SECURITE-HUMAINE

Harcèlement sexuel au Bénin : « Je lui ai donné un coup dans l’entrejambe pour me soustraire » (Témoignage)

( words)

Une responsable de la cellule de communication harcelée par un directeur. Une nuit, dans son bureau, il trouve le moyen de la faire coucher. Il se mit ensuite à lui faire des attouchements et voulut la déshabiller. Pour s’en sortir, la victime n’a eu d’autre choix que donner un coup dans l’entrejambe de son agresseur sexuel. Cette scène est racontée par la victime dans un recueil de Wanep-Bénin.

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Intitulé « Harcèlement sexuel en milieu de travail : Témoignages », le recueil donne la parole à 13 victimes pour briser le silence. Wanep-Bénin l’a publié dans le cadre de l’édition 2020 des 16 jours de campagne contre les violences basées sur le genre au Bénin. La victime témoigne sous anonymat.

« Oser en parler dès le début !»

Il a commencé par de petites attentions à mon égard, des appréciations exagérées par rapport à mon travail, de petits rendez-vous répétés, de petits gestes, des propositions de me déposer à la maison. Il profitait aussi du fait que je finissais tardivement le travail car nous devrions attendre pour faire des comptes rendus à inscrire dans le rapport journalier au Ministre avant de rentrer. Il me fixe trop dans le regard quand il me parle.

J’étais responsable de la Cellule de communication du ministère. Je devais donner toutes les informations médiatiques liées à l’agenda du ministre. Je tenais son agenda et participais à toutes les réunions. J’étais une des personnes les plus remarquables dans le ministère.

C’est ainsi qu’un soir, à la sortie d’une séance avec le ministre et le directeur en question, ce dernier a souhaité que je lui accorde un moment d’échange rapide dans mon véhicule. Je lui ai demandé de monter alors sans arrière-pensée, surtout que nous faisons tous équipe auprès du cabinet ministériel.

Une fois dans mon véhicule, il a commencé à me faire des avances en me caressant le visage et voulant mettre les doigts dans mes cheveux. J’avoue que je n’avais rien compris de son comportement qui m’a plutôt fait rire. Il a voulu savoir ce qui me faisait rire. Je lui dis gentiment que c’est à cause de son acte. Il déclare : « Tu me plais beaucoup ». Sincèrement j’ai sorti le grand sourire et de plus j’ai toussé. Alors, il était perturbé et m’a dit que « je suis trop belle et qu’il avait envie de faire l’amour avec moi ».

Cela avait duré environ 30 minutes et je lui ai demandé de descendre de mon véhicule car je vais rentrer voir ma famille que j’aime très fort ainsi que mon mari qui m’attend à la maison.

A ces propos, Il me demanda si je le chasse du véhicule en me rappelant que mon véhicule est la propriété du Ministère, qu’il se trouve que c’est lui le responsable du parc de véhicules. Je lui demandai si c’était une menace puis il descendit et je suis partie.

Le lendemain, nous devions nous voir avec le Ministre et des journalistes pour une conférence de presse que nous avons préparée pendant une semaine. Il se trouve que le paiement des journalistes requérait sa signature sur certaines pièces. Prétextant de ce que les pièces n’étaient pas encore à jour et qu’il lui fallait d’abord tout vérifier, nous n’avons pas pu payer les journalistes. Trois jours plus tard, je l’appelle pour faire le suivi du dossier. Mais il me répond qu’il m’aurait informée si c’était prêt et a promis la fin de la semaine.

« Une fois dans mon véhicule, il a commencé à me faire des avances »

Un soir, je me suis rendue dans son bureau pour prendre mes frais de travail et j’ai trouvé que le dossier avait été signé depuis. A la question de savoir ce qui s’est passé, il fait allusion à ses avances auxquelles je n’avais pas accédé.

Il sonnait déjà 22h voire 23h environ parce qu’on venait de faire le débriefing de la journée avec le Ministre. Du coup, il me dit de prendre le dossier et qu’il avait oublié de m’en informer.

En voulant m’exécuter, il me tira brutalement par le bras et je tombai sur le bureau et il se mit à me faire des attouchements et voulut me déshabiller. Je m’étais débattue pour me soustraire de ses mains en lui donnant un coup dans l’entrejambe. Et il a crié puis j’ai ouvert la porte et je suis sortie. J’ai décidé alors de ne plus retourner dans son bureau.

Deux jours plus tard, il m’appela au téléphone pour me présenter ses excuses. Il m’avait demandé de démissionner car, avançait-il, il ne pourrait plus se contrôler en continuant à me côtoyer. C’est ainsi qu’il a monté des acteurs de presse pour saboter mon travail. Cette situation que j’ai pu gérer avec tact et respect, a duré deux mois et j’étais partie du cabinet avec le changement du Ministre.

Je voudrais demander à toutes celles qui seraient dans ces cas de résister, de ne pas se laisser avoir et d’en parler automatiquement dès le début.

Source : Recueil  « Harcèlement sexuel en milieu de travail : Témoignages » publié par  Wanep-Bénin

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