SECURITE-HUMAINE

CRIET: Reckya Madougou condamnée à 20 ans de réclusion criminelle et 50 millions d'amende

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Le Procès de Réckya Madougou vient de s'ouvrir ce vendredi 10 décembre 2021 à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). L’opposante béninoise est poursuivie pour « financement de terrorisme » dans le cadre de la présidentielle d’avril 2021.

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Reckya Madougou, opposante béninoise

 

Vendredi 10 décembre 2021. C’est le jour tant attendu pour l’opposante béninoise Reckya Madougou, ses proches, amis, camarades de lutte, partisans et sympathisants. Poursuivie pour « financement de terrorisme » lors de la présidentielle d’avril 2021, le procès de l’ex-ministre de la justice de Boni Yayi et candidate recalée à la dernière s’ouvre ce lundi devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Elle est poursuivie au même titre que cinq autres personnes dont des responsables de son parti 'Les Démocrates". Quatres chefs d'accusations sont retenus contre les 6 mis en cause: 

1-Financement du terrorisme

2- Acte de terrorisme

3- Association de malfaiteurs

4- Abus de fonction

L'opposante et ses cinq (05) co-accusés sont arrivés à la CRIET tôt ce matin, avant 8h15, à bord du fourgon de l'Agence pénitenciaire du Bénin (APB). Pour ce procès, le dispositif sécuritaire a été renforcé. Pour la circonstance, apprend l'envoyé spécial de Banouto, la candidate recalée est habillé en rose accompagné de lunettes plus le gilet de la prison civile de Misserété.  Plusieurs avocats assurent la défense de l'opposante de ses co-accusés dans ce dossier. 

9H00: Ouverture du procès 

La Cour est présidée par le magistrat Guillaume Lally. Le ministère public est représenté par le procureur spécial Mario Mètonou. Cinq avocats sont pour le moment dans la salle d'audience: Reckya Madougou est défendue par les avocats suivants :
- Me Antoine Vey
-Me Nadine Dossou Sakponou
-Me Robert Dossou
-Me Renaud Agbodjo
- Me Victorin Fadé

La Cour procède aux contrôles d'identité de Reckya Madougou et ses co-accusés. Il s'agit des responsables du parti Les démocrates : Bio Dramane Tidjani , coordonnateur adjoint de la huitième circonscription électorale, de Georges Saka, conseiller politique du parti de  Mama Bio Tidjani, neveu de l'opposante. 
 Ibrahim Mama Touré, ex-colonel de l'ex-gendarmerie et de Mohamed Mora Gbassiré.

09H07: Les avocats cités plus haut se constituent pour défendre Reckya Madougou, Bio Dramane Tidjani, Georges Saka et Mama Bio Tidjani. 

9H10: Me Renaud Agbodjo demande que les députés Rachidi Gbadamassi, Nazaire Sado, Mama Sanni et le ministre Modeste Kérékou puissent comparaîtrent en tant que témoin dans la procédure.  Me Renaud Agbodjo demande que le procès soit suspendu et que ces personnes soient convoquées avant la poursuite du procès. L'avocat affirme que depuis la procédure devant la commission d'instruction la défense de Madougou a toujours réclamé la comparution de ces personnes mais que le procureur et les juges de la commission ont toujours ignoré cette demande. 

09 heures 18 minutes : le ministère public représenté par le procureur spécial Mario Metonou s'oppose à la demande de Me Renaud Agbodjo. Il cite l'article 288 du code de procédure pénale pour dire que le procès doit se poursuivre sans la présence de ces personnes.  

09 heures 22 minutes : Me Renaud Agbodjo hausse le ton. L'avocat signale qu'il s'agit d'une procédure criminelle et que la défense peut exiger la présence de ces personnes. Me Renaud Agbodjo demande à la Cour de se prononcer sur sa demande avant la poursuite des débats. 

09 heures 25 minutes : le président de céans Guillaume Lally demande à Me Renaud Agbodjo sur quelle disposition du code de procédure pénale il se base pour faire sa demande. Me Antoine Vey répond. L'avocat français cite l'article 17 de la Constitution béninoise pour justifier la demande. 

Le Président de céans l'interrompt :  "Me Robert Dossou, c'est qui cet avocat"? L'avocat explique à la Cour que l'avocat français est impliqué dans cette procédure depuis le début. Sa fille, Nadine Dossou Sakponou présente ses excuses à la Cour de n'avoir pas fait la démarche requise en la matière. Celle de venir présenter au président de la Cour l'avocat français.

 9 heures 30 minutes : Me Renaud Agbodjo répond finalement à la question du président de céans. Il affirme que sa demande de faire comparaitre les autres personnes est basé sur l'article 414 du code de procédure pénale. Me Victorin Fadé, avocat de la défense, appuie Me Renaud Agbodjo par l'article 290 nouveau du code de procédure pénale. 

