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CAN Maroc 2025 : les Guépards du Bénin, entre promesses de jeu et urgences offensives

CAN Maroc 2025 : les Guépards du Bénin, entre promesses de jeu et urgences offensives

Quatre matchs, une victoire, trois défaites, sept buts encaissés et deux inscrits. Le parcours des Guépards du Bénin à la CAN Maroc 2025 a livré des enseignements contrastés. Sélectionneurs, entraîneurs et analystes livrent leurs lectures d’un tournoi où se mêlent progression collective, limites offensives et interrogation sur la formation de base.

Quatre matchs, une victoire, trois défaites, sept buts encaissés et deux inscrits. Le parcours des Guépards du Bénin à la CAN Maroc 2025 a livré des enseignements contrastés. Sélectionneurs, entraîneurs et analystes livrent leurs lectures d’un tournoi où se mêlent progression collective, limites offensives et interrogation sur la formation de base.

Les Guépards du Bénin

Les Guépards du Bénin

Dans les couloirs des stades marocains comme dans les centres techniques de Cotonou, la campagne des Guépards continue de nourrir les débats. Le Bénin a quitté la CAN 2025 en huitième de finale face à l’Égypte, mais son passage dans la compétition a exposé autant de fragilités que de promesses, au fil de quatre rencontres qui ont dessiné les contours d’une équipe en transition.

 

Engagés dans une phase de reconstruction sous la houlette de Gernot Rohr, les Guépards se présentaient au Maroc avec un effectif rajeuni, largement issu du travail effectué dans les catégories U17 et U20. Une orientation assumée vers la formation locale et l’intégration progressive de jeunes joueurs, dans un environnement continental relevé, face à des adversaires comme le Sénégal, le Nigeria, l’Égypte ou le Botswana. Le bilan chiffré – une victoire, trois défaites – résume imparfaitement un tournoi où le contenu du jeu a parfois compté autant que le résultat.

 

Lectures croisées d’un parcours contrasté

 

Pour Ghislain Patrick Agoli-Agbo, sélectionneur de l’équipe nationale masculine U15, la participation béninoise laisse une impression mitigée. « Pas mal mais ils peuvent mieux faire », résume-t-il, en pointant immédiatement le principal angle mort : l’animation offensive. « On n'a pas encore une équipe qui peut jouer en offensive, surtout qu'on n’a pas des attaquants qui font peur à la défense adverse ballon au pied ou pas », observe-t-il, en référence à des Guépards souvent contraints de défendre bas.

 

Son analyse s’appuie sur les résultats récents face aux grandes sélections africaines. « Dans ce jeu offensif présenté à la CAN on ne fait que la première mi-temps et en deuxième on encaisse beaucoup », souligne-t-il, rappelant les lourds revers concédés ces derniers mois : « Match contre Nigeria en éliminatoires 4-0, match contre Burkina en amical 3-0, match contre le Sénégal à la CAN 3-0, match contre l’Égypte à la CAN 3-1 malgré l’effort ». Pour lui, un jeu plus prudent, basé sur la défense et les contres, aurait permis de « surprendre l'adversaire pour des victoires ».

 

À l’opposé, Ida Azonsou, sélectionneure de l’équipe nationale féminine U17, retient d’abord les jalons historiques posés par les Guépards. « Ce qu'on peut retenir du parcours des Guépards à la CAN 2025 peut être considéré comme positif, encourageant et porteur d'espoir », affirme-t-elle. Elle rappelle « une première victoire dans une phase finale de l'histoire de la CAN, contre le Botswana » et « une résilience face aux Pharaons d'Égypte qui ont un statut de favori », signes d’une équipe « en montée en puissance sur la scène africaine ».

 

Plans de jeu et réalités du terrain

 

Sur le plan tactique, les regards divergent mais se complètent. Ida Azonsou voit dans le projet du staff une évolution nette. « Le plan de jeu proposé par la sélectionneure est basé sur la possession et l'occupation du terrain, avec une capacité d'adaptation selon l'adversaire », explique-t-elle, évoquant « une sortie de balle depuis le gardien de but, même sous pression » et « une nette amélioration de notre manière de jouer ».

