avocat des prévenus a demandé à la Cour de se rappeler de ce que les jeunes ont déclaré qu’ils sont tradithérapeutes. « Ils font leur activité pour sauver des vies et gagner de l’argent. Mes clients ne sont pas des escrocs », a fait savoir le conseil dans ses plaidoiries.
Il a également dénoncé une jalousie dans leur quartier, sans quoi, ses clients n’allaient pas se retrouver devant la CRIET. Selon lui, ses clients ont été dénoncés parce que les gens ont constaté qu’ils sont en train d’évoluer. L’avocat apprend que le petit frère a nouvellement lancé la fondation de sa maison. A défaut d’une relaxe pure et simple, il a demandé au juge de prononcer en leur faveur la relaxe au bénéfice du doute.
Le délibéré du dossier est attendu pour le 19 mai 2025.
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