Corruption, atteinte à la sûreté de l'Etat, association de malfaiteurs, incitation à la rebellion, harcèlement par le biais de moyen électronique, financement du terrorisme, blanchiement de capitaux, fraude fiscale, trafic de drogue, etc. Ce sont autant de faits devant la justice qui ont marqué la décennie 2016-2026 au Bénin. Sous le président Patrice Talon, diverses personnalités publiques béninoises d'envergure ont été citées dans de grands dossiers devant la justice. Si certains ont pris le chemin de l'exil, d'autres ont fait face à la justice et ont été condamnés ou attendent encore leur procès devant la Cour de répression des infranctions économiques et du terrorisme (CRIET). Dans le cadre de sa série d'articles bilan sur la gouvernance de Patrice Talon, Banouto a retenu 08 parmi les Béninois qui ont "perdu gros" sous la rupture.
1- Laurent Mètongnon
Laurent Mètongnon a passé un peu plus de la moitié du premier mandat de Patrice Talon et le début du deuxième en détention. L’ancien président du Conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a été condamné à cinq (5) de prison ferme et un million d’amende dans une affaire de "placement hasardeux" de 17 milliards de la CNSS à l’ex-Banque internationale du Bénin (BIBE). L’ex-leader syndical est accusé d’avoir bénéficié de versement de commissions à hauteur de 71 millions de FCFA dans l’opération.
Il a été interpellé le vendredi 17 novembre 2017 à la suite d’une convocation à la Brigade économique et financière (BEF) qui avait piloté les enquêtes. A l'issue de son procès au Tribunal de Cotonou, Laurent Mètongnon a été condamné à 5 ans de prison ferme. Pas d'accord avec le verdict, l'ex-syndicaliste a interjeté appel. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) s'est alors saisie du dossier et l'a condamné à la même peine en 2019. Laurent Metongnon a recouvré sa liberté le 23 novembre 2022 après les cinq (5) années passées en prison.
2- Sébastien Ajavon
"Faiseur de roi" en 2016, Sébastien Ajavon s’est rapidement retrouvé dans le camp adverse de la rupture dont il a contribué à l'avènement. L’homme d’affaire s’est retrouvé dans des ennuis judiciaires après la découverte dans un des conteneurs de sa société arrivé au port de Cotonou en octobre 2016, environ 18 kg de cocaïne d’une valeur estimée à 9 milliards de francs CFA, selon la douane. Interpellé et placé en garde à vue, Ajavon avait été relaxé au bénéfice du doute en instance.
Deux ans plus tard, l’affaire a été ressuscitée. En effet, après la décision du tribunal de première instance de Cotonou, le procureur de la République a fait appel. Un appel qu'a contesté la défense de l'homme d'affaires estimant n'avoir pas été au courant d'une telle démarche du ministère puiblic. C'est alors que le dossier s'est retrouvé à la CRIET. Sébastien Ajavon a été, une nouvelle fois, convoqué, en octobre 2018, devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme, juridiction créée en juillet de la même année. Le magnat de la volaille, qui avait déjà quitté le pays, ne s'est pas présenté aux audiences de son procès.
Au terme de la procédure, l’homme d’affaire a été reconnu coupable des faits de « trafic international de cocaïne ». Il a été condamné par la CRIET à vingt (20) ans de prison ferme et cinq (5) millions de francs CFA d'amende. Un mandat d’arrêt a été émis à son encontre. Lors de cette audience, les dix (10) avocats de Sébastien Ajavon n’ont pas pu plaider la cause de leur client. La Cour avait exigé la présence physique du prévenu. En opposition à la décision du juge, la défense de Sébastien Ajavon a saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).
Dans sa décision, la juridiction africaine a condamné, en octobre 2019, l’État béninois, dans une première décision, pour violation du droit de l’homme d’affaires de ne pas être jugé par ‘’une juridiction compétente’’. En novembre de la même année, l’institution judiciaire revient à la charge. La Cour africaine, dans une nouvelle décision, a condamné l’État béninois a versé 36 milliards de francs CFA à Sébastien pour les préjudices subis toujours dans le dossier dit de 18 kg de cocaïne. Depuis, l’homme d'affaires est toujours en exil. Conformément au verdict de la CRIET, ses biens, saisis par la justice ont été vendus aux enchères.