09 heures 36 minutes : Le président de céans Guillaume Lally constate que le ministère public n'a pas cité ces témoins à comparaître, la défense non plus.
Le magistrat demande alors la lecture de la décision de la Commission d'inscription de la CRIET qui renvoie Reckya Madougou et ses cinq co-accusés devant la chambre de jugement de la CRIET. Il s'agit de la décision de la commission d'instruction qui permet le procès de ce jour. Le président de céans procéde à la lecture des faits mis à la charge des prévenus. 

Selon l'accusation, a présenté le juge, l'ex-colonel Ibrahim Mama Touré aurait été financé par la candidate Reckya Madougou pour recruter des personnes au Togo voisin pour un projet d'assassinat à Parakou. Ce projet viserait à assassiner deux personnalités de la cité des Koburu. Il s'agit du député Rachidi Gbadamassi et de l'ex-maire Charles Toko. Ce projet devrait permettre de remettre en cause le processus électoral et permettre à Reckya Madougou dont la candidature à la présidentielle a été rejetée de revenir dans le processus. 

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Antoine Vey, avocat français de Reckya Madougou

 

09 heures 54 minutes: Le ton monte entre le président de céans Guillaume Lally et l'avocat français Me Antoine Vey, qui fait son exception de nullité de la procédure contre Reckya. "Vous avez cinq minutes pour finir nous n'avons pas à faire cela toute la journée", lui lance le magistrat. L'avocat français signale qu'il ne fera pas cinq minutes. L'avocat français dénonce la "nullité de la procédure et la partialité" de la CRIET... L'homme de droit français estime que la CRIET ne serait pas "indépendante" et quitte la salle d'audience. 

10 heures : Le président de céans Guillaume Lally demande la poursuite des débats. Le premier convié à la barre est l'accusé Mohamed Gbassiré Mora. Il est agent de la police républicaine. Selon le magistrat, le policier est poursuivi pour "abus de fonction". C'est Me Aboubacar Baparapé qui assure sa défense.

Magistrat : " En tant que policier, vous avez communiqué des informations alors que le code de procédure pénale l'interdit aux fonctionnaires de police..."
Accusé : " Je n'ai communiqué aucune information. Le vendredi 26 février 2021, je suis allé voir mon frère Alidou et je lui ai demandé de faire attention et de ne pas se mêler de la politique. J'ai l'habitude de faire des mises en garde à la veille de chaque opération", a répondu Mohamed Gbassiré Mora. 

Le policier conteste le procès verbal d'audition établi à la brigade criminelle. Il affirme n'avoir pas fait les déclarations inscrites sur le procès-verbal. Le ministère public interroge à son tour le policier Mohamed Mora Gbassiré. 
Procureur spécial : Vous n'avez pas lu le procès verbal...
Accusé : J'ai lu le procès verbal, mais je ne comprends pas ce que je retrouve ici.  

10 heures 35 minutes : l'avocat Aboubacar Baparapé interroge son client. L'homme  de droit est revenu sur certaines questions liées au procès verbal

Me Baparapé : "Aviez-vous l'intention de filer des informations à votre frère Alidou pour que la police ne vienne pas l'arrêter. Cela est lié vos liens familiaux? 

 Accusé: Je l'ai fait en tant que frère. Alidou et moi, nous avons grandi ensemble. On a fréquenté ensemble. C'est un ainé.

Me Baparapé : Le Dr Alidou vous  apporte quelle aide en tant que membre de sa famille.

Accusé: Il est plus qu'un guide pour notre famille. Il nous oriente sur le choix des filières lorsque nos frères ont le Bac

Me Baparapé : Que craignez-vous en le mettant en garde?

Accusé : Je crains qu'il ne soit arrêté à la veille des élections et que son diplôme ne devienne inutile.  Je lui ai simplement dit de ne pas se mêler à des regroupements politiques. 

10 heures 52 minutes: Mama Bio Amadou Tidjani,  transitaire, poursuivi dans le dossier, est convié à la barre. Il a été placé en garde à vue au lendemain de l'interpellation de Bio Dramane Tidjani, coordonnateur adjoint de la huitième circonscription électorale du parti Les démocrates, qui est également son oncle. L'homme est interrogé sur la disparition du téléphone de son oncle Bio Dramane Tidjani entre la CRIET et les locaux de la brigade criminelle. L'homme dit avoir conduit la voiture de son oncle Bio Dramane Tiddjani lors de son transfert à la brigade criminelle. Il a été interpellé pour la disparition du téléphone de son oncle. L'homme à la barre a confié qu'il ne s'est pas celui qui a pris le téléphone... 

