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Nouvelle flambée du prix de l’huile végétale: comment les populations s’adaptent à Cotonou et Calavi

Nouvelle flambée du prix de l’huile végétale: comment les populations s’adaptent à Cotonou et Calavi

Une nouvelle flambée du prix de l’huile végétale, communément appelée huile d’arachide, sur le marché béninois. La situation éprouve commerçants et acheteurs qui tentent de comprendre les raisons de cette nouvelle hausse galopante et d'y trouver des solutions.

Une nouvelle flambée du prix de l’huile végétale, communément appelée huile d’arachide, sur le marché béninois. La situation éprouve commerçants et acheteurs qui tentent de comprendre les raisons de cette nouvelle hausse galopante et d'y trouver des solutions.

Houéfa, revendeuse au marché Akassato dans la commune d'Abomey-Calavi

Houéfa, revendeuse au marché Akassato dans la commune d'Abomey-Calavi

Le prix de l’huile végétale est à nouveau en hausse au Bénin. Après avoir connu une légère baisse il y a quelques jours (1400 F CFA le litre), il est maintenant laissé à 1650 F CFA, voire 1700 F CFA dans les marchés et boutiques de vente à Cotonou et Abomey-Calavi. Il revient au prix auquel il était vendu courant la deuxième semaine du mois de novembre 2024, alors qu’en fin octobre 2024, il était laissé à 1100 FCFA.

 

Aboubacar est un commerçant d’Atchèkè préparé. Il fait son commerce au quartier Godomey, dans une boutique située près de la nouvelle voie en quittant la clinique Biosso pour le collège d’enseignement général de Godomey. L’huile est l’un des produits phare de son commerce, il en utilise non seulement pour frire le poisson qui accompagne l’Atchèkè. Il en met une bonne quantité dans le repas. « C'est l’huile qui fait que Atchèkè est doux. Sans huile, le gout n’est pas au rendez-vous », justifie-t-il.

 

Il dit en utiliser environ 20 litres d’huile par semaine pour son commerce. Pour ne pas rouler à perte, Aboubacar explique qu’il a essayé de revoir ses tarifs de vente d’achèkè, mais cela a suscité le mécontentement de ses clients. « Ils ne veulent pas savoir que les choses sont devenues chères. Ils refusent d’acheter quand je diminue la quantité que j’avais l’habitude de leur vendre », a-t-il conté. « Il y a des écoliers qui viennent acheter pour 50 F CFA, tu ne peux pas les chasser, ce sont des enfants ».

 

Kiosque de vente d'Atchèkè de Aboubacar

Aboubacar se ravitaille à Dantokpa mais aussi parfois dans le quartier chez « maman Claudia ». L’un de ses collaborateurs nous conduit dans la boutique de maman Claudia. C’est à Godomey Aïmevo à quelques encablures de la clinique Biosso. On y retrouve sa fille. La jeune dame nous explique qu’elle vend le litre d’huile à 1700 FCFA. Selon ses explications, c’est à 25 000 F CFA qu’elle arrive à se procurer le bidon de 25 litres d’huile jusqu’à Lomé. « Quand nous en achetons en cargaison pour la commercialisation, il faut débourser pour les frais de transport et pour la procédure douanière, c’est tout ça qui fait qu’une fois ici, nous sommes obligés de revendre plus cher pour ne pas rouler à perte », explicite-t-elle.

 

Pour une différence de prix de 50 F CFA ou de 100 F CFA par rapport aux boutiques, plusieurs personnes préfèrent faire leurs emplettes directement au marché. C’est le cas de dame Blandine. Cette mère de famille a quitté le quartier Zoca pour faire ses achats au marché Akassato. Selon ses explications, elle débourse en moyenne 400 f dans les frais de transport à moto. Ce, pour la navette aller-retour de sa maison au marché Akassato.

 

Parmi les produits qu’elle est allée se procurer au marché figure l’huile végétale. Elle le prend chez Oumar, un trentenaire vendeur de produits divers dans une boutique située au marché Akassato. Oumar vend le litre d’huile végétale à 1650 F CFA. Après avoir passé plusieurs minutes à débattre du prix, dame Blandine parvient à acheter 5 litres d’huile végétale à 8 000 francs CFA à raison de 1600 F CFA le litre.

 

Le jeune vendeur de produits variés fait savoir qu’il était au marché Dantokpa le lundi 16 décembre 2024 pour s’approvisionner en huile végétale. « J’ai voulu prendre 14 bidons d’huile d’arachide de 25 litres, mais c’est difficilement que j’ai pu en avoir 7», partage-t-il.

 

Il fait savoir que la flambée du prix de l'huile végétale n’épargne pas aussi les marques d’huiles fabriquées au Bénin. « Ceci, je vends le litre à 1600 francs CFA, car j’ai acheté le lot de 25 boites à 27 500 francs CFA alors qu’avant, on prenait la même quantité à 18 000 francs CFA », déclare-t-il en pointant du doigt une marque d’huile béninoise sur son étalage. 

