Parlement sénégalais (Image d'illustration)
Les regards sont tournés vers l'Assemblée nationale sénégalaise. Ce lundi 29 juin 2026, les parlementaires examinent une proposition de révision de la Constitution qui promet de modifier plusieurs piliers du fonctionnement des institutions. Présentée comme une étape majeure de la refondation de l'État, la réforme intervient dans un climat politique tendu, marqué par des divergences entre les partisans du président Bassirou Diomaye Faye réunis au sein de la coalition Diomaye Président et le Pastef dirigé par l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko.
Au cœur de la controverse figurent plusieurs amendements introduits à la dernière minute. Pour leurs détracteurs, ces ajouts modifient sensiblement l'esprit du texte initial et redistribuent les rapports de force au sommet de l'État.
Une présidence davantage encadrée
Selon PressAfrik, l'une des évolutions les plus commentées concerne le statut du chef de l'État. Le projet prévoit qu'un président de la République ne pourra plus exercer les fonctions de chef d'un parti politique ou d'une coalition. Il lui sera également interdit de participer à une campagne électorale, sauf lorsqu'il brigue lui-même un nouveau mandat.
Le texte renforce aussi les obligations de transparence. La déclaration de patrimoine du président ne devra plus être effectuée uniquement lors de son entrée en fonction, mais également à la fin de son mandat. Par ailleurs, un amendement vient préciser le cadre juridique applicable à la notion de haute trahison, jusque-là peu définie dans la Constitution.
Autre changement notable : durant la période comprise entre l'élection d'un nouveau président et son investiture, le chef de l'État sortant ne pourra plus engager durablement le pays. Il sera limité à la gestion des affaires courantes.
Des pouvoirs rééquilibrés
La réforme touche également aux prérogatives présidentielles. Le pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale serait désormais limité à une seule fois par mandat. En parallèle, les motions de censure déposées contre le gouvernement seraient elles aussi davantage encadrées afin de favoriser la stabilité institutionnelle.
Le texte modifie également l'article 42 en supprimant la mention selon laquelle certaines décisions présidentielles devaient être prises « en concertation avec le Premier ministre ». Cette suppression conforte l'autorité constitutionnelle du chef de l'État dans l'exercice de certaines de ses compétences.
Ressources naturelles, élections et gouvernance locale
Au-delà des questions institutionnelles, la réforme introduit plusieurs dispositions inédites. La Constitution consacrerait désormais la souveraineté du peuple sur les ressources naturelles et le patrimoine foncier. Le gouvernement aurait l'obligation d'informer l'Assemblée nationale de toutes les conventions d'investissement relatives à ces ressources.
Le projet prévoit également la création d'un organe indépendant chargé de l'organisation des élections, afin de renforcer les garanties de transparence du processus électoral et de faciliter les recours des candidats après la proclamation des résultats.
Sur le plan de la gouvernance locale, le cumul entre les fonctions de ministre et de maire serait interdit. Les députés pourraient également se voir reconnaître une prérogative constitutionnelle supplémentaire avec la possibilité d'adopter des résolutions parlementaires.
Enfin, le texte inscrit dans la Constitution que « le mariage est l'union entre l'homme et la femme », tout en réaffirmant la responsabilité des partis politiques dans la préservation de la cohésion nationale.
Si elle est adoptée, cette révision constitutionnelle marquera une nouvelle étape dans la transformation des institutions sénégalaises. Mais au-delà du vote attendu ce lundi, les débats qu'elle suscite montrent que la redéfinition de l'équilibre des pouvoirs demeure l'un des enjeux politiques majeurs du Sénégal.
0 commentaire
0 commentaire