11 heures 05 minutes : Ibrahim Mama Touré ex-colonel de l'ex-gendarmerie nationale fait sa déposition à la barre. 

Président de céans :  le 21 février 2021, vous avez été interpellé avec une enveloppe de 1 millions FCFA. Qui vous a remis l'argent ?

Accusé : C'est mon frère Georges Zimé Sacca qui m'a remis l'argent. Pourquoi il m'a remis l'argent ? Il m'a parlé de Charles Toko. Il m'a dit qu'il voulait réaliser un projet similaire à celui qui a été réalisé sur Ganiou Soglo (Tentative d'assassinat, ndlr). Cela devrait être une réponse à l'attaque sur Ganiou Soglo. Quand j'ai appris l'organisation de cette tentative contre Charles Toko, j'ai eu peur car je sentais ma vie en danger. J'ai utilisé la tactique du mensonge positif pour lui faire croire que cela allait marcher mais je savais que rien. J'ai fait des missions de l'ONU un peu partout. J'ai même sauvé à Kindu ( RDC) Étienne Tschisékédi, le père de l'actuel président congolais. J'ai été OPJ. Tout cela est un mensonge. À la suite, le ministère public interroge le prévenu sur ses déclarations lors de son audition ( procès verbal). 

Procureur spécial: "Vous avez dit sur procès verbal que vous devez acheter des armes au Togo. Reconnaissez-vous ça ?
Accusé : Oui, mais c'était un mensonge positif. 

Procureur spécial : Pourquoi vous dites que l'argent devrait venir de madame Madougou sur procès verbal?

Accusé : Je ne me retrouve pas dans ça. Je n'ai pas fait cette déclaration. Il y a des déclarations sur le procès-verbal que je n'ai pas fait lors de mon interrogatoire. 
Procureur : Donc les déclarations vous ont été attribuées ? Et pourtant l'enregistrement audio du procès verbal existe... 

Après le ministère public, avocate de la défense, Me Nadine Dossou Sakponou interroge le prévenu Ibrahim Mama Touré sur sa déposition. 

Me Nadine Dossou Sakponou : vous avez déclaré que les 1 millions FCFA qui vous ont été remis par Georges Saka devrait servir à payer les frais d'étude de votre fils en étude à l'étranger lors de votre première déclaration sur procès verbal à la brigade criminelle. Mais vous revenez dit qu'une lumière vous a jailli a fait que vous avez déclaré que la somme devrait servir à assassiner Charles Toko en réponse à la tentative d'assassinat de Ganiou Soglo. Ganiou Soglo est-il membre du parti Les démocrates ?

Accusé : Je ne saurai le dire.

Me Sakponou Dossou : Comment savez-vous que l'assassinat de Charles Toko pouvait créer une guerre civile et empêcher le procès électoral.

Accusé: J'ai été un analyste militaire crisogène et exogène. Je sais de quoi je parle. 

Selon Me Nadine Dossou Sakponou,  Dans l'arrêt de renvoi en jugement de Madame Madougou, il est écrit que l'argent qui doit servir à l'opération d'assassinat de Charles Toko provenait de Reckya Madougou. Mais à la barre, il affirme qu'il n'a jamais fait cette déclaration inscrite sur le procès verbal. L'avocate de la défense demande à la Cour d'en prendre acte. 

Me Nadine Dossou Sakponou : connaissez-vous madame Madougou.

Accusé : Je ne connais pas Madougou. Je n'ai pas son contact. C'est ici que je l'ai vu pour la première fois. 

12 heures : l'audience a été suspendue par la Cour. 

12 heures 18 minutes : Reprise de l'audience 

L'ex-colonel Ibrahim Mama Touré est convié à la barre. C'est Me Victorin Fadé qui l'interroge. 

Me Fadé : Georges Saka s'est-il rendu chez vous pour vous remettre l'argent ?
Accusé: Non, je me suis rendu moi-même chez lui pour prendre l'argent. C'est à la suite que j'ai été interpellé par la police républicaine... 

L'interrogatoire ne dure pas longtemps. Une autre autre avocate substituant Me Aholou-Kèkè (défense de Georges Saka), interroge ensuite l'ex-colonel. 

Avocate : Quels sont vos liens familiaux avec Georges Saka ? Étiez-vous vraiment proche ?

Accusé : Non, c'est un frère dont je n'étais plus vraiment en contact.

Avocate : comment quelqu'un dont vous n'êtes pas aussi proche peut vous demander une telle opération ?
Accusé: je ne saurai répondre.

Avocate: Vous a-t-il directement parlé de ce projet directement ?
Accusé : Il ne m'en a pas parlé directement. J'ai rassuré Georges Saka pour qu'il me remettre l'argent.  

