Les panélistes
La COJAS-Bénin continue d’échanger avec les parties prenantes sur l’avortement sécurisé au Bénin. Après avoir plaidé pour le vote de la loi N°2021-12 modifiant et complétant la loi 2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction en République du Bénin, l’organisation poursuit ses activités dans la quête du bien-être des femmes. Et ce, sur le plan de la santé sexuelle et à la reproduction. La COJAS-Bénin a organisé avec l’appui de IPAS Afrique francophone samedi 12 mars 2022 à Porto-Novo un panel de discussions sur le thème « Avortement sécurisée comme droit des femmes face aux normes socioculturelles et religieuses ». Ces discussions visent à sensibiliser les jeunes sur la nécessité de sécuriser l’interruption de grossesse volontaire mais aussi de connaître les dispositions législatives en vigueur au Bénin.
De façon spécifique, Elvis Seriki, secrétaire exécutif de la COJAS-Bénin a précisé les objectifs visés par son organisation à travers le panel de discussions. Selon lui, la COJAS-Bénin travaille à développer l’aspect légal de l’IVG y compris les conditions d’accès aux services d’IVG au Bénin dans le cadre de la loi modificative. Aussi, a-t-il ajouté, les discussions visent à apporter des réponses objectives pour déconstruire les préjugés et décourager la condamnation sociale de l’avortement. Il était également question d’établir un lien entre l’avortement et les droits des femmes dans le contexte socioculturel et religieux au Bénin.
Avortement sécurisé comme droits des femmes
Avec des exemples de cas de décès suite à des avortements clandestins, les panélistes ont été unanimes sur le bien-fondé du vote de la loi N° 2021-12 modifiant et complétant la loi 2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction en République du Bénin. Selon Raphaël Totognon, médecin épidémiologiste, cette loi est une chance donnée au Bénin pour réduire le taux de mortalité chez les femmes. Le médecin a insisté sur le danger que courent les femmes en faisant recours à l’avortement clandestin. Il a souligné que « l’avortement est la troisième cause de décès maternels au Bénin après l’hémorragie et l’éclampsie ». Il estime qu’avec cette loi, le législateur permet aux femmes de ne plus se débarrasser de leur bébé dans la clandestinité. Mieux, il leur offre la chance de discuter de leur problème avec des spécialistes afin de bénéficier des services de qualité.
Pour Marlène Quenum, représentante de la plateforme des structures religieuses engagées pour la promotion de la santé, la femme doit recourir à l’avortement qu’en danger pour sa survie. Selon elle, les religieux sont désormais un peu plus flexibles sur la question après l’évolution des débats sur la loi modificative. Elle a indiqué que la perception des religieux par rapport à la loi a évolué du fait des dispositions qui encadrent l’avortement. Mais la panéliste invite les femmes à l’abstinence ou se protéger lors des rapports sexuels afin d’éviter les grossesses non désirées pouvant amener à l’avortement. Marlène Quenum a estimé que l’éducation des jeunes filles reste la meilleure solution pour lutter contre l’avortement clandestin. « La famille reste un endroit sacré où la jeune fille doit être canalisée », a-t-elle conclu.
Les défis et limites de la loi
La loi modificative relative à la santé sexuelle et à la reproduction reste à parfaite. Miguelle Houéto a levé le voile sur les nouveaux défis que constituent les limites de cette loi. Dans son intervention, la spécialiste genre et droits humains a expliqué que la loi n’a pas fait cas de l’avis de l’homme lorsqu’une femme va décider de mettre un terme sa grossesse. « C’est source de beaucoup d’inquiétude de la part des différents acteurs de la société », a-t-elle savoir. Aussi, a-t-elle relevé, « la loi est restée muette quant à comment une femme peut savoir qu’elle est dans une détresse émotionnelle, éducationnelle et matérielle ».
Selon Miguel Houéto, certes la loi a élargi l’assiette des conditions dans lesquelles la femme peut recours à l’IVG mais elle estime qu’il manque un peu plus de clarifications sur la détresse. Mieux, la juriste trouve que la loi a oublié les psychologues qui peuvent aussi assister les femmes. « La loi n’a pas non plus donné les caractéristiques et la liste des centres de santé et cliniques qui devront accueillir les patientes », a souligné la jeune femme leader. Pour elle, il serait souhaitable que cette loi soit parfaite afin que les femmes puissent jouir convenablement de leurs droits. La présidente de Human Rights Priority a fait comprendre que les limites évoquées doivent être considérées comme les nouveaux défis de tous les acteurs.
Des participantes aguerries

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