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Bénin : gros plan sur Queens Volleyball, modèle de club performant

Bénin : gros plan sur Queens Volleyball, modèle de club performant

Créée il y a un peu plus d’un an, Queens volleyball club du Bénin a fait irruption dans le championnat professionnel dame avec à la clé un titre de champion et une seconde saison entamée en trompe. Ce qui amène à porter l’attention sur ce club, à comprendre son modèle pour voir s’il offre des garanties.

Créée il y a un peu plus d’un an, Queens volleyball club du Bénin a fait irruption dans le championnat professionnel dame avec à la clé un titre de champion et une seconde saison entamée en trompe. Ce qui amène à porter l’attention sur ce club, à comprendre son modèle pour voir s’il offre des garanties.

queens-trophee-championLes Joueuses de Queens volleyball club recevant leur trophée après leur second sacre au niveau du championnat professionnel,dimanche 30 avril 2023 

Hall des arts et loisirs à Cotonou. Les joueuses de Queens volleyball club remportent l’ultime rencontre du championnat professionnel du Bénin, dimanche 30 avril 2023, en battant Adidja volleyball club par le score de 3 sets à 0. Elles terminent invaincues ce championnat saison 2022-2023 au bout de huit matches joués. Pour la deuxième fois en autant de participation au championnat professionnel, Queens VBC est championne. « C’est le résultat du travail et de la rigueur », lâche le président du club, Aimé Cèbio.

Créé en février 2022, le club règne déjà en maître au niveau de l’élite du volley-ball béninois. Un règne sans partage qui lui a déjà permis de faire ses armes sur le plan régional par deux fois. Mais, quel est le secret de la performance de ce nouveau-né ? « Vraiment le secret c’est le travail, le travail assidu et réellement un président aussi qui fait un grand travail de psychologie puisque lui-même est entraîneur de haut niveau. Donc, il sait quoi dire et quoi faire et nous mettons ensemble nos capacités pour arriver à ce résultat », répond l’entraîneur principal Yuri Saleck Tabé, mercredi 1er mars 2023, à l’issue d’un entraînement. 

queens-entrainementLes joueuses de Queens volleyball club à l'entraîneur au CEG Sainte Rita de Cotonou

Pourtant, quand il a été approché pour entraîner le club naissant et sans repère sur l’échiquier national, il n’a pas accepté sans appréhension. « Toute suite, je peux vous dire que c’est un sentiment de peur », confie-t-il avant d’ajouter « mais, vu la constitution de l’équipe, vu la qualité des joueuses avec un travail bien défini et un appui réel du président a permis d’avoir une équipe qui puisse réaliser avec d’autres dans la sous-région ». Pour l’instant, les deux participations de l’équipe à la Coupe d’Afrique des clubs champions de l’UFOA Zone B ne sont pas encore reluisantes. La première en 2022 s’est soldée par une bonne 4è place. La deuxième en 2023 a été un échec. « On peut dire que notre dernière participation a été médiocre parce qu’on n’a pas eu le temps de bien préparer cette compétition comme la précédente », reconnaît Yuri Saleck Tabé. Il explique que l’équipe est allée à Abidjan pour sa deuxième sortie sous-régionale avec des joueuses blessées. Ensuite, il y a le moyen de transport. Les autres sont venus en avion alors que les joueuses de Queens ont eu deux jours de voyage, en route.

Innocent Ayaka, secrétaire général du club et entraîneur, tente d’expliquer le tâtonnement de l’équipe sur le plan sous-régional. « L’année passée, on était à Ouagadougou. Cela nous a permis de connaître l’équipe puisque c’est au retour que l’équipe a commencé le championnat professionnel. Donc, on a vu comment les joueuses se sont données après quelques mois de préparation. C’est cela qui nous a permis de remporter le championnat professionnel », a indiqué Yaka. Mais, « à Abidjan (en 2023), ce n’est pas le même format qu’à Ouagadougou. A Ouaga, il y avait des poules et après, les demi-finales et les matchs de classements. Mais, à Abidjan c’est un championnat linéaire parce qu’il n’y avait que six équipes. Donc, on a joué un match par jour. Ce qui a permis aux filles de se mesurer avec les champions des autres pays », a-t-il expliqué.