12 heures 44 minutes : Me Renaud Agbodjo interroge le colonel Ibrahim Mama Touré sur ses accointances politiques. L'ex-colonel Ibrahim Mama Touré affirme à la barre qu'il est un observateur politique, mais reconnaît avoir battu campagne pour le président Patrice Talon en 2016 à la demande de son grand frère Aristide et sa sœur Olga (Talon, ndlr). Mais lorsque que l'avocat lui demande s'il était partisan du parti "Les Démocrates" ou membre d'une autre formation politique soutenant le président Patrice Talon, il parle dit être apolitique. "Un gendarme un jour, un gendarme toujours", a-t-il répondu à l'avocat pour exprimer sa neutralité politique.  

Interrogé par un autre avocat sur sa déclaration sur procès verbal notamment celle sur les fonds reçus de Georges Saka, conseiller politique de Madougou, l'ex-colonel Ibrahim Mama Touré n'a pas cessé de répéter qu'Il a utilisé la tactique du mensonge positif pour empêcher le présumé projet d'assassinat de Charles Toko.   

13 heures 25 minutes : Me Renaud Agbodjo revient à la charge. L'avocat  l'a interrogé à nouveau sur le montant reçu de Georges Saka notamment sur sa provenance. L'ex gendarme affirme ne pas savoir.  

13 heures 40 minutes : "C'est en vieillissant que le diable se fait moine", c'est par ces mots que Me Théodore Zinflou commence l'nterrogatoire de l'ex-colonel Ibrahim Mama Touré.
Avocat : Avez-vous fait la paix avec vos amis Talon ?

Accusé : J'ai toujours fait la paix avec tout le monde. Quand je n'étais pas en prison, je les appellais. Depuis que je suis en détention, il n'y a plus eu aucun contact.  

Avocat : est-ce que vos réponses font partie de la tactique du mensonge positif ?

Réponse : Pas du tout.  

Avocat : quand avez-vous été arrêté?
Accusé : J'ai été arrêté le 26 ou le 27 février ?

Avocat : pourquoi avez-vous dit alors devant la commission d'instruction de la CRIET que vous avez été arrêtée le 05 mars ?
Accusé : Avec l'âge, la mémoire fléchit des fois.  I

nterrogé depuis plus d'une heure après la reprise de l'audience, l'ex-colonel Ibrahim Mama Touré n'arrive plus à tenir debout pour faire sa déposition. Les juges ont demandé une chaise pour le prévenu. Depuis 13 heures 50: l'ex-colonel de la gendarmerie fait désormais sa déposition assis. 

Peu avant 14 heures, Me Aboubacar Baparapé rappelle à son client, l'ex-colonel, Ibrahim Mama Touré qu'il s'agit d'une affaire qui pourrait lui coûter 15 ou 20 ans de prison ferme. L'avocat demande à l'accusé d'être cohérent dans ses déclarations devant la Cour.  

Me Baparapé : Comment avez-vous planifié avec Georges Saka cette affaire d'attentat contre Charles Toko ?

Accusé : Je ne sais pas là où ça été planifié. Je suis un témoin et cette affaire est tombée sur moi comme un témoin involontaire.
Avocat : connaissez-vous Reckya Madougou ?
Réponse : Je ne la connais. C'est ici que je l'ai vue pour la première fois.

Avocat : L'argent prévu pour l'opération provient-il de Reckya Madougou ?

Accusé : Je ne saurai répondre. Je ne sais pas.

Avocat : et ce que vous avez déclaré sur procès verbal sur la provenance de l'argent ?
Accusé : Je n'ai jamais fait cette déclaration inscrite sur le procès verbal sur madame Reckya Madougou.

14 heures 12 minutes : le ministère public représenté par le procureur spécial décide de faire le résumé de plus de trois heures de déposition devant la Cour. Le procureur Mario Metonou est revenu sur les déclarations de l'accusé à l'enquête préliminaire sur la provenance des 1 millions qui auraient été envoyés par Madougou et sur ses modalités de transaction vers ces véritables destinataires. Le magistrat l'a confronté sur ses déclarations lors de sa déposition. L'accusé affirme ne pas se reconnaître dans certaines déclarations inscrites sur le procès verbal. Son avocat, Me Aboubacar Baparapé demande à la cour de prendre acte. 

14 heures 23 minutes: audience suspendue pour une heure

15 heures 50 minutes : reprise de l'audience. Le prevenu convoqué à la barre est Georges Saka, conseiller politique de Madougou. Le prévenu fait sa déposition assis. L'homme a été arrêté le 26 février 2021 quelques minutes seulement après avoir remis la somme de 1 million FCFA à l'ex-colonel Ibrahim Mama Touré. 

Président de céans : vous connaissez Ibrahim Mama Touré ?

Accusé : Oui. Mais je tiens à faire des précisions. J'ai des problèmes de mémoire. 

