Un vendeur d’essence frelatée introduit un raccord dans le réservoir du deux-roues pour retirer le carburant déjà versé dans une moto
Sur le tronçon reliant Érévan d’Abomey-Calavi au Centre de formation professionnelle des personnes handicapées d’Akassato, une scène attire l’attention dans l’après-midi du mardi 10 mars 2026. Un sexagénaire, conducteur de taxi-moto communément appelé “zémidjan ou zém”, vêtu de la tenue traditionnelle jaune portée à Cotonou et environs, est debout, mine renfrognée, auprès de sa moto.
Aux côtés du conducteur de taxi-moto, un vendeur d’essence frelatée introduit un raccord dans le réservoir pour retirer le carburant déjà versé dans la moto. La cliente du “zémidjan”, debout à proximité, observe la scène avec curiosité.
Approchés par Banouto, les protagonistes expliquent l’origine du malentendu. Le conducteur affirme avoir cru lire sur la pancarte du vendeur que le litre d’essence était à 600 francs CFA.
Sur l’écriteau en bois posé au bord de la voie, un grand « 600 » est effectivement écrit en blanc et occupe presque toute la surface du tableau. Juste au-dessus, une petite planchette suspendue affiche toutefois « 700 », également écrit en blanc mais en caractères beaucoup plus petits et moins visibles de loin.
Selon le vendeur, ce sont les "700" inscrits sur la petite pancarte supérieure qui indique le prix réel du litre d’essence. Une disposition qui aurait induit le conducteur de taxi-moto en erreur, ce dernier n’ayant aperçu que le grand « 600 » inscrit sur le tableau principal.
N’ayant que 675 francs CFA sur lui, le conducteur demande alors au vendeur de retirer le carburant déjà versé dans son réservoir. D’où l’opération improvisée à l’aide d’un raccord.
Le litre d'essence à 700 francs CFA par endroits
Il y a encore quelques jours, le sexagénaire arrivait à se procurer de l’essence frelatée à 600 F. Depuis quelques jours, le prix de ce hydrocarbures connaît une hausse progressive dans les grandes villes du Bénin.
Selon des conducteurs de taxi-moto rencontrés à Abomey-Calavi, jeudi 12 mars 2026 par Banouto, le prix du litre d’essence frelatée est passé de 550 francs CFA à 600 francs CFA, puis de 600 à 650 voire 700 francs CFA par endroits.
À Abomey-calavi, dans certaines rues à Arconville, Gbodjo et Akassato par exemple, l'essence frelatée est cédé aux populations à 700f. Par contre, c'est à 650f à Godomey, Togoudo, Agontikon et environs.
Hors de Cotonou et Abomey-Calavi, le constat est le même. À Djrègbé, Sèmè-Kpodji, Adjarra et Porto-Novo, le litre d'essence frelatée est globalement cédé à 650 francs CFA
Le litre d'essence frelatée est a 700francs CFA à Savalou, Ouidah, Sèkandji.
À Parakou, il faut débourser plus pour avoir ce hydrocarbure frelaté. Il est vendu à 800f, selon une source locale.
À titre de comparaison, dans les stations-service formelles, le carburant reste stable pour l’instant. Le litre d’essence est vendu à 695 francs CFA, tandis que celui du gasoil est cédé à 720 francs CFA.
Les zémidjans réorganisent leurs stratégies
Face à cette flambée, plusieurs conducteurs de taxi-moto disent déjà ressentir la pression sur leurs revenus.
Pour son engin, Justin, conducteur de taxi-moto rencontré devant l’hôpital de zone Abomey-Calavi-Sô-Ava, confie recourir à l'essence frelatée.
Pour limiter les dépenses liées à la flambée du prix de l'essence frelatée, il adopte désormais une stratégie différente. « Avec cette augmentation du prix, on ne peut plus se permettre de trop rouler en disant qu’on cherche des clients. Je suis venu devant l’hôpital de Calavi ( l'hôpital de Zone Abomey-Calavi/ Sô-Ava, Ndlr) en espérant trouver des patients qui rentrent des soins. C’est mieux que de prendre la moto pour beaucoup circuler sans forcément trouver de clients », explique-t-il.
Comme lui, plusieurs zémidjans préfèrent désormais attendre les clients dans des zones stratégiques plutôt que de rouler dans à vide à la recherche de clients.
Une hausse liée aux fluctuations internationales
Pour comprendre cette flambée des prix, Banouto a interrogé Rustico Rodrigue, ingénieur financier et économiste.
Selon lui, l’augmentation observée sur le marché informel du carburant s’inscrit dans une dynamique plus large liée aux fluctuations internationales.
« Vous savez que l’essence est un produit de première nécessité. Et dès lors que vous avez un produit de cette nature qui subit des fluctuations sur le plan international, c’est normal que localement nous puissions subir également les coûts de cette augmentation-là », explique l’économiste.
Rustico Rodrigue rappelle que le prix du carburant est étroitement lié au dollar, monnaie dans laquelle se négocient les barils. « Donc dès que le dollar fluctue, c’est normal que le prix également fluctue. (…) Même si la demande n’augmentait pas, on serait obligé de constater cela parce que sur le plan international, le prix du baril a augmenté », ajoute-t-il.
Selon Le Parisien, le Brent, qui sert de prix de référence pour une grande partie du pétrole vendu en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, est repassé à 100 dollars soit 56 824,80 Franc CFA à la date du jeudi 12 mars 2026. Ce, alors que de nombreux pays ont annoncé le déblocage massif des réserves stratégiques.
Le nouveau guide suprême de l’Iran, Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi 12 mars que le pays continuerait de bloquer le détroit d’Ormuz, une route maritime essentielle pour le transport mondial de pétrole, et qu’il ne s’abstiendrait pas de « venger le sang des martyrs », rapporte The News Times.
«Préparez-vous à ce que le pétrole atteigne 200 dollars le baril » a menacé jeudi l’Iran, rapporte pour sa part Le Parisien.
Une hausse à la pompe pas automatique
Faut-il craindre une hausse prochaine du prix du carburant dans les stations-service au Bénin ? Pour l’économiste, ce n’est pas une conséquence automatique.
« Je crois qu’il ne faut pas forcément s’attendre à une augmentation systématique des prix à la pompe, du gaz et consorts. Au Bénin, les produits pétroliers vendus dans les stations sont subventionnés par l’État », rappelle Rustico Rodrigue.
Selon lui, c’est cette politique de subvention qui permet de maintenir pour l’instant les prix du carburant stables dans les stations en dépit de la flambée du prix de l’hydrocarbure Brent sur le marché international.
L’économiste prévient tout de même que « si la cote que l’État a selon les agrégats économiques est déjà atteinte ou dépassée, souffrez que nous puissions assister dans les mois, les jours à venir à une nouvelle structure de prix qui pourrait normalement entraîner de nouveaux prix à la pompe ».
Ces nouveaux prix à la pompe, poursuit-il, « peuvent agir sur l’économie locale parce que c’est de la consommation. Ce n’est qu’à travers la consommation qu’on relance l’économie ».
À court terme, l’économie pourrait absorber le choc. Mais si la tendance se prolonge, la pression pourrait progressivement se faire sentir sur plusieurs secteurs, analyse l’économiste.
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