Vue des participants du Panel, Zoulikha Wabi assise à droite
Derrière les ordures se cache une économie encore perfectible. Collecte, traitement, recyclage et réutilisation des matières mobilisent plusieurs acteurs et peuvent créer des activités génératrices de revenus. Encore faut-il disposer des infrastructures adaptées et organiser efficacement toute la chaîne.
C’est l’un des enjeux du panel : « Déchets urbains : une charge pour les budgets publics ou une filière économique ? », organisé lors du Forum international du cadre de vie, qui s'est tenu du 08 au 10 octobre à Cotonou. Ingénieure en environnement et énergie, spécialiste de la gestion et de la valorisation et cheffe du service études de la Société de gestion des déchets et de la salubrité (SGDS), Zoulikha Wabi a défendu l’idée que les dépenses consacrées à ce secteur ne doivent pas être considérées uniquement comme une charge pour les finances publiques.
Des investissements coûteux, mais nécessaires
De la collecte au traitement, la gestion des ordures exige des infrastructures, des équipements et des moyens humains. Pour la représentante de la SGDS-SA, ces dépenses produisent des retombées qui dépassent la seule amélioration du cadre de vie. « Ce sont des investissements qui permettent de gagner sur d’autres aspects, notamment la santé publique, la salubrité », a-t-elle expliqué.
Cette activité fait également vivre tout un réseau de professionnels. Elle cite, entre autres, les mécaniciens, qui vont travailler à la bonne gestion du matériel et des équipements, les acteurs intervenant dans l’achat, la vente et le recyclage de certaines matières récupérées.Pour Zoulikha Wabi, cet écosystème représente un investissement visible, mais aussi un bénéfice potentiel pour l’ensemble de la population.
De la mise en décharge à la valorisation
Au Bénin, l’enfouissement reste une pratique importante, selon la spécialiste. Elle a rappelé qu’au lancement de la SGDS, les ordures étaient principalement acheminées vers les décharges.
Depuis, des initiatives de tri ont été engagées sur certaines infrastructures de la société. De grands projets sont également en cours de développement pour construire de nouvelles installations et renforcer les équipements existants. L’objectif est de récupérer davantage de matières réutilisables et de limiter les effets sur l’environnement. « C’est une charge surtout lorsque les déchets ne sont pas bien traités. Mais ça peut devenir une ressource jusqu’à un certain niveau lorsque la gestion adaptée sur tous les maillons de la chaîne est bien réalisée », a résumé Zoulikha Wabi.
La transformation des matières récupérées en ressources exploitables suppose notamment de mieux organiser leur séparation, leur collecte et leur acheminement vers les filières de recyclage ou de réutilisation.
Le tri à la source, un défi collectif
Pour améliorer la valorisation, les efforts doivent commencer dans les ménages. Le tri à la source comme l'a expliqué la spécialiste consiste à séparer les différentes catégories d’ordures dès leur production afin de faciliter leur traitement. Cette pratique se heurte cependant à des obstacles logistiques et comportementaux. « Pour le tri à la source, les contraintes principalement liées sont les contraintes logistiques et une prise d’habitude », a indiqué la spécialiste.
Le développement de la pratique de tri à la source nécessite une sensibilisation des populations, l’adoption de nouveaux comportements et la mise à disposition d’équipements adaptés. Mais le geste des ménages ne suffit pas selon la spécialiste de la gestion et de la valorisation qui estime qu’un système de collecte séparée doit assurer la continuité du processus. « Si le ménage fait le tri, l’autre partie, c’est la collecte », a rappelé Zoulikha Wabi. Les matières séparées doivent ensuite être acheminées vers les professionnels capables de les réutiliser ou de les valoriser.
Des filières à mieux structurer
Les pratiques de réutilisation existent déjà, souligne la cheffe du service études de la SGDS-SA. Certaines matières récupérées alimentent des activités économiques locales. Elle estime que ces initiatives pourraient toutefois gagner en stabilité et en traçabilité grâce à une meilleure organisation et à un soutien adapté. « Il faut aussi qu'il y ait l'indicateur qui soit présent. Donc c’est toute une chaîne et chaque acteur à une importance », a insisté la cheffe du service études de la SGDS.
Le Forum International du Cadre de Vie (FIC 2026) a réuni des membres du gouvernement, des investisseurs, experts, responsables d’entreprises, représentants des collectivités territoriales, partenaires techniques et financiers ainsi que de nombreux acteurs du secteur du cadre de vie.
Les discussions ont tourné autour du thème : « Économie des territoires africains : accélérer la transition vers la sobriété carbone ». L’objectif est d’identifier des solutions concrètes et durables pour accompagner la transformation des villes africaines face aux défis climatiques et environnementaux.
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