L'accusé souhaite que la Cour ne lui pose pas de questions par rapport à la date à cause de ces "problèmes de mémoire". Le prévenu reconnait avoir remis 1 million de francs CFA au colonel retraité mais précise que c'était pour régler des problèmes personnels. 

Accusé : le colonel Ibrahim Mama Touré m'a envoyé un message sur Ganiou Soglo. Il m'a dit que nous allons faire la même chose pour Charles Toko et Rachidi Gbadamassi. Je n'ai pas répondu à son message. Il est venu me voir à la maison, je lui ai dit qu'on ne pouvait pas s'en prendre à ces deux-là et que l'image des Démocrates serait détruite dans l'opinion publique. J'ai dit que le régime Talon allait s'en prendre à nous si cela venait à se réaliser. C'est alors qu'il m'a parlé d'un marabout qui pourrait nous aider à renverser la situation politique. Il a dit que le marabout est un honoraire de 250 millions FCFA. Je lui ai répondu que j'en parlerai à Reckya Madougou. J'ai réfléchi longuement à cette proposition. Je me suis finalement dit qu'il s'agit d'une escroquerie. Quand il est venu me voir quelques jours après, je lui ai expliqué que j'en avais pas parlé à Reckya Madougou. Si un tel marabout existait au Bénin, tous les chefs d'État vont courir pour venir le voir. C'est ce que je lui ai dit. Je lui ai dit que j'allais lui donner un million franc CFA pour l'aider à régler ses problèmes. Le vendredi 26 février 2021, je l'ai appelé pour venir prendre un million franc CFA parce j'avais reçu une somme de 6 millions FCFA issue de la vente de cajou. Il a pris l'argent, la police est venue m'interpeller une trentaine de minutes après.

Juge : on dit que vous avez reçu 15 millions de FCFA chez Madougou et ça a été retrouvé chez vous lors de la perquisition de la police ?

Accusé : j'ai reçu l'argent par un bus. C'est un bus qui a amené l'argent...

 Juge : est-ce que vous avez discuté d'une mission avec Ibrahim Mama Touré

Accusé : il m'a parlé de Ganiou Soglo et de Charles Toko, je lui ai dit que cette affaire allait nous accabler... 

Après l'interrogatoire, le président de céans a lu des messages échangés sur WhatsApp entre Ibrahim Mama Touré et Georges Saka.
Juge : "Vous avez dit qu'on devrait le faire sous 21 jours"

Accusé : Nous étions en train de parler de l'arrestation imminente de Reckya Madougou. Monsieur le Président, un message n'a de sens que dans son contexte. 

Juge : les 15 millions FCFA devraientt servir à quoi ?
Accusé : Pour ressusciter les cellules de ma formation politique.  

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Mario Mètonou, procureur spécial de la CRIET 

 

16 heures 36 minutes: le président de céans décide de passer la parole au ministère public. Le magistrat dit qu'il va revenir sur les messages audio échangés entre Ibrahim Mama Touré et Georges Saka. 

16 heures 37 minutes : le procureur spécial passe à l'offensive 

Procureur spéciale : c'est la première fois que vous remettez le million à votre frère Ibrahim Mama Touré de toute votre vie ?
Accusé : oui, c'est la première fois.
Procureur spécial : cela paraît quand même curieux que vous remettez un million a quelqu'un à qui vous n'avez jamais rien donné dans votre vie
Accusé : le million que j'ai remis à Ibrahim Mama Touré doit servir pour consulter le marabout. 

Procureur spécial: Pour ce projet d'assassinat de Charles Toko, vous avez nié les faits. Il a fallu la confrontation du 12 août 2021 pour que vous acceptez. 

Accusé: C'est faux. À la seule confrontation que nous avons eu, j'ai rejeté les faits... 

Procureur spécial: est-ce que vous confirmez que vous en avez parlé une fois ?

Accusé : non, je ne m'en rappelle pas.

Procureur spécial: quelle est la marque du téléphone que vous utilisez ?
Accusé : Je pense que c'était un téléphone portable de marque Infinix. Je me rappelle plus exactement. Il y a plus de huit mois que j'ai utilisé un téléphone.  

Procureur spécial: Vous avez l'habitude d'enregistrer tous vos appels téléphoniques sur ce téléphone ?
Accusé : Je ne sais pas si mes appels téléphoniques sont enregistrés sur mon téléphone. 

