INVESTIGATION-REPORTAGE

Covid-19 au Bénin : Karimama informée mais pas conformée

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A Karimama, commune du nord du Bénin, à la frontière avec le Niger et le Burkina-Faso, une grande partie de la population continue de douter de l’existence du Covid-19, malgré la sensibilisation.

karimama covid 19

Marché de Monsey. Il est 17h.Ce mercredi est le jour de l’animation du marché dans cet arrondissement de Karimama, à la frontière du Bénin avec le Burkina-Faso. Sur les lieux, c’est l’affluence des grands jours. Les va-et-vient s’observent. Sous les paillotes, les commerçants, sans masques de protection, installés derrière leurs marchandises, semblent vivre sous des cieux épargnés de la pandémie du coronavirus.

Un coup de klaxon dans l’allée principale, un conducteur de taxi-moto localement appelé kabou-kabou, vient d’arrêter le moteur de son engin. Derrière le trentenaire, deux dames en tenue traditionnelle ''Bohumba'' et ''Idjabou'' (voile, ndlr) aux visages. Elles ne portent  pas de masque de protection. D’ailleurs, aucun des membres d’un groupe de jeunes et d’adolescents amassés dans un coin du marché autour d’une table de jeu n’en porte.  

A Karimama, d’un marché à un autre, d’un arrondissement à un autre, le constat est presque le même. Le port du cache-nez et la distanciation de sécurité sanitaire, d’un (1) mètre, deux mesures phares recommandées par le gouvernement béninois dans la lutte contre le covid-19, ne sont quasiment pas respectés.

Au marché central de la commune ce vendredi 10 juillet 2020, les usagers continuent de se donner des poignées de mains. Des masques de protection quelques fois sales aperçus au visage de certains conducteurs de taxi-moto, leur servent de ''cache-menton''.  Les acheteurs se cognent dans les allées étroites du marché.

Faridath a son étalage de bouillie à quelques mètres du parc des conducteurs de taxi-moto. Pour nettoyer ses récipients de service, elle n’a pas besoin de détergent. La jeune femme dispose d’une bassine à eau dans laquelle elle les plonge d’un geste rapide et sert le prochain client. Un peu comme l’usage des verres dans les ‘’Faada’’.

A Karimama, les Faadas constituent les grands lieux de regroupement des jeunes. Ils s’y retrouvent pour discuter de tout et de rien. Dans ces assemblées sillonnées, les jeunes sont souvent assis côte-à-côte sur des nattes étalées au sol ou sur des troncs d’arbres secs. Pas de masques de protection ni de dispositifs de lavage des mains.  Le seul verre est utilisé pour servir le ''Ataï'' (du the) aux membres de l’assemblée.

Informés mais pas conformés

Dans cette commune de l’extrême nord du Bénin, la population est informée de l’existence du coronavirus. Mais très peu y croit.

«Vous avez déjà vu un malade du coronavirus? La maladie n’existe pas au Bénin », lâche tout de go Assane, un jeune à moto, stationné sur une artère du centre-ville. « C’est la maladie des Blancs. Les Africains ne peuvent pas souffrir du coronavirus», martèle-t-il.

«Il fait très  chaud à Karimama. On a appris que le coronavirus n’aime pas la chaleur donc ça ne peut pas contaminer quelqu’un ici », renchérit Affikou, collègue de Assane. Il souligne qu’«un bon Africain qui va au champ, qui prend bien l’alcool ne peut pas être infecté du coronavirus ».

karimama coronavirus

Si un grand nombre d’habitants de la commune ne croit pas à l’existence de la maladie, on note tout de même un début de prise de conscience. Cette prise de conscience d’une partie de la population est le fruit de nombreuses actions de sensibilisation, indique le premier adjoint au maire de la commune, Medewa Oumarou.

«Au début de la pandémie, la population n’y avait pas du tout cru. Il a fallu qu’on accentue les campagnes de sensibilisation et que les statistiques augmentent chaque jour », fait-il constater.

« On ne peut pas dire que toute la population est convaincue mais aujourd’hui il y a un grand nombre qui prend conscience», estime Medewa Oumarou. En plus des actions de la mairie, les organisations non gouvernementales  sensibilisent également la population sur le coronavirus. A l’avènement de la covid-19, Dedras Ong, présente dans la commune depuis de longues années, a dépêché des équipes dans les différents villages et hameaux.

«On a réalisé des éléments sonores de sensibilisation qu’on a copié  sur carte mémoire. Nous avons joué ces messages dans les Faada tout en les partageant par  Bluetooth», expose Sido Amidou, agent de Dedras Ong. Aux écoliers de CM1 et CM2, poursuit-il, l’organisation leur a appris la conception du dispositif de lavage des mains «Tic-tac».

«On a fait la formation d’abord sur la place publique et après dans les écoles. Des sensibilisations ont été faites dans les maisons, au niveau des hôpitaux pour montrer que la maladie existe », conclut-il.

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NB: Cet article fait partie de notre dossier spécial sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières au Benin, réalisé avec l’appui technique et financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au Bénin.

 

 

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