 

Ghislain Patrick Agoli-Agbo, lui, estime que cette orientation offensive expose l’équipe. « Il est également noté qu'on joue souvent sans attaquant et trop de perte de ballon dans notre milieu de terrain », regrette-t-il, y voyant l’une des causes majeures des buts encaissés en seconde période.

 

Le technicien de club Stanislas Akélé, entraîneur d’Ayéma FC, apporte une lecture plus statistique. « Nous avons joué 4 matchs avec 3 défaites et 1 victoire dont 7 buts encaissés et 2 buts marqués », rappelle-t-il. Il estime, avec ces statistiques, que « nous pouvons dire que nous avons bien des problèmes presque dans tous les compartiments et les plans de jeu proposés n'ont pas été efficaces à cause du niveau de compétence des joueurs ».

 

Pour lui, « les plans de jeu proposés n'ont pas été efficaces à cause du niveau de compétence des joueurs ». Selon lui, « il y a quelque chose qui est mis en place comme plan de jeu mais qui n'a pas été finalisé », les joueurs devant être capables de « réagir par rapport aux situations » indépendamment des consignes.

 

Formation, rajeunissement et limites structurelles

 

Béchir Mahamat, ex-entraîneur et journaliste-consultant, replace la CAN 2025 dans une perspective plus large. « Médiocre au niveau des résultats… mais assez encourageant », tranche-t-il, en saluant le choix de Gernot Rohr de « se concentrer essentiellement sur le rajeunissement de l'effectif » avec des joueurs « issus de la catégorie des U20 et formés au Bénin, pour la plupart ».

 

Il voit une continuité entre les travaux menés par Urbain Honfo, sélectionneur des U17, relayé par Mathias Déguénon, son ex-homologue des U20 et l’actuelle sélection A.

 

Mais cette dynamique se heurte à des failles profondes. « Tout le monde est unanime sur le manque effarant de compétitions des catégories et l'absence de suivi » de la Fédération béninoise de football, insiste-t-il, notant que « un seul club, USS Kraké, peut se targuer » d’avoir une véritable structure de formation.

 

Interrogé sur les plans de jeu, il relativise les critiques directes envers le sélectionneur. « Gernot Rohr était obligé de composer avec ses joueurs de fortune. Les plans de jeu sont faits en fonction de leurs qualités individuelles », dit-il, avant d’interroger les bases mêmes du football béninois : « Quelles sont les qualités fondamentales des footballeurs béninois ? Quel est le niveau des équipes dans lesquelles ils évoluent ? » ou encore « Est-ce que le football préféré des Béninois (petits camps et petits poteaux) est favorable à la formation de gardiens de buts, de défenseurs techniques, de meneurs de jeu… et de bons buteurs ? ».

 

Axes de travail pour l’avenir immédiat

 

Sur les perspectives, Ghislain Patrick Agoli-Agbo voit dans le match face à l’Égypte un révélateur. « Le match contre l'Égypte nous montre qu'on a du potentiel, une équipe en reconstruction avec de jeunes prometteurs », assure-t-il, plaidant pour « retourner à la base travailler sur un projet de jeu futur ».

 

Ida Azonsou met l’accent sur la finition. « Nous devons travailler beaucoup plus sur notre efficacité offensive », martèle-t-elle. « Une chose est de posséder le ballon, une bonne possession, mais il faut la finaliser également pour gagner ». Elle garde en mémoire « des Guépards très combattants… surtout contre l’Égypte », mais appelle à « travailler sur le plan offensif, nos finitions et autres ».

 

Stanislas Akélé, plus radical, estime que l’amélioration passe par le profil des joueurs. « Il n'y a pas d'amélioration… plutôt que de recruter ou de détecter ou de sélectionner des joueurs de niveau plus élevé, de rajeunir l'effectif, faciliter le placement des joueurs dans les championnats les plus distingués ».

 

Béchir Mahamat, enfin, condense l’enjeu en une formule. « La prise de conscience collective, de tous, pour ne plus perdurer dans les échecs mortifères du football béninois », évoquant la responsabilité des joueurs, des dirigeants et même des médias dans la construction d’un futur plus compétitif pour les Guépards.

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