Romaine Gandonou, la jeune attaquante qui fait trembler les filets
À Lomé, dimanche 10 mai 2026, chaque accélération de Romaine Gandonou faisait lever le stade de Kégué. Quand elle prenait le ballon, la défense ivoirienne reculait instinctivement. Quelques foulées, un crochet, puis une frappe ou une passe. Au coup de sifflet finale, le Bénin touchait son rêve en se qualifiant pour le mondial féminin U20 Pologne 2026. Elle, encore une fois, venait de marquer le match de son empreinte.
Le visage encore juvénile, mais le jeu déjà mature, Romaine Yenido Gandonou avance à une vitesse rare dans le football féminin africain. À 15 ans seulement, l’attaquante béninoise porte déjà les espoirs d’une génération entière. Son arrivée à Paris, ce mardi 12 mai 2026, confirme la dimension prise par la joueuse. Le département du football féminin du Paris Saint-Germain Féminines suit son évolution depuis plusieurs mois et souhaite désormais l’observer de plus près.
Une enfance entre football et athlétisme
Romaine Gandonou est née le 13 novembre 2010 à Akpro-Missérété, dans une famille où le football occupe une place centrale. Son père, Victor Gandonou, ancien joueur, devient très tôt son premier formateur. Sur les terrains de quartier, la petite fille apprend à jouer avec les garçons, à résister aux contacts et à frapper sans hésitation.
Le football ne suffit pourtant pas à son énergie débordante. Très jeune, elle pratique aussi l’athlétisme. Cette discipline forge une partie essentielle de son identité sportive. Ses courses développent une explosivité impressionnante, tandis que le travail physique améliore sa résistance et sa puissance. Les résultats arrivent rapidement.
En avril 2024, aux Championnats Espoir d’athlétisme à Abidjan, elle décroche la médaille d’or sur 800 mètres et l’argent au lancer du javelot. Elle brille aussi en handball, aidant son équipe à remporter plusieurs trophées scolaires. Cette polyvalence se retrouve aujourd’hui dans son football. Romaine Gandonou joue avec intensité, répète les courses à haute vitesse et conserve une lucidité étonnante dans les derniers mètres.
L’explosion d’une machine à buts
Après ses premiers pas à l’académie Étoile FC Akpro-Missérété, la jeune joueuse est repérée lors d’un programme de recrutement de Tambours FC. Elle débute ensuite chez les seniors avec Aigle Royal entre 2022 et 2023, participant à la montée du club en première division. Mais c’est son retour à Tambours FC qui transforme sa carrière.
Durant la saison 2023-2024 en deuxième division, Romaine Gandonou affole les statistiques : 53 buts en 14 matchs. Une performance exceptionnelle qui fait immédiatement d’elle le phénomène du championnat féminin béninois. Tambours FC monte en D1 et sa jeune attaquante termine meilleure buteuse.
La saison suivante confirme l’ampleur du talent. Face à des défenses plus expérimentées, elle inscrit encore 19 buts en 15 rencontres et conserve son titre de meilleure réalisatrice. Entre 2023 et 2026, elle cumule 89 buts en 35 matchs.
Sur les terrains béninois, son nom circule désormais comme une évidence. Sa vitesse casse les lignes. Sa frappe surprend de toutes les distances. Son sens du placement lui permet d’apparaître là où personne ne l’attend. Les distinctions individuelles s’accumulent. Meilleure buteuse de D2, meilleure buteuse de D1, meilleure joueuse et meilleure buteuse aux Trophées Footeuses 229 : Romaine Gandonou rafle tout sur son passage.
La révélation du Mondial U20
Les éliminatoires de la Coupe du monde féminine U20 2026 changent définitivement son statut. Sous le maillot béninois, l’attaquante enchaîne les prestations spectaculaires. Elle marque quatre fois contre la Guinée lors d’un large succès 5-1. Puis un triplé face à l’Égypte dans une victoire 4-0. Match après match, elle devient le cauchemar des défenses africaines adverses. Avec 14 buts en six rencontres, elle termine meilleure buteuse de toute la zone Afrique.
Le dimanche 10 mai 2026, face à la Côte d’Ivoire au stade de Kégué à Lomé, elle conduit encore les Amazones vers l’exploit. Dès la 17e minute, l’une de ses percées sur le côté gauche débouche sur un centre en retrait repris par Hosane Soukou pour l’ouverture du score. Puis vient ce lob parfaitement exécuté après avoir anticipé la sortie de la gardienne ivoirienne. Plus tard, elle surgit encore dans le dos de la défense ivoirienne, dribble la gardienne et inscrit un nouveau but. L’entraîneur ivoirien Mathieu Esposito s’incline devant son efficacité. « Bien sûr Romaine Gandonou est une très bonne joueuse. Devant le but, ça frappe dans n'importe quelle position ».
Si Romaine Gandonou a pour habitude d’évoluer à la pointe de l’attaque, en sélection nationale U20, son entraineur Abdoulaye Ouzérou l’a souvent positionné à gauche de la ligne d’attaque. Dimanche dernier après le match contre la Côte d’Ivoire, il explique ce repositionnement tactique qui lui permet d’exprimer toute sa dangerosité.
« C'est un choix. Quand elle est sur les débuts de match dos au but, elle prend des coups. C'est une jeune joueuse qui est attendue et elle s'énerve. Donc, sur quasiment tous les matchs qu'elle a fait avec moi, elle commence à gauche et quand il y a beaucoup plus d'espace en deuxième mi-temps, elle repique dans l'axe où les défenseurs sont moins lucides ».
Ce rôle hybride révèle toute sa palette. Sur l’aile, elle accélère balle au pied, élimine en un contre un et plonge dans les espaces avec une lecture du jeu impressionnante pour son âge.
Une maturité précoce
En février 2026, Romaine Gandonou découvre déjà l’équipe nationale senior. Avec les Amazones, elle inscrit son premier but contre la Côte d’Ivoire sur penalty. Une nouvelle étape franchie avec le même calme. Malgré les projecteurs, la jeune joueuse garde un discours centré sur le travail et la discipline. « Je dirai aux jeunes filles comme moi de travailler dur, de ne pas s’amuser, d’oublier affaire de copain-copine et ça va payer un jour », déclarait-elle au micro de l’ORTB le 3 juin 2024.
À Paris, l’attaquante béninoise entame désormais une nouvelle séquence de sa jeune carrière. Sur quelques pelouses africaines, elle a déjà laissé une certitude : Romaine Gandonou ne joue pas seulement pour marquer. Elle joue pour changer d’échelle.
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