17 heures 34 minutes : Bio Dramane Tidjani, coordonnateur adjoint de la huitième circonscription électorale du parti Les démocrates, est convié à la barre. Le prevenu revient sur sa convocation et son audition par le procureur spécial sur une réunion qui viserait à assassiner l'activiste politique Thibault Ogou. Il dit qu'après son audition le procureur spécial l'a renvoyé à la brigade criminelle pour l'établissement de son procès verbal. C'est à la suite qu'il a été gardé à vue et placé en détention provisoire par le parquet spécial... Il a expliqué que cette réunion dont parlait le procureur spécial avait en réalité pour but de créer une fédération autour de la candidature du parti Les démocrates à la présidentielle d'avril 2021. Cette réunion dont parle le procureur spécial a eu lieu le 17 février 2021, selon l'accusé. 

Juge : quand vous avez vu Thibault Ogou et qu'il voulait faire déclaration pour dire qu'il avait échappé au kidnapping de la police républicaine, est-ce que cela ne vous a pas fait peur ?

Accusé : J'ai eu peur, mais Thibault Ogou estimait qu'il fallait relayer ça dans la presse afin que ceux qui voulaient l'arrêter puisse savoir que l'opinion publique est informée. 

Le ministrèe public l'interroge à son tour. 
Procureur spécial : quels sont vos liens avec Reckya Madougou ?

Accusé: Reckya Madougou est ma nièce. 

Procureur spécial : avez-vous échangé avec Reckya Madougou sur les législatives de 2019?

Accusé : Oui, nous avons échangé sur les députés qui ont été élus et nous avons dit que la plupart des députés étaient des anciens.

Procureur spécial: avez-vous milité aux côtés d'un parti politique lors de cette élection ?

Accusé : Non, je n'ai milité aux côtés d'aucun parti politique.
Procureur spécial : Mais nous avons des informations qui disent le contraire. Nous reviendrons sur cela. 
La défense réagit aux derniers propos du ministère public. Les avocats demandent au procureur de poursuivre avec ses questions sur ce point. Le procureur rétorque : "Je pose mes questions quand je veux". 

Dans les coulisses des négociations avec des députés pro-Talon

A la barre Bio Dramane Tidjani est revenu sur la séquence d’un projet de déclaration de soutien de députés membres des partis pro-Talon à la candidature de Reckya Madougou à la présidentielle 2021.

« Les député Souwi, Rachidi Gbadamassi, Mama Sanni et Nazaire Sado se sont rendus à Lomé pour rencontrer Madame Reckya Madougou. Il y a une première réunion avec Souwi et Sado. Ils ont affirmé lors de cette réunion qu'ils sont 21 députés prêtent à donner les parrainages. Ils ont dit qu'ils attendent que Reckya Madougou se portent candidate pour donner leur parrainage.

Le 02 février 2021, Reckya Madougou a été officiellement investi candidate du parti Les démocrates. Lorsque que nous étions en train de déposer les dossiers à la Cena. J'ai reçu un appel de Gbadamassi qui m'a  appelé pour me féliciter. Il m'a demandé de mobiliser 70 millions FCFA pour soutenir la candidature de Reckya Madougou.

Le 05 février 2021, Gbadamassi, Souwi, Mama Sanni et Nazaire Sado nous ont convié pour une déclaration de soutien en faveur de Reckya Madougou. Nous avons invité plusieurs chaînes télévisions dont canal 3. La déclaration devrait se faire dans un hôtel. Nous étions là le soir pour la déclaration quand Rachidi Gbadamassi a appris qu'on a tiré sur Ganiou Soglo. Après avoir appris cette nouvelle, il a déclaré que si on tirait sur le fils d'un ancien président qu’en sera-t-il d'un simple député ? C'est ainsi que Gbadamassi a renoncé à sa déclaration ».

À la suite de sa déclaration, l'un de ses avocats, Me Renaud Agbodjo a demandé à Bio Dramane Tidjani quel intérêt Reckya Madougou avait en organisant un projet d'assassinat de Gbadamassi ? "Aucun intérêt", a-t-il répondu.

18 heures 32 minutes : l'audience est suspendue pour 15 minutes

19 heures 09 minutes : reprise de l'audience, Reckya Madougou à la barre

Après la pause qui a duré un peu plus de 30 minutes, c’est à l’instant l’opposante et accusée Reckya Madougou qui est invité à la barre. Le juge lui lance les premières questions auxquelles elle répond.

Juge : connaissez-vous Saka Zimé Georges ?

Madougou : Oui, je le connais

Juge : avez-vous envoyé 15 millions FCFA à Georges Saka

Madougou : Oui, je lui ai envoyé 15 millions. C'est pour la mobilisation des militants et l'organisation de ma campagne électorale. Georges Saka fait partie des sages

Juge : quand avez-vous envoyé les 15 millions à Georges Saka?

Madougou : monsieur le Président, je suis heureuse de pouvoir répondre devant vous. Il y a plus de neuf mois que je suis couverte de crasse parce que j'ai osé me porter candidate à l'élection présidentielle.

