Des détenus qui proposent à un co-détenu de lui obtenir une réduction de peine. C’est l’histoire au coeur d’une procédure devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).
L’affaire oppose deux détenus à la prison civile d’Akpro-Missérété à un autre pensionnaire du centre pénitencier. Ce dernier, condamné à 10 ans de prison en première instance, accuse les deux autres d’escroquerie.
Après une première comparution devant la juridiction spéciale en avril 2026, les trois détenus étaient de nouveau devant le juge lors d’une nouvelle audience lundi 1er juin 2026.
Selon la déposition faite par le plaignant devant les juges, ses deux codétenus lui auraient promis d’intercéder en sa faveur pour obtenir l’allégement de sa condamnation. Pour ce faire, ils lui auraient soutiré la somme de 6 millions de FCFA. Cette somme, lui auraient dit les deux mis en cause, devrait servir à toucher un contact dans les rouages de l’institution judiciaire. Cela, afin de faire basculer sa peine de dix (10) ans de prison ferme à un quantum plus clément.
Le plaignant explique que pour le mettre en confiance, l’un des deux mis en cause a indiqué avoir lui-même déjà bénéficié d’une réduction conséquente de sa peine en appel. Sa condamnation serait passée de 20 ans en première instance, à 7 ans au terme du procès en appel, grâce à ce fameux contact à la Cour.
Les éléments de l’enquête présentés par la Cour laissent croire un stratagème bien ficelé par les deux mis en cause. Le plaignant a été emmené à transférer la somme qui lui a été soutirée via téléphone mobile. Et coïncidence ou ruse calculée, le patronyme du titulaire du compte destinataire des fonds s’est avéré être identique à celui du président de la CRIET.
Confirmation de la condamnation et un nouveau procès
L’affaire a éclaté au grand jour après le procès en appel du plaignant. Le détenu qui espérait, après la promesse de ses deux codétenus, une réduction de peine a vu sa condamnation confirmée. Se sentant trahi par les deux mis en cause, il saisit la justice.
Convoqués à la barre lors de la précédente audience, les deux détenus mis en cause ont rejeté les faits. S’ils reconnaissent avoir reçu une telle somme du plaignant, ils donnent une explication sur la destination de l’argent.
Selon eux, une partie de l’argent qu’ils ont reçu était un prêt. L’autre partie, affirment-ils, devrait leur permettre de s’attacher les services d’un bon avocat pour la défense du plaignant. Ils assurent qu’il n’a point été question de soudoyer quelqu’un dans les rouages de l’appareil judiciaire pour obtenir une quelconque réduction de peine.
Les deux mis en cause ont expliqué avoir déjà remboursé la somme de deux millions FCFA au plaignant après sa colère.
Réquisitions du ministère public
La version des faits des mis en cause n’a pas convaincu le parquet spécial près la CRIET. Lors de l’audience du lundi 1er juin 2026, le substitut du procureur spécial a proposé à la Cour de retenir les deux mis en cause dans les liens de la détention pour les infractions de « trafic d’influence et de complicité de trafic d'influence ».
Pour ces faits, le magistrat a demandé à la Cour de les condamner, chacun, à sept ans de prison ferme et à un million de FCFA d'amende. Il a également demandé à la Cour de condamner les prévenus à payer solidairement la somme de quatre millions de FCFA restant à la victime.
A la suite des réquisitions du ministère public, devraient suivre les plaidoiries de la défense. Mais l’audience a été renvoyée en raison de l’absence de l’avocat de la défense.
La prochaine audience dans cette affaire est programmée pour le 22 juin 2026.
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