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Aménagement du littoral au Bénin : métamorphosée, la plage de Cotonou plus attirante

Aménagement du littoral au Bénin : métamorphosée, la plage de Cotonou plus attirante

Autrefois en proie à des pollutions diverses, les plages de Cotonou sont aujourd’hui en pleine métamorphose. Le gouvernement a amorcé la mise en œuvre du Plan d’aménagement opérationnel résilient du littoral béninois. Et pour la population, cela offre un bon cadre de détente.

Autrefois en proie à des pollutions diverses, les plages de Cotonou sont aujourd’hui en pleine métamorphose. Le gouvernement a amorcé la mise en œuvre du Plan d’aménagement opérationnel résilient du littoral béninois. Et pour la population, cela offre un bon cadre de détente.

plage-1Les cocotiers poussent sur la plage en face de l'Aéroport de Cotonou

Un tour à la plage en face de l’aéroport de Cotonou, mercredi 5 octobre 2022. A l’entrée deux agents de la police républicaine en fraction échangent avec quelques jeunes. Une commerçante expose des biscuits, des friandises et des carnets de boissons. Autour d’elle, des cocotiers sortent du sable. Certains offrent déjà leur ombrage à ceux qui parfois aiment se retrouver seul dans la tranquillité pour se détendre ou réfléchir ou aux ''‘’tourtereaux''’’ en quête de calme, loin des regards inquisiteurs. A quelques mètres de l’océan Atlantique ou des plages, des bars et restaurants accueillent ceux qui ont envie de prendre un pot et de manger quelque chose avant ou après une balade vespérale.

Certaines parties de ces plages ont été réaménagées par des acteurs privés. Elles sont ouvertes au public moyennant quelques pièces. « Il y a eu beaucoup de changement », reconnaît Hippolyte Cocou qui se promenait sur la plage dans la soirée du mercredi 5 octobre 2022. Il témoigne de la nouvelle dynamique qui s’observe au niveau du littoral du Bénin avec l’aménagement des plages soumises autrefois à diverses pollutions. « Grâce aux actions du gouvernement, la plage de Fidjrossè est devenue propre », soutient-il.

Parti, il y a trois ans du Bénin, Arnaud, revenu pour un court séjour, est un habitué des plages. « Moi, je suis un amoureux de la plage. (…) Il y a de cela deux ou trois ans, quand vous veniez à la plage, vous trouviez des sachets d’excréments, des ordures… et ce sont des choses qui dégagent des odeurs nauséabondes. Vous cherchiez alors quelque part où rester. Et c’est après avoir parcouru presque toute la plage que vous trouviez un endroit où il n’y a pas de déchets », se souvient-il. En raison de l’aspect que présentait la plage, ce quingénaire rencontré sur la plage qui fait face à l’aéroport international de Cotonou avait réduit ses fréquentations.

Mais depuis peu, il a repris goût. « Depuis l’aménagement, je les fréquente plus et mes amis aussi », confie-t-il, tout heureux. Car, explique-t-il, « une fois ici, tu respires bien, tu respires de l’air frais et tu réfléchis correctement car il n’y a plus d’odeurs désagréables ».

Tout souriant, Farel abonde dans le même sens : « Je trouve que c’est propre par rapport aux années antérieures ».

plage-2Une vue de la plage en face de l'Aéroport de Cotonou

Un plan d’aménagement en marche

Depuis quatre ans, un plan d’aménagement des plages est mis en œuvre par le gouvernement. Les parties des plages non aménagées par des privés sont prises en compte par le gouvernement et nettoyées. Une première opération dite opération choc a permis, du 10 au 25 décembre 2018, de ramasser 8 250 m3 de déchets des plages selon le professeur Martin Aïna Pépin, directeur général de l’Environnement et du Climat (DGEC).

Cinq Organisations non gouvernementales recommandées par les mairies limitrophes que sont Sèmè-Podji, Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Grand-Popo ont été recrutées. Ces organisations non gouvernementales ont recruté des brigadiers pour le nettoyage permanent de la plage. Selon le directeur général de l’environnement et du climat, « le gouvernement béninois prend en charge les brigadiers » et ils « coûtent environ quinze millions le mois pour le nettoyage systématique de la plage et la sécurisation des plants mis en terre ».

