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Tanguiéta : le néré béninois, une filière balbutiante

Tanguiéta : le néré béninois, une filière balbutiante

Située au nord-ouest du Bénin et entourée des montagnes de la chaîne de l'Atacora, la commune de Tanguiéta est frontalière avec le Togo et le Burkina Faso.  Outre son marché central qui s’anime tous les lundis, elle dispose de petits marchés dans ses autres arrondissements. Parmi les produits vivriers qu’on y trouve, les plus prisés, notamment par les Burkinabè sont les graines de néré. Malgré le business interne autour de ce produit, il est encore difficile de parler de « filière néré » à Tanguiéta.

Située au nord-ouest du Bénin et entourée des montagnes de la chaîne de l'Atacora, la commune de Tanguiéta est frontalière avec le Togo et le Burkina Faso.  Outre son marché central qui s’anime tous les lundis, elle dispose de petits marchés dans ses autres arrondissements. Parmi les produits vivriers qu’on y trouve, les plus prisés, notamment par les Burkinabè sont les graines de néré. Malgré le business interne autour de ce produit, il est encore difficile de parler de « filière néré » à Tanguiéta.

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Une vue du marché central de Tanguiéta

 

Graines de néré, maïs, riz, haricot, arachides, autres produits vivriers, friperies, pagnes. Ce sont des produits qu’on trouve au marché central de Tanguiéta, dans le département de l’Atacora, au nord-ouest du Bénin. Comme tous les lundis, chaque commerçant (des femmes en majorité) étale sa marchandise et attend ses clients. Dans ce marché, la plupart des vendeuses de produits vivriers restent soit au soleil, soit à l’ombre d’un arbre. Selon elles, dans les boutiques ou sous les hangars, peu de personnes verraient leurs marchandises. En dehors des autochtones, les usagers de ce marché viennent du Burkina Faso, du Togo ainsi que d’autres communes de l’Atacora : Cobly, Matéri, Boukoumbé, Toucountouna et Natitingou.

Parmi les céréales vendues dans le marché, les plus prisées, notamment par des clients venus du Burkina Faso, sont les graines de néré. Samira est l’une des revendeuses de ce produit qui sert à fabriquer de la moutarde africaine. Le lundi 6 juillet 2020, déjà à 11 heures, le soleil était au zénith et le marché, bien animé. A quelques 10 mètres de la route principale de la ville, bébé au dos, Samira, assise à côté de ses marchandises étalées au soleil, attendait ses gros clients pour revendre ses graines de néré.

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« Ce sont des Burkinabè et des sudistes qui viennent acheter. Ils viennent régulièrement. Quand ils trouvent beaucoup ils s’en vont, sinon ils attendent et font le tour des villages pour en acheter davantage », renseigne la mère de famille qui revend les graines de néré depuis 3 ans. Samira se rend dans les villages environnants tels que Dantéga, Dassari, Ndahonta pour acheter ces graines prisées et d’autres produits vivriers. A défaut, elle achète chez les villageois qui viennent en grand nombre au marché de Tanguiéta avec des produits vivriers en tricycles tous les lundis. Acheté à 1000 FCFA en brousse ou à 1 100 FCFA dans le marché, le « Pom » (bol de près de 3 kg utilisé pour mesurer les produits vivriers dans certains marchés du nord Bénin) de graines de néré est revendu par Samira et ses paires à 1 200 FCFA.

Après plus de 10 minutes de marche, à l’intérieur du marché, se trouve Alimatou. Bol en main, elle est assise sur un tabouret, guettant l’arrivée des tricycles.  Il est déjà midi et la commerçante n’a pas encore rempli son sac de 50 kg qu’elle doit céder deux heures plus tard à son client favori. Après avoir fait le tour des petits marchés des villages, elle avait pu acheter une bonne quantité de graines de néré et voulait compléter avant de revendre à son client burkinabé.

 

Américain, le Burkinabé  

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Burkinabé d’origine, Américain est installé depuis 15 ans à Tanguiéta. L’homme de la soixantaine fait dans le commerce de graines de néré. Pom, corde et sacs de 50 kg en mains, il sillonne les coins de vente de graines de néré dans le marché central. Debout à côté des sacs déjà remplis, Américain règle la facture de son dernier achat avant notre arrivée. Le grossiste dit acheter les graines de néré à 55 000 FCFA le sac, soit 1 100 FCFA le bol qu’il revend plus tard au « bon prix de 2000 ». Il justifie l’écart entre le prix d’achat et le prix de vente par le coût du transport (pousse-pousse) du marché pour son domicile et l’achat des sacs et d’autres accessoires.  Ses clients, apprend-il, viennent de Cotonou et du Burkina Faso. 

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Pour Américain, comme les graines de néré servent seulement à fabriquer de la moutarde, si elles ne sont pas exportées, les Béninois ne pourront pas tout consommer. « Au Burkina Faso, les gens consomment beaucoup la moutarde », renseigne-t-il. L’homme pense que les échanges commerciaux entre son pays et le Bénin, notamment au niveau de cette commune frontalière, sont d’une grande importance. « S’il y a manque de maïs ou de haricot dans ce marché, les Burkinabè vont en apporter. De même, lorsque les Burkinabè manquent de quelque chose, ils viennent au Bénin. C’est l’avantage de la frontière », lance Américain. Il ajoute tout souriant que travailler à Tanguiéta « n’est pas mal ».

Mais, regrette-t-il, la fermeture des frontières en raison de la Covid-19, est devenue un obstacle pour ces échanges. « Le lundi passé (29 juin, Ndlr), celui qui doit venir acheter ici, n’a pas pu parce que la frontière est fermée. Comme on ne peut pas traverser, il y a encore 200 sacs stockés ici », se lamente Américain. De ses 15 ans de vie à Tanguiéta, il apprend que l’activité la plus exercée par les populations est le commerce.

« Du coup quand la frontière est fermée, les gens souffrent », se désole le commerçant. A l’en croire, les revendeuses de graines de néré qui ont fait des prêts « étaient en larmes » à cause de la fermeture de la frontière entre le Bénin et le Burkina Faso. « La quantité de graines de néré qui va vers le Burkina Faso est plus grande que celle qui va au sud du Bénin », fait savoir Fousséni Issa, Chef division de la régie des recettes et des affaires marchandes à la mairie de Tanguiéta.

La mairie « se contente de collecter les taxes »

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Tous les jours de marché, des agents de la mairie de Tanguiéta collecte 100 FCFA auprès des commerçants comme droit de place. Pour ce qui est de l’exportation des produits tels que les graines de néré, l’igname, le karité, le charbon ou encore le bois, la maire perçoit la Taxe de développement locale (TDL). Selon Fousséni Issa, la TDL est perçue en collaboration avec les services des impôts.

Cette taxe indique-t-il, est la même sur les produits d’exportation, quelle que soit la destination. « Quand vous laissez le camion s’échapper, la commune voisine, collecte la TDL », précise-t-il. C’est pourquoi, confie le responsable, au niveau de la commune, des personnes sont commises pour alerter à tout moment, lorsqu’ils voient un camion stationner pour charger.

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La commercialisation des graines de néré semble être l’activité phare des femmes de Tanguiéta. Mais jusque-là, il est encore difficile de parler de filière. « On se contente de collecter les taxes », déclare le Chef division de la régie des recettes et des affaires marchandes de la commune.

« Chaque pays a ses lois et sa réalité. Si on dit que le néré ne doit pas aller au Burkina Faso, on est en train d’enfreindre les textes communautaires », souligne El-Hadj Boukari Zakari, Maire de Tanguiéta, parlant des directives de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Selon lui, la commercialisation du néré est une vieille activité qui n’est pas encore maîtrisée. Les produits vivriers destinés à l’exportation, regrette le maire, viennent rarement sur le marché local.

« Ils (les commerçants étrangers, Ndlr) vont directement dans les villages. Leurs représentants savent où trouver les produits et proposent de meilleurs prix aux paysans », renseigne l’autorité. Pour le maire, il est difficile de développer le secteur parce que la fabrication de la moutarde est une activité reléguée au dernier plan. « Aucun projet de microfinance ne finance la transformation de graines de néré », fait-il remarquer. El-Hadj Boukari Zakari aurait voulu que la fabrication de la moutarde soit une activité industrielle.

Pas négligeables mais insuffisantes

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El-Hadj Boukari Zakari, maire de Tanguiéta

 

Au Burkina Faso, apprend le maire, les gens consomment la moutarde plus qu’au Bénin.  « Ils ont une sauce qu’on appelle ‘’soumbala’’, faite à base de moutarde », précise l’autorité.  Selon ses dires, ce n’est qu’à travers les taxes que la mairie essaye de faire quelques recettes sur cette activité. « Les ressources générées ne sont pas à la hauteur des attentes des populations alors que beaucoup de charges sont imputées aux ressources propres de la commune », déclare le maire, se prononçant sur les recettes réalisées grâces aux marchés de la commune.

Selon lui, dans toutes les communes du Bénin, « la mobilisation des ressources propres est un problème sérieux » parce que les recettes sont parfois « insignifiantes », surtout dans les communes reculées. A Tanguiéta, fait-il savoir, il y a deux grands marchés. « Ce que nous mobilisons comme ressources n’est pas négligeable. Mais elles ne suffisent pas pour couvrir les charges », soutient le maire.

L’autorité, relève aussi les difficultés liées à la mobilisation de ces ressources. Le maire évoque entre autres la réticence des populations qui n’est rien d’autre qu’une résultante du comportement des élus. Aujourd’hui, le défi selon lui, est de rassurer les populations que les impôts prélevés serviront à l’amélioration de leurs conditions de vie. « Il faudra sensibiliser pour en arriver à un taux de mobilisation acceptable parce qu’on est encore à 25 ou 30% », préconise-t-il.  

 

NB: Cet article fait partie de notre dossier spécial sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières au Benin, réalisé avec l’appui technique et financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au Bénin.