«… régler un problème »

Au regard des performances de l’équipe au plan national, il est de la curiosité humaine de comprendre ce modèle. Queens volley-ball club, fait savoir le secrétaire général du club, « a été créé pour régler un problème ». Les dirigeants avaient commencé par travailler avec un club de l’élite, VESOS, vice-champion de la saison 2021. « C’est parce qu’il y a des petits problèmes qu’on a créé le club », informe Innocent Yaka.

queens-vbc-adjidja-vbcL'équipe de Queens volleyball club (en jaune) lors du match aller contre Adjidja volleyball club lors du championnat professionnel saison 2022-2023

Selon Yuri Saleck Tabé, l’équipe était déjà composée à 50 % avant son arrivée. C’était une partie de VESOS (Village d’enfants SOS, NDLR) qui venait de finir vice-championne. « Cela veut dire qu’il y avait un noyau formé de joueuses de VESOS et d’autres qui sont venues du nord que j’ai, entre temps, formées. Donc, la mayonnaise a rapidement pris et c’est ce qui a donné notre titre la saison dernière », précise-t-il.

Selon les responsables du club, l’équipe a joué directement le championnat national parce qu’elle regorge des meilleures joueuses au plan national. Au Bénin, le processus de professionnalisation au niveau des diverses disciplines sportives est encore à ses débuts. Donc, les conditions pour s’engager dans le championnat professionnel ne sont pas encore corsées surtout au niveau du volleyball dame.

Partir de l’existant

Analysant le modèle, l’ancien directeur de l’INJEPS devenu l’Institut national de l’éducation physique et sportif (INEPS), Barnabé Akplogan relève une chose.  Le club, fait-il remarquer, « s’est appuyé sur des joueuses qui ont déjà un certain niveau ».  Pour lui, « il ne suffit pas de prendre des joueuses à gauche à droite sans tenir compte de leur niveau ». Certaines joueuses de Queens, assure-t-il, ont un niveau au-dessus du niveau amateur.  

L’objectif des dirigeants de Queens c’est de travailler d’abord pour asseoir une équipe professionnelle digne du nom puis commencer par travailler à avoir une pépinière. Le club n’ayant pas le temps pour former, selon l’entraîneur, il a trouvé une autre solution pour avoir sa relève. Le club, informe son secrétaire général, est en train de nouer des partenariats avec des clubs actifs dans les régions et dans les périphéries mais qui n’évoluent pas dans le championnat professionnel pour avoir des accords. Queens va leur fournir du matériel et un apport financier pour le championnat amateur. En contrepartie, ces clubs vont former des joueuses selon les besoins du club et donner un droit exclusif à Queens de venir chercher les joueuses prêtes à intégrer l’équipe professionnelle.

queens-vbc-championneQueens volleyball club

L’enseignant à l’INSEP, Barnabé Akplogan soutient cette politique.  Pour lui, « sur le plan de la performance, la jeune femme à 20 ans déjà c’est fini. A 20 ans, c’est le pic de force maximal ». Mais, souligne-t-il, « si on commence beaucoup plus tôt vers l’âge de 10, 12, 14, 15 ans, elle peut être performante jusqu’à 30 ans ». On ne peut pas, estime-t-il, « prendre une équipe dont la moyenne d’âge est 18 ans et espérer avoir une performance à 20 ans ».    

« Un coup de chance… »

L’irruption de ce club dans l’univers du volley-ball béninois et surtout dans l’élite avec les performances au plan national a de quoi donner des envies à d’autres amoureux de cette discipline sportive. Ce qui pousse à savoir si ce modèle peut être dupliqué. « Il n’y a pas de club modèle. Il n’y a pas une ligne conduite stéréotype », lance Léa Guillaume, vice-présidente du Comité national olympique et sportif béninois (CNOS BEN). Le professeur titulaire d’anatomie, Barnabé Akplogan indique qu’il y a plusieurs aspects qu’il faut prendre en compte avant de penser à reproduire ce modèle. « Il faut voir ce qui a amené l’équipe à ce niveau, voir le rythme d'entraînements, quel est le niveau des joueuses et comment le club est structuré », recommande-t-il.

Si on peut faire abstraction de tout cela, il pense que le parcours du club est élogieux. Et, « c’est un coup de chance qui permit d’avoir une cohésion assez forte de l’équipe ». Selon lui, des gens peuvent dupliquer le modèle et échouer « parce que ce n’est pas les mêmes personnes, ce n’est pas les mêmes joueuses, ce n’est pas le même encadrement ». Mais, précise-t-il, ce n’est pas sûr de pouvoir avoir deux ou trois clubs de ce genre dans le championnat. Car, explique l’enseignant, les joueuses de niveau ne se trouvent pas facilement.  

 « L’idéal serait de commencer par le bas », estime Léa Guillaume. Selon elle, il serait mieux d’avoir des athlètes et commencer par exemple par les championnats amateurs et gravir les échelons pour se retrouver dans le championnat professionnel. « Mais aujourd’hui, les gens veulent vite gagner, y compris même les joueurs et joueuses », regrette-t-elle.