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Ouaké : des populations fâchées contre Ebomaf à Sèmèrè

Ouaké : des populations fâchées contre Ebomaf à Sèmèrè

Des femmes protestent et exigent depuis début juin 2021 la fermeture de la carrière de Makaalé exploitée par Ebomaf dans l’arrondissement de Sèmèrè 2 à Ouaké. Elles demandent à l’entreprise d’honorer ses engagements ou de partir.

Des femmes protestent et exigent depuis début juin 2021 la fermeture de la carrière de Makaalé exploitée par Ebomaf dans l’arrondissement de Sèmèrè 2 à Ouaké. Elles demandent à l’entreprise d’honorer ses engagements ou de partir.

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Un groupe de femmes proteste contre Ebomaf à Sèmèrè

 

L’entreprise de BTP Ebomaf dans le collimateur d’un groupe de femmes dans l’arrondissement de Sèmèrè 2 à Ouaké. Dans cette commune de la Donga, des femmes protestent et exigent le respect des engagements pris par l’entreprise Ebomaf depuis deux ans. A l’origine, les activités d’extraction et de concassage de granite dans la carrière de Makaalé, située à Kpakpalaré dans l’arrondissement de Sèmèrè 2.

Depuis début juin 2021, les femmes riveraines de cette carrière expriment leur colère face aux « dégâts causés par les activités d’extraction de granite » réalisées par Ebomaf dans le cadre de la réhabilitation de la route Dassa-Savalou-Djougou. Les 7 et 9 juin, elles ont manifesté contre la société. Contactée au téléphone par Banouto, Yagba Agamou, une des responsables de ce groupe de femmes a exprimé son ras-le-bol et exposé les motifs de ces manifestations.

Entre autres motifs de ces protestations, la mort d’un élève de 12 ans, sur l’ancienne carrière qu’exploitait l’entreprise de BTP. Selon nos informations, il s’agit d’une « grande et profonde fosse » située non loin des habitations, abandonnée depuis plusieurs mois par Ebomaf, désormais délocalisé sur un autre site dans la même localité.

« Nous voulons juste qu’ils quittent notre localité. Ils ont détruit notre localité. Comme ils ont refusé de remblayer la fosse, ils doivent partir. Nous ne voulons plus voir nos enfants mourir », dénonce cette femme, mère de deux enfants. Pour cette autochtone, l’entreprise n’a pas l’intention de réparer les dégâts. « Ils ont détruit le pont, les rues et lorsque nous avons demandé de réparer, ils ont dit qu’ils ne sont pas le gouvernement » accuse-t-elle furieuse. A en croire ses dires, les activités de Ebomaf dans cette localité a eu également des conséquences sur leurs activités commerciales. « Depuis que le pont est cassé nous n’arrivons plus à nous rendre au marché », se plaint-elle, évoquant l’impossibilité de traverser le pont pour rejoindre le marché d’Alédjo dans la commune de Bassila, notamment en cette saison pluvieuse.

Conséquence, elles ont décidé de prendre la rue pour exiger le « départ immédiat » de l’entreprise pour non-respect de ses engagements. « Effectivement, les femmes ont marché sur deux jours. Elles ont menacé de reprendre les manifestations avec le soutien des hommes si rien n’est fait. Ce que les femmes reprochent à la Société Ebomaf est le non-respect des engagements vis-à-vis des populations », a confirmé Lalalac Yohan Pilinga, Chef de l’arrondissement de Sèmèrè 2 contacté par Banouto le 14 juin 2021.

A l’origine, des « engagements non tenus » par Ebomaf

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Une réunion d'un groupe de femmes protestaires avec des autoités locales

 

Selon le rapport du comité de suivi consulté par Banouto, plusieurs raisons expliquent ces manifestations. Dans le document de gestion environnementale et sociale du projet d’ouverture de la carrière de granite à Makaalé, figurent plusieurs engagements dont la construction d’un module de trois classes au profit d’un collège situé dans la zone, l’aménagement de certaines pistes à Sèmèrè et la construction d’un forage pour la localité. Le comité de suivi mis en place a pour mission de veiller au respect de ces engagements.