Juge : Madame Madougou, répondez à la question

Madougou : je ne peux pas donner la date exacte. Je me rappelle plus de la date exacte. Je me rappelle avoir envoyé l'argent après le 07 février, date qui marque la commémoration de la mort de mon père.

Juge : les responsables de votre formation politique ont été informés ?

Madougou : Non, ils n'ont pas été informés.

 

Madougou évoque ses échanges avec Talon et Toko

Rejetant d’emblée les faits mis à sa charge, l’opposante déclare que Charles Toko qu’on l’accuse de vouloir assassiner est très proche. « La première personne à rigoler de cette affaire est Charles Toko. Charles Toko a été mal choisi dans cette affaire. C'est l'une des personnalités dont je suis la plus proche dans le régime de la rupture. J'echangeais avec Charles Toko jusqu'à mon arrestation. Charles Toko me taquinait même sur ma candidature. Je ne sais pas pourquoi je vais assassiner Charles Toko ».

Aussi soutient-elle, sa candidature n’a pas été décidé sur un coup de tête.  « J'étais sûre d'avoir le parrainage. Jusqu'à la veille de mon dépôt de candidature, j'échangeais avec le président Patrice Talon ».

 

"J'ai été kidnappée et mon téléphone a été mis sous scellé"

Dans sa déposition, Reckya Madougou a indiqué avoir été victime d'un kidnapping. « J'ai été kidnappée et mon téléphone a été mis sous scellé. Plus tard, j'ai revu mon téléphone et je ne le reconnaissais plus. Lorsque les données ont été extraites de mon téléphone, je n'étais pas présente et le contradictoire n'a pas été fait », a-t-elle déclaré. 

Après le juge, c’est autour du procureur spécial d’interroger Reckya Madougou. Le procureur spécial Mario Metonou fait la lecture des conversations échangées entre Bio Dramane Tidjani et Reckya Madougou le 24 avril 2019 peu avant les législatives de 2019. Selon le procureur spécial, Bio Dramane Tidjani aurait écrit à l'opposante que des badauds avaient été recrutés pour incendier une usine de coton et des stations d'essence pour un montant de cinq millions FCFA.

Répondant à la question du procureur, Reckya Madougou dit ne rien savoir de cette conversation évoquée par le procureur spécial.

20 heures 03 minutes : le président de céans revient sur certaines déclarations de Madougou. La candidate a affirmé lors de sa déposition avait été victime d'espionnage par le biais du logiciel Pegasus. Le magistrat souligne que le Bénin ne dispose pas de ce logiciel. Il s'en suit un débat houleux entre Madougou et le président de céans sur la question. Mais Me Robert Dossou met fin à ce débat et demande à la Cour d'aller à l'essentiel.

 

« J'ai besoin de Gbadamassi vivant, pour qu'il me rembourse mes sous »

Me Fadé Victorin prend la parole pour interroger à son tour, Reckya Madougou

Me Fadé Victorin : N'avez-vous pas appris la déclaration de Modeste Kérékou ?

Madougou : "Ah ! Le bien que j'ai fait s'est retourné contre moi. J'étais tranquille chez moi à Lomé au Togo quand Moïse Kérékou est venu me voir pour évoquer le dossier de la maison du président Mathieu Kerekou. Il m'a demandé de plaider auprès des autres chefs d'État. En tant que digne fille du Bénin, j'ai pris le dossier en main. C'est au moment où la procédure de démolition étant en cours. Plusieurs ministres ont informé Moïse que c'est son frère Modeste Kérékou qui plonge le dossier en Conseil des ministres. Mais ce que j'ai fait a été sortie de son contexte. L'Éternel des armées m'en est témoin"

Interrogée sur le présumé assassinat de Rachidi Gbadamassi, Reckya Madougou affirme ne pas vouloir la mort du député. « Le dossier dit que j'ai voulu assassiner le député Rachidi Gbadamassi. J'ai besoin de Gbadamassi vivant, pour qu'il me rembourse mes sous, pour qu'il me donne de l'argent. Je le veux vivant Monsieur le Président », a-t-elle déclaré.

20 h 48 minutes: lecture des pièces

Rapport psycologique

La première pièce lue est le rapport psychologique. Selon ce rapport, les prévenus ne souffrent d'aucune anomalie mentale. Tous les prévenus dans ce dossier n'ont jamais été condamnés. 

Rapport de moralité

Après le rapport psychologique, le rapport de moralité est présenté à la Cour. C'est l'enquête de moralité de l'ex-colonel Ibrahim Mama Touré qui est lue en premier. Selon le rapport de moralité, l'ex-gendarme aime les femmes et la cigarette. Il a 17 enfants et trois femmes. 

Georges Saka. Rapport de moralité pas favorable. Il est présenté comme un homme qui est pingre et qui n'aime pas la contradiction.