3- Reckya Madougou
Candidate recalée à la présidentielle de 2021, Reckya Madougou a été déclaré coupable des faits de « financement du terrorisme » dans le cadre de ce rendez-vous électoral. L’opposante à Patrice Talon pour l’élection présidentielle de 2021 a été arrêtée le 3 mars 2021 alors qu'elle sortait d'une activité de l'opposition à Porto-Novo. Placée sous mandat de dépôt après sa garde à vue à la brigade criminelle, l’ancienne ministre de la justice sous Boni Yayi a été poursuivie pour quatre chefs d'accusations à savoir « financement du terrorisme, acte de terrorisme, association de malfaiteurs et blanchiement de capitaux ».
Elle est accusée de présumé financement de l’assassinat des personnalités du pays. Selon les éléments d’enquêtes exposés par le parquet spécial de la CRIET lors du procès, Reckya Madougou aurait commis des individus pour éliminer certaines personnalités et créer le chaos dans le pays histoire de mettre fin au processus électoral. Au moment des faits, l’opposante a vu sa candidature, portée par le parti "Les Démocrates" au poste de présidente de la République rejetée par la Commission électorale nationale et autonome (CENA) pour défaut de parrainages entre autres.
Lors de son procès, l’ancienne ministre de la justice a clamé son innocence face aux accusations mises à sa charge. Assistée de ses avocats, elle a déclaré avoir été kidnappée. Au terme de la procédure, la CRIET a reconnu l’opposante coupable de « financement du terrorisme ». Pour ces faits, le juge a prononcé, le 11 décembre 2021, la peine de vingt (20) ans de prison ferme et cinquante (50) millions de Francs CFA d’amende. L’opposante a déjà purgé cinq ans de prison.
4- Frédéric Joël Aïvo
Constitutionnaliste béninois et candidat recalé à la présidentielle de 2021, Joël Aïvo a été arrêté en avril de la même année alors qu'il rentrait après ses cours à l'Université d'Abomey-Calavi. Le professeur de droit public des Universités CAMES a été arrêté après le scrutin et jugé par la CRIET. Il a été poursuivi pour les faits de « complot contre l’autorité de l’État » et « blanchiment de capitaux ». Lors de son procès, le constitutionnaliste a plaidé non coupable et rejeté les faits supposés mis à sa charge.
Le 06 décembre 2021, à l’issue du procès à la CRIET, l'universitaire béninois a été déclaré coupable des accusations mises à sa charge. L'opposant a été condamné à dix (10) ans de réclusion criminelle et quarante-cinq (45) millions de FCFA d’amende.
La défense n’avait pas fait appel de la décision de la Cour. « Je vous informe que JoëlAïvo n'entend pas interjeter appel de sa condamnation par la CRIET. Le jugement deviendra donc définitif à partir de demain lundi à minuit », a fait savoir son avocate, Me Nadine Dossou Sakponou dans une brève annonce parvenue à Banouto en son temps.
5- Oswald Homéky
Arrêté le 24 septembre 2024, Oswald Homéky séjourne en prison. L’ancien ministre des sports de Patrice Talon a été reconnu coupable des faits de « complot contre l’autorité de l’État et corruption d’agent public » dans l’affaire de tentative de coup d’État contre Patrice Talon. Il a été condamné à 20 ans de reclusion criminelle et 4,5 milliards de F CFA d’amende. Selon le procureur spécial de la CRIET, l’ancien ministre des sports a été arrêté à son domicile par des agents de la Brigade criminelle en possession de 1,5 milliard de FCFA. Selon l’accusation, l’ex-ministre était prêt à transmettre les fonds à l’ex-Colonel Dieudonné Tévoédjrè (promu plus tard au grade de Général de division, Ndlr), commandant de la Garde républicaine pour la préparation du coup de force.
L’officier des Forces armées béninoises a confié, lors du procès, avoir été approché par Oswald Homéky un peu plus tôt. Mais il dit avoir joué le jeu pour avoir une preuve tangible pour convaincre le chef de l’État sur le complot en cours contre sa personne et le pays. L’ex-patron des sports a rejeté ces accusations. Il a expliqué que le montant retrouvé en possession était destiné à l’installation sur toute l’étendue du territoire, des démembrements du mouvements OB26 afin de préparer le terrain pour la candidature de Olivier Boko, homme d’affaires et ami du chef de l'Etat. Homeky a expliqué qu'il avait pour ambition de convaincre les Béninois de porter leur choix sur Boko. Mais, ses arguments n'ont pas convaincu les juges. D'où sa condamnation à l'issue du procès.
