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L’éducation s’est rapidement imposée comme l’un des secteurs les plus réformés sous la gouvernance de Patrice Talon. Face aux difficultés liées à la qualité de l’enseignement, à la gouvernance des établissements et à l’insertion des diplômés, plusieurs chantiers ont été engagés dans le primaire, le secondaire et le supérieur au Bénin. Banouto vous propose 06 réformes majeures opérées dans ce secteur.
1. L’Aspiranat et la création du fichier des Aspirants au métier d’enseignant
L’une des réformes majeures engagées sous Patrice Talon reste la mise en place du dispositif des Aspirants au métier d’enseignant (AME). Lancée officiellement en 2019, cette réforme visait à résoudre le déficit chronique d’enseignants dans les établissements publics tout en restructurant le système de recrutement dans les trois ordres de l’enseignement : maternel, primaire et secondaire. Avant cette réforme, le système éducatif béninois reposait largement sur des vacataires et des enseignants communautaires recrutés de manière informelle par les associations de parents d’élèves ou les collectivités locales.
Le gouvernement a alors créé un fichier national des Aspirants au métier d’enseignant (AME) regroupant des diplômés sélectionnés après évaluation de leurs compétences pédagogiques. Ce fichier permet désormais à l’État de recruter et d’affecter les enseignants selon les besoins des établissements publics. À travers cette réforme, plusieurs milliers d’enseignants ont été déployés dans les écoles et collèges publics, surtout dans les zones rurales.
Le système a profondément modifié la gestion des ressources humaines dans l’éducation. Mais il continue de susciter des critiques liées à la précarité du statut des aspirants et aux revendications salariales.
2. L’encadrement du droit de grève dans l’éducation
Sous Patrice Talon, le gouvernement a également engagé une réforme de l’encadrement du droit de grève dans les secteurs jugés sensibles, notamment l’éducation. Avant cette réforme, les années scolaires étaient fréquemment perturbées par des mouvements de grève entraînant des retards dans les programmes et des reports d’examens.
Pour garantir la continuité des cours, plusieurs mesures législatives ont été adoptées afin de limiter les perturbations dans les établissements scolaires et universitaires publics. Ainsi, les lois n° 2018-34 du 05 octobre 2018 et n° 2022-21 du 19 octobre 2022 qui modifient la loi n°2001-09 du 21 juin 2002 encadre la grève dans le secteur de l'éducation. Dès lors, le droit de grève est limité à un maximum de deux (2) jours par mois et par agent, et à dix (10) jours au total pour toute l'année académique.
Depuis l’application de cette politique, les écoles publiques connaissent moins d’interruptions de cours liées aux grèves. Les programmes scolaires sont exécutés avec plus de régularité et les calendriers académiques respectés dans plusieurs établissements.
Les résultats des examens nationaux ont progressivement évolué à la hausse au CEP, au BEPC et au Baccalauréat. Cette réforme reste cependant contestée par plusieurs syndicats d’enseignants qui dénoncent des restrictions des libertés syndicales et une remise en cause du droit de grève.
3. “Après mon Bac”, la plateforme numérique d’orientation des nouveaux bacheliers
Dans l’enseignement supérieur, le gouvernement a lancé la plateforme “Après mon Bac” afin de moderniser l’orientation et l’inscription des nouveaux bacheliers dans les universités et écoles supérieures. La plateforme permet aux nouveaux étudiants de consulter les filières disponibles, effectuer leurs choix d’orientation et suivre leur admission en ligne sans déplacement physique.
Avant ce dispositif, les inscriptions universitaires étaient marquées par de longues files d’attente et des lenteurs administratives. Depuis sa mise en service, “Après mon Bac” a transformé les procédures d’admission dans l’enseignement supérieur public. Les nouveaux bacheliers peuvent désormais accomplir leurs démarches à distance depuis différentes localités du pays.
Le système permet aussi une meilleure répartition des étudiants dans les filières en fonction des capacités d’accueil des universités. L’automatisation des affectations a réduit plusieurs irrégularités autrefois dénoncées dans les opérations d’orientation.
4. Les examens nationaux de Licence et Master dans le privé
La réforme des examens nationaux de Licence et de Master dans les Etablissements privés d’enseignement supérieur (EPES) constitue également l’un des changements majeurs engagés sous Patrice Talon. Lancée officiellement en 2017, cette réforme visait à renforcer le contrôle de la qualité des formations délivrées dans les universités et écoles privées du pays.
Le gouvernement a alors instauré des examens nationaux harmonisés supervisés par l’État. Désormais, les étudiants inscrits dans plusieurs filières du privé doivent composer lors d'évaluations nationales avant l’obtention de leurs diplômes de Licence et Master. Cette réforme a poussé plusieurs établissements privés à revoir leurs programmes de formation et leurs méthodes pédagogiques. Malgré les critiques de certains promoteurs d’établissements privés sur les contraintes organisationnelles et financières, les examens nationaux se sont progressivement imposés dans le paysage universitaire béninois.
5. Les cantines scolaires dans les écoles publiques
Le programme des cantines scolaires figure parmi les réformes éducatives les plus visibles du régime Talon. Relancé en 2017 en partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM), le Programme national d’alimentation scolaire intégré visait à lutter contre l’abandon scolaire et améliorer les conditions d’apprentissage des enfants, notamment dans les zones rurales.
Au lancement de la réforme, le taux de couverture des cantines scolaires était estimé à environ 31 % des écoles primaires publiques. Selon les données officielles du gouvernement et du PAM, le taux de couverture a atteint environ 75 % des écoles primaires publiques entre 2023 et 2024, avec l’objectif d’atteindre 100 % avant 2026. Le programme touche aujourd’hui plus d’un million d’écoliers répartis dans plusieurs milliers d’écoles publiques du pays. Dans plusieurs communes rurales, les cantines scolaires ont contribué à améliorer l’assiduité des élèves et à réduire les abandons scolaires.
6. La création du Conseil national de l’éducation pour piloter les réformes
Parmi les réformes institutionnelles engagées sous le régime de Patrice Talon figure la mise en place du Conseil national de l’éducation (CNE). Créé pour renforcer la gouvernance du système éducatif béninois, cet organe consultatif a pour mission de suivre les politiques publiques en matière d’éducation, d’évaluer les réformes engagées et de proposer des orientations stratégiques pour améliorer les performances du secteur.
Le Conseil national de l’éducation réunit des représentants de l’administration publique, des enseignants, des universités, du secteur privé et d’autres acteurs du monde éducatif. À travers cette réforme, le gouvernement entendait instaurer un cadre permanent de réflexion et de coordination autour des grandes questions liées à l’éducation au Bénin.
Le CNE intervient notamment sur les problématiques liées à la qualité des enseignements, aux programmes scolaires, à la formation des enseignants, à l’adéquation formation-emploi ainsi qu’à la gouvernance des établissements scolaires et universitaires. Pour le gouvernement, cette institution constitue un outil d’accompagnement des réformes engagées depuis 2016 dans le secteur éducatif béninois.
À travers ces différentes réformes, le système éducatif béninois a connu d’importantes transformations administratives, pédagogiques et institutionnelles durant les dix années de gouvernance de Patrice Talon.
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