Reckya Madougou. Elle est présentée comme une femme brillante dans les études.  Sur un autre point, l'opposante est présentée comme une femme de mœurs légère qui aurait deux enfants avec deux pères différents.

Rapport de moralité favorable au policier Mohamed Mora Gbassiré et Mama Bio Tidjani.

 

20 heures 12 minutes : suspension de l'audience pour 10 minutes.

21 heures 44 minutes : reprise de l'audience

Réquisitoire du procureur spécial

Le ministère public représenté par le procureur spécial Mario Mètonou fait sa réquisition. Le procureur spécial commence son réquisitoire par l'attentat du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Il va s'en suivre une série d'exemple d'attentats terroristes à travers le monde dont celui du 13 novembre 2015 au Bataclan en France.

Selon le procureur spécial le visage du terrorisme se présente aujourd'hui ainsi à travers le monde. Le ministère public souligne que ces faits vus un peu partout dans le monde sans le savoir étaient également dans le cœur de certains Béninois.

« Loin du procès en sorcellerie sur les réseaux sociaux, messieurs les juges vous ferez votre travail en toute impartialité », a lancé Mario Metonou aux juges en charge du dossier Madogou et ses 5 co-accusés.

Selon le procureur spécial, les faits reprochés aux prévenus violent l'article 164 du code de procédure pénale qui punit le terrorisme au Bénin. Le magistrat a rappelé les faits reprochés à Madougou et ses coaccusés. Ces faits avaient été énoncés à la conférence de presse du procureur en date du 04 mars 2021, soit au lendemain de l’arrestation de l’opposante.

Le procureur spécial fait sa réquisition en fonction de chaque infraction.

Les faits d'abus de fonction sont reprochés au policier Mohamed Mora Gbassiré. Selon le procureur spécial, cet agent de la police républicaine s’est rendu coupable de ces faits en communicant des informations lors des enquêtes préliminaires.

Les faits d'acte de terrorisme. Selon le procureur spécial, les faits d'acte de terrorisme sont punis par les articles 61, 62, 63 du code pénal. Pour le magistrat, Reckya Madougou, Ibrahim Mama Touré et Georges Saka se sont rendus coupables de ces faits. Le procureur reproche à Ibrahim Mama Touré de n'avoir pas informé la police bien qu'il soit informé du projet d'assassinat de l’ex-maire Charles Toko et le député Rachidi Gbadamassi. Le procureur spécial affirme que les propos de Georges Saka ne sont pas constants. Il demande à la Cour d'en tenir compte et de le condamner en conséquence...

Sur Reckya Madougou. Le procureur spécial souligne que l'opposante a toujours nié ces faits mais que toute la procédure bat en brèche la position de Madougou. Les 15 millions de Madougou doivent servir à une entreprise de terrorisme. Ce n'est pas la première fois que Madame Madougou convoque la violence sur le champ politique », argue-t-il.

Sur Bio Dramane Tidjani, le procureur spécial informe que le prévenu aurait participé à une fausse alerte dans la présumée arrestation de Thibault Ogou, qui n'en serait pas une. Le ministère public demande qu'il soit retenu pour ces faits.

Après ses réquisitions, Mario Metonou a requis 20 ans de réclusion criminelle et 75 millions FCFA d'amende requis contre Reckya Madougou.

Pour le policier Mohamed Mora Gbassiré, le ministère public souhaite qu'il soit retenu dans les liens de la détention des faits d'abus de fonction et condamné à 7 ans de prison ferme et 2 millions FCFA. 
20 ans de réclusion criminelle requis contre Georges Saka, Bio Dramane Tidjani, Mama Bio Tidjani et Ibrahim Mama Touré. Il n'y a pas eu d'amende pour eux.


22 heures 35 minutes : suspension de l'audience à la demande de la défense.

​​​​​23 heures 17 minutes: reprise de l'audience

A la reprise, le président de la Cour de céans, Guillaume Lally demande à la défense de faire ses plaidoiries. 

Plaidoiries des avocats de la défense

Me Aboubacar Baparapé est le premier à prendre la parole. Il demande à la Cour de savoir si c'est 5ans ou 7 ans qui a été requis contre son client, le policier Mohamed Mora Gbassiré.

Le président de céans affirme que c'est 7 ans ferme et deux millions d'amende qui ont été requis contre son client. "C'est la Cour des 20ans. C'est la Cour des 10 ans", commente l'avocat. 

« Tout ce qui a été dit depuis ce matin, on a préféré aller aux États-Unis, à Bali et au Niger pour dire que le terrorisme a gagné notre pays. Monsieur le Président, je vous prie de ne pas tenir compte de la manière dont les faits vous ont été présentés par l'accusation pour condamner. Car le but de l'accusation est de condamner », a-t-il plaidé. 

"Clémence" demandée pