INVESTIGATION-REPORTAGE

Espaces frontaliers du Bénin : Karimama, une commune à découvrir

( words)

Karimama, à la frontière avec le Burkina-Faso et le Niger, est la deuxième commune prise en compte dans le cadre du dossier spécial de Banouto sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières du Bénin. Rendez-vous toute la semaine du 7 septembre 2020 pour lire nos enquêtes dans ce dossier réalisé avec l’appui de la fondation Friedrich Ebert sur la commune de la pointe nord du Bénin.

Karimama  s’imposait sur la liste des communes identifiées pour le dossier spécial de Banouto sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières du Bénin. Les premières informations recueillies sur la commune pendant la pré-enquête faisaient état d'une localité enclavée et quasiment impossible d'accès.

Les entretiens avec quelques confrères établis dans le nord confirment les premières informations recueillies sur l'inaccessibilité de la commune, mais avec des précisions. Pour s'y rendre, le trajet se fait en deux temps. Cotonou-Guéné, puis Guéne-Karimama.

Guéné est un arrondissement de Malanville, traversée par la voie inter-Etat bitumée. Le tronçon  Guéné-Karimama est par contre une piste rurale non bitumée. Poussiéreuse et jonchée de nids de poules en saison sèche, elle devient boueuse et glissante en saison pluvieuse, rendant la conduite pénible et hautement risquée pour automobilistes et motocyclistes.

Un habitué de la zone, propriétaire d’un 4x4, partage avec nous sa misère d’il y a un an. Difficilement arrivait-il à dompter le zigzag que lui imposait le sol argileux au lendemain d'une pluie en 2019. En saison pluvieuse, certains villages de la commune s'inondent, coupant en deux le tronçon. Parfois, il faut alors alterner véhicule et pirogue pour rallier Guéne à Karimama.

Des contacts nous informent aussi de l'absence d'un hébergement (hôtel, motel ou auberge) décent (existence des commodités basiques: eau courante, électricité, toilettes propres) pour un bref séjour.

La commune connait des coupures d'électricité qui peuvent durer 4 jours. Et le château d'eau étant lié au système d'électricité, pas de courant, pas d'eau. "Eh Karimama, bonne chance à eux", a d'ailleurs lancé une personne ressource contactée dans nos recherches d’un lieu d'hébergement. Nous comprenons que nous allons en terrain difficile, mais restons surexcités à l’idée de nous rendre en reportage à la pointe nord du Bénin.

Les vulnérabilités silencieuses

A Karimama, nous découvrons une localité enclavée, mais surtout déconnectée du Bénin.

La commune ne possède pas de radio de proximité. On y capte à peine la radio nationale et Kandi FM. En dehors des ménages de la classe moyenne qui possèdent des décodeurs leur permettant de capter les chaînes de télévision béninoises, dans les hameaux reculés, les populations s'informent avec les radios du Niger.

Elles communiquent aussi à l'aide des réseaux GSM du pays voisin. La commune étant faiblement couverte par les réseaux béninois. D'ailleurs, 10 minutes après notre départ de Guéné, nos téléphones passent en roaming avant d'afficher les réseaux béninois une fois à Karimama ville. Plusieurs autorités communales et locales communiquent à l’aide de numéros commençant par +227, le préfixe du Niger.

En plus d'être déconnectée, Karimama est sans terre. Dans cette commune agricole, à plus de 700 km de Cotonou, coincée entre le fleuve Niger et le parc national W, la terre vaut la vie. Les conflits domaniaux, liés à la quête d'un petit lopin de terre pour l'agriculture rythment d'ailleurs la vie dans les villages et en partie le fonctionnement de l'administration communale. Plusieurs familles sont partagées entre la résilience et le désespoir.

A Tilawa, village de la pointe nord du Bénin, la vie y est encore plus problématique. Le hameau est déconnecté du Bénin. Les habitants (sur)vivent beaucoup plus grâce au Niger qu’au Bénin. Se soigner, communiquer, s’informer, faire le marché…Tout se fait du côté nigérien. Seul fait réconfortant : ce dernier hameau est doté d'une école primaire publique béninoise.

Parlant d'école, Karimama est la commune des paradoxes. C’est une localité où les modules de classe manquent d'élèves. Les parents d’élèves préfèrent que leurs fils les accompagnent au champ. Pour ce faire, ils sont prêts à tout : même substituer un enfant par un autre. 

Karimama est aussi la commune de l'ingéniosité. Face à l'absence de l'énergie SBEE, certains habitants ont développé des sources alternatives d'énergie dont le moulin à farine.

Karimama est exposée à plusieurs vulnérabilités. Ces vulnérabilités engendrent chez les populations un sentiment de frustration. Des germes de radicalisation.

Malgré les efforts de l'Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (ABEGIEF), la situation à Karimama et dans bien d'autres localités frontalières interpelle la pertinence de certains choix de politiques publiques par les régimes successifs depuis 1960. Prenez le rendez-vous pour lire cette semaine notre dossier spécial sur les vulnérabilités silencieuses de Karimama. Une commune à découvrir.

A LIRE DANS CE DOSSIER

Banouto Digital

Vous aimez une presse libre et de qualité. Alors offrez-vous un accès illimité à Banouto Digital en souscrivant à un des abonnements moins chers.
1500 F CFA/mois ou 15.000 F CFA/An.

Abonnez-vous

A lire aussi ...