 

Oumar vend de l'huile végétale à l'une de ses clientes

 

Non loin de la boutique de Oumar, dame Houéfa aussi se plaint de la flambée du prix de l’huile végétale. Elle dit avoir enregistré une perte de 1300F CFA sur sa précédente marchandise d’huile végétale. Elle se désole surtout d’un comportement observé au niveau des grossistes de l’huile végétale. « Quand tu vas chez nos fournisseurs, parfois l’huile est là et ils refusent de te vendre cela. Dès que tu reviens le lendemain, on te dit que le produit à encore connu une hausse », conte-t-elle d’une ère crispée. « C’est difficilement que j’ai acheté le bidon d’huile végétale de 25 litres à 38 500 francs CFA lundi 16 décembre 2024 », renseigne-t-elle. Elle revend le litre d’huile végétale à 1700 F CFA.

 

C’est aussi à ce même prix que dame Élisabeth vend le litre d’huile au marché moderne de Mènontin à Cotonou. Elle fait savoir qu’il y a quelques jours, le bidon d’huile a été vendu à 32 000 francs CFA mais que maintenant, cela est livré à 40 000f. Quand on lui demande ce qui peut bien justifier cette hausse du prix, sa réponse est toute faite : « C'est à vous, le journaliste, de nous expliquer ce qui se passe. Ceux, chez qui nous achetons le bidon d’huile aussi, n’arrivent pas à l’expliquer ».

 

 « Il y a des clients qui viennent acheter l’huile sans garder de bidon ni de récipient, et c’est encore à moi de leur donner ‘‘un contenant’’ », indique-t-elle. Elle fait aussi observer que des gouttes d’huile peuvent se verser en voulant servir les clients. « Quand je calcule tout cela, je me rends compte que je ne fais pratiquement pas de bénéfice », déclare-t-elle.

 

 

Pourquoi cette hausse du prix de l’huile végétale ?

 

Pour comprendre cette hausse du prix de l’huile végétale, nous nous sommes rapprochés de l’Agence territoriale de développement agricole, pôle 7 (ATDA 7). Luc Houngbé est le chargé de la communication et de la capitalisation au niveau de l’ATDA 7. Il fait d’abord noter que l’huile conditionnée dans les bidons jaunes de 25 litres et communément appelée sous nos cieux ‘‘huile d’arachide’’ n’est pas forcément fabriquée à base d’arachide. « La plupart des huiles qu’on nous envoie sont en réalité de l’huile de palme raffinée », indique-t-il. Il renseigne que les trois grands pays exportateurs de l’huile végétale sont l'Indonésie, la Malaisie et l'Argentine. Il explique que c’est parce que le prix de ces huiles a flambé dans ces pays que le Bénin ressent aussi les effets.

 

« La consommation d’huiles végétales en Afrique subsaharienne a enregistré une croissance régulière au cours de la décennie écoulée ». C'est du moins ce qu'indique le rapport des perspectives agricoles de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) 2016-2025, consulté par Banouto. Faisant remarquer une augmentation du prix de transport, le rapport avait averti que les prix élevés du transport augmenteront donc le coût des huiles végétales.

 

Selon un autre rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rapporté par l’ONU sur son site internet, les prix de l’huile végétale faite à base de soja ont augmenté en raison de la demande mondiale d’importations.  Tandis que les cotations de l’huile végétale de colza et de tournesol ont augmenté en raison du « resserrement des perspectives de l’offre mondiale sur leurs marchés respectifs », indique la même source.

 

Essai de solution pour atténuer à l’avenir les flambées de prix d’huile végétale

 

Pour pallier la hausse du prix de l’huile végétale, le chargé de la communication et de la capitalisation au niveau de l’ATDA 7, préconise une transformation locale. « A ma connaissance, il y a deux grandes entreprises de production d’huile végétale au Bénin. Et cette huile provient en réalité de la trituration de la graine de Coton », revèle Luc Houngbé.

 

« Nous avons actuellement une forte production de ‘‘l’huile rouge’’ ou l’huile de palme », renseigne le spécialiste. Il apprend que les producteurs n’arrivent même pas à écouler tout leur stock. « Puisque les pays occidentaux font le raffinage de l’huile de palme que nous avons en cargaison au Bénin, et nous la vendent chèrement, réfléchissons aussi à transformer l’huile rouge en l’huile végétale », propose-t-il.

 

2 commentaires

2 commentaires

Erwane OLIYIDÉ
il y a 1 an
@AMADOU Wakilou,, Merci pour votre témoignage!
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AMADOU Wakilou,
il y a 1 an
Vendeurs d'huile d'arachide depuis Ségbana. Vraiment, nous ne comprenons rien à cette hausse des prix de l'huile. Malheureusement, celle-ci ne semble pas prête à s'arrêter. En 2023, je vendais le bidon de 25 litres depuis Ségbana à 23 000, 24 000 ou 25 000 F maximum. Mais aujourd'hui, je suis à 36 000 F CFA le bidon. Cependant, cela s'explique par plusieurs raisons : 1. Aujourd'hui, en raison de la hausse générale des prix, le coût des sacs d'arachides a augmenté à Ségbana. 2. Les sacs d'arachides, à cause de l'utilisation des produits chimiques, produisent moins d'huile. 3. Les prestataires de services (décortiqueuses, torréfacteurs, meuniers) ont tous augmenté leurs tarifs. Cela a rendu l'huile plus chère, passant de 1 000 F à environ 1 450 F.
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