6- Oliver Boko
Dans cette affaire de tentative de coup d’État, l’homme d'affaires et ami du chef de l’État, Patrice Talon, Olivier Boko a également écopé de vingt (20) ans de prison ferme et 4,5 milliards de F CFA d’amende. Il est reconnu coupable des infractions de « complot contre l’autorité de l’État et corruption d’agent public » lors du verdict du procès prononcé le 30 janvier 2025. Olivier Boko a été placé sous mandat de dépôt après avoir été interpellé, tard dans la nuit du 24 septembre 2024.
Lors de son procès, l'ancien partenaire d’affaires de Patrice Talon a déclaré avoir été arrêté alors qu’il se rendait au domicile du chef de l'Etat qui l’aurait convié. Il est reproché à Olivier Boko de planifier ce coup avec l’ex-ministres des sports. Il est accusé d’avoir notamment mis à disposition le 1,5 milliard retrouvé au domicile de l’ancien ministre des sports.
A la barre, Olivier Boko a rejeté toutes ces accusations. Dans sa déposition devant les magistrats de la CRIET, l'ex-Colonel Dieudonné Tévoédjrè a déclaré n’avoir pas échangé directement de la planification du coup d’État avec l’ami et "frère" de Patrice Talon, Olivier Boko. Les avocats des prévenus ont quitté le procès dès l’ouverture après avoir soulevé des irrégularités. Ils ont protesté contre la composition de la Cour. Après plusieurs renvois pour permettre aux prévenus de constituer d’autres avocats pour leur défense, le procès est finalement allé à son terme avec les condamnations prononcées. Le beau-frère de Olivier Boko, Rock Nieri, également homme d'affaires a aussi été condamné à 20 ans de prison dans le dossier. Mais il est toujours introuvable. Un mandat d'arrêt a été décerné contre lui.
7- Louis Philippe Houndégnon
Louis Philippe Houndégnon compte ses jours en milieu carcéral en attendant sa nouvelle comparution devant le juge de la chambre de jugement de la CRIET pour la reprise de son procès. Après des réquisitions de deux ans de prison et deux millions de FCFA d’amende, le juge d’instance a prononcé l’incompétence de sa chambre à connaître du dossier estimant que les faits reprochés au prévenu sont de nature criminelle. L’ex-patron des flics s’est opposé à cette décision et a fait appel. Le parquet spécial, partie poursuivante a également fait appel de cette décision.
Le juge d’appel a infirmé la décision d’instance en renvoyant le dossier en instruction. Selon la chambre d’appel les infractions « incitation à la rébellion et de harcèlement par le biais d’un système électronique » sont bel et bien du ressort de la chambre de jugement de la CRIET. Louis Philippe Houndégnon devra donc repasser devant le juge de jugement.
L’ancien directeur général de la police nationale (DGPN) a été placé en détention provisoire, en novembre 2024 après son audition. Il a été arrêté dans la soirée du mercredi 13 novembre 2024 par des agents de la Brigade criminelle. Il est reproché au Général d’avoir fait des déclarations lors des sorties médiatiques alors qu'il aurait « le devoir de réserve », a fait savoir le ministère public. Il s'est prononcé sur plusieurs sujets d’actualités notamment sa mise à la retraite d’office et la stratégie de lutte contre le terrorisme au Bénin.
8- Candide Azannaï
Le président du parti Restaurer l’Espoir, Candide Azannaï est en attente de son procès à la CRIET. Membre de la coordination de la Résistance nationale (mouvement d'opposition né en 2019 pour dénoncer les supposées dérives du pouvoir en place, Ndlr), l’ancien ministre délégué chargé de la défense de Patrice Talon a été arrêté et placé sous mandat de dépôt au lendemain du coup d’État déjoué du dimanche 7 décembre 2025.
Présenté au procureur spécial le 20 décembre 2025, après quelques jours de garde à vue, l’opposant a été inculpé pour « complot contre l'autorité de l'État » et « provocation directe à la rébellion ». Les investigations se poursuivent dans le dossier de l’ex-ministre et de plusieurs autres personnes inculpées dans le cadre de ce coup d’État déjoué.
1 commentaire
1 commentaire
WWE
il y a 1 heure