Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale du Sénégal
L’adoption de la révision constitutionnelle n’a pas mis fin au débat politique au Sénégal. Bien au contraire. Quelques instants après le vote favorable des députés, lundi 29 juin 2026, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a pris la parole pour revenir sur les origines du projet, répondre aux critiques de l’opposition et interpeller directement le chef de l’État. Son intervention, à la fois politique et institutionnelle, s’est surtout attachée à démontrer que le texte adopté n’est pas le fruit d’une initiative improvisée, mais l’aboutissement d’un long processus engagé bien avant l’arrivée au pouvoir de Pastef.
« Un engagement porté depuis 2014 »
Pour Ousmane Sonko, les dispositions introduites dans la Constitution trouvent leur source dans le projet politique défendu par son camp depuis plus de dix ans. « Les engagements qui viennent d'être intégrés dans la Constitution adoptée ont traversé tout le parcours politique », a-t-il affirmé, rappelant qu’ils figuraient déjà dans les programmes présentés aux législatives de 2017, à la présidentielle de 2019, puis lors des échéances électorales de 2022 et 2024.
À ceux qui reprochent l’absence d’une large concertation nationale, il oppose un argument simple : ce dialogue a déjà eu lieu. Le président de l’Assemblée rappelle que le chef de l’État avait lui-même convoqué un dialogue politique auquel avaient participé des partis, des organisations de la société civile et de nombreux acteurs nationaux. « Il n’y a pratiquement pas une seule disposition de cette réforme constitutionnelle qui n’ait été consacrée par ce dialogue politique », soutient-il.
Selon lui, les conclusions de ces échanges ont ensuite été confiées à un comité technique composé de juristes, avant d’être retravaillées pendant plusieurs mois par une autre équipe mise en place à sa demande. « Pendant des mois, le comité a travaillé… des journées entières ont été consacrées à ces textes », insiste-t-il.
Des modifications attribuées au président Diomaye Faye
L’un des passages les plus marquants de son intervention concerne les changements apportés au texte initial avant sa transmission. Selon Ousmane Sonko, plusieurs engagements issus des travaux préparatoires auraient été écartés par le président Bassirou Diomaye Faye. « S'il y a tripatouillage, ça vient du président de la République », lance-t-il, estimant que celui-ci a retenu « ce qui l'arrange et laissé de côté ce qui ne lui convient pas ».
Le président de l’Assemblée cite notamment deux dispositions qui, selon lui, symbolisent les engagements historiques de Pastef : l’obligation faite au chef de l’État de déclarer son patrimoine à l’entrée et à la sortie de ses fonctions, ainsi que l’interdiction pour le président de la République de diriger un parti politique. « Qu’est-ce qui a changé entre-temps ? », interroge-t-il, rappelant que ces principes avaient été défendus publiquement par Bassirou Diomaye Faye lorsqu’il était dans l’opposition.
Pourquoi Sonko rejette l’idée d’un référendum
L’annonce d’un référendum par le président de la République constitue l’autre point majeur de son intervention. Pour Ousmane Sonko, la consultation populaire ne se justifie pas dans ce dossier puisque le pouvoir constituant dérivé s’est déjà exprimé à travers le vote des députés. « Aujourd’hui, ici, l’Assemblée nationale a réalisé à la fois l’adoption et l’approbation », affirme-t-il, en s’appuyant sur la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel. Il rappelle que la Constitution autorise le Parlement, lorsqu’il réunit la majorité qualifiée requise, à procéder lui-même aux révisions constitutionnelles.
Dès lors, convoquer les électeurs serait, selon lui, inutile. « Pourquoi convoquer le peuple pour un référendum ? Pour demander quoi aux Sénégalais ? Est-ce que je dois déclarer mon patrimoine à la sortie ou pas ? Est-ce que je dois être président de parti ou pas ? », lance-t-il devant les députés. Au-delà de l’aspect juridique, il estime qu’une telle consultation pèserait sur les finances publiques dans un contexte où le pays doit déjà préparer les prochaines élections locales.
Un appel à promulguer la loi
Au terme de son intervention, Ousmane Sonko a adressé un message conciliant, mais ferme, au chef de l’État. « Je suggérerai au président de la République de promulguer cette loi, simplement et purement », déclare-t-il, convaincu que le vote du Parlement suffit à achever le processus constitutionnel. Pour lui, cette réforme représente « l’une des plus consolidantes » de ces dernières années. Elle contribuerait à renforcer la démocratie sénégalaise, à améliorer la transparence dans la gestion publique et à consolider les institutions.
Reste désormais à connaître la décision de Bassirou Diomaye Faye. Entre la volonté affichée du président d’organiser un référendum et l’appel d’Ousmane Sonko à une promulgation directe du texte, la réforme constitutionnelle ouvre un nouvel épisode dans les relations entre les deux principales figures politiques du Sénégal.
0 commentaire
0 commentaire