« Ebomaf a honoré certains engagements mais il y a d’autres qui n’ont pas été respectés », confie une source proche du comité. Parmi ces autres engagements, il y a le remblayage de la fosse abandonnée. Selon les manifestantes, cette fosse est « un danger » pour la population. Si ces femmes semblent flexibles sur les autres engagements non tenus, elles n’entendent pas du tout laisser Ebomaf continuer ses activités tant que cette fosse n’est pas comblée.

« La fermeture du trou est normalement prévue à la fin d'exploitation. Mais, vu la proximité du site avec les habitations, la société a demandé en fin 2020 à délocaliser le site. La population a alors exigé à Ebomaf de combler d'abord l'ancienne fosse avant d'entamer les travaux sur le nouveau », a expliqué le chef de l’arrondissement. 

Mais les responsables Ebomaf ont proposé, précise le conseiller communal, de commencer l'extraction sur le nouveau site en faisant en sorte que les camions qui vont ramasser les concassés sur la voie retournent à Sèmèrè avec les résidus ou autres matériaux de remblais. « Depuis plus de 8 mois qu'ils ont changé de site, même un mètre cube de remblai n'est tombé dans ce mouroir », précise et déplore Lalalac Yohan Pilinga, recontacté le 29 juin 2021.

Pour calmer la situation, les autorités de la commune de Ouaké ont initié dans l’après-midi du mercredi 9 juin 2021 à l’arrondissement de Sèmèrè 2 une rencontre avec les femmes protestaires, des responsables d’Ebomaf et le comité de suivi.

Selon le rapport du comité de suivi, cette réunion a eu lieu en présence du secrétaire général de la mairie de Ouaké, des chefs des arrondissements de Sèmèrè 1 et 2, le chef service Affaires domaniales et environnementales ainsi que des agents de la police républicaine.

A l’occasion, renseigne le document, ces femmes ont exposé les problèmes et insisté pour que la fosse à l’origine de la mort d’un élève soit comblée « sans délai » par Ebomaf. Le secrétaire général Ibrahim Bamisso, poursuit le rapport, a pris l’engagement de rendre compte à sa hiérarchie afin qu’une solution urgente soit trouvée aux problèmes évoqués par les femmes.

Nouvelles menaces de manifestations

Contactée par Banouto, le lundi 28 juin, une source a Ebomaf a confié que « toutes les revendications des manifestants » de la carrière de Makaalé ont été déjà satisfaites. Mais les sources locales parlent plutôt de « satisfaction partielle », évoquant la construction du module de classe prévue dans le plan de gestion environnementale et sociale.

« Hier (Dimanche 27 juin 2021, Ndlr), j’ai reçu une délégation des femmes qui disent qu’elles ont attendu depuis une semaine et que rien n’a été fait. Elles ont dit qu’elles veulent encore manifester », a déclaré lundi 28 juin 2021 le chef d’arrondissement de Sèmèrè 2, Lalalac Yohan Pilinga.

Le conseiller communal estime que l’entreprise Ebomaf fait économie de vérité. « Aujourd’hui, ce qui constitue un danger pour les populations est toujours là : le trou laissé sur l’ancien site », a-t-il insisté. L’élu se dit préoccupé par les enfants qui sont désormais en vacances et voudront aller sur le site pour nager.

Aux dernières nouvelles, les femmes protestaires ont transmis au CA une demande d’autorisation de manifestation adressée au maire de Ouaké pour ce vendredi 02 juillet 2021. « Nous irons sur le chantier. Il s’agit d’une manifestation pacifique. Si nos revendications ne se sont pas satisfaites, les prochaines fois, les hommes vont nous rejoindre », a averti dame Yagba.