Un plan dénommé Plan d’aménagement opérationnel résilient de la bande côtière a été mis en place. Il a été réalisé sous l’autorité du ministre du Cadre de vie et du Développement durable, sur instruction du chef de l’État. Les segments ont été définis par rapport à leur vocation première et par rapport à la fragilité des écosystèmes. Ce plan fait désormais des concitoyens et de tous les usagers, les défenseurs de la plage. Les plages ont été nettoyées, sécurisées, et les cabanes qui ne respectaient aucune norme ont été enlevées. A la place des bâtiments et cabanes, les plants de cocotiers mis en terre sous la conduite des agents des Eaux, Forêts et Chasse.

Les occupants des espaces libérés ont été associés. Ils se sont constitués en association ou en groupement d’intérêt économique pour s’intégrer dans le plan d’aménagement. Ce plan prévoit des parkings dont certains sont déjà construits de même que des allées pour avoir accès à la plage et pour faire du jogging, de se promener. Des gens s’y installent peu à peu, sur autorisation, en tenant compte des spécificités de chaque segment de la plage.

Plus fréquentée et plus sécurisée

L’aménagement a fait augmenter l’affluence sur les plages de Cotonou. Autrefois, les plages étaient plus fréquentées les samedis et les dimanches. Si l’affluence est toujours plus élevée les week-ends, de plus en plus de personnes s’y promènent les jours ouvrés. « Même en milieu de semaine, vous voyez (mouvement de mains) qu’il y a beaucoup de gens et à une heure avancée (vers 20h) », apprend Arnaud. « La plage est maintenant plus attirante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on y vient toujours. C’est intéressant », explique Farel.

Plus fréquentées, elles sont également plus sécurisées. Avant, à 19 h déjà, se rappelle Farel, la plage était occupée par des brigands. « Aujourd’hui, avec la police à côté, on observe moins de délinquance », fait savoir Farel en se tournant vers sa compagne comme pour solliciter son approbation. Et, instinctivement, Ariane acquiesce.

plage-4Un espace aménagé sur la place de Fidjrossè à Cotonou

« Il n’y a plus de cas de vol. On enregistrait des vols de téléphones et bien d’autres choses. Pour le moment, les policiers patrouillent la nuit, appuie Chantal, vendeuse dans une cave à vin. La plage de Fidjrossè est plus bondée », atteste-t-elle.

Farel pense que le nouvel aspect des plages à Cotonou devrait impacter positivement le tourisme. « Un touriste qui voit que l’endroit est bien propre, bien sécurisé, il n’y a ni peur, ni crainte, il va prendre du bon temps et il va en parler dans son cercle d’amis ».

« On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ».

Si l’aménagement bénéficie à un grand nombre de personnes, on note des grincements de dents chez certaines personnes, notamment ceux qui ont vu leurs cabanes détruites. « Je louais mes cabanes, j’avais beaucoup de clients et ça me rapportait assez de revenus », apprend Pacôme. Comme beaucoup d’autres, il a été obligé de renoncer à cette activité faute d’endroit propice. « On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs. Pour rendre belles nos plages, il était inévitable de déguerpir certains occupants », confie une autorité sous couvert d’anonymat.

Si certains bars et restaurants ont vu leur chiffre d’affaires augmenter, certains ont enregistré une baisse. « L’aménagement des plages a eu un impact négatif sur notre chiffre d’affaires. On note une baisse légère de la clientèle. Les clients préfèrent aller dans les profondeurs de la route des pêches. Nous qui sommes à l’entrée de la plage n’avons plus assez de clients », explique Chantal.

Ebenezer, vendeur de coco a vu, lui, son commerce fleurir. « Notre chiffre d’affaires a légèrement augmenté. La vente a un peu augmenté et on remercie Dieu. On note une légère augmentation des clients », se réjouit-il.

plage-3L'amenagement des plages de Cotonou se poursuit

« L’Etat doit poursuivre…»

Aujourd’hui, les travaux se poursuivent pour rendre les plages béninoises plus attractives. Ceux qui ont leurs habitudes sur les plages encouragent la poursuite de l’aménagement. « L’Etat doit poursuivre, car cela participe au développement du pays », tranche Armel. « Avec la propreté actuelle de nos plages, vous-même vous avez honte de jeter quelque chose par terre. Donc, il faut poursuivre les travaux », soutient Hippolyte Cocou. Mais pour lui, il faut éduquer un peu la population béninoise parce qu’elle a tendance « à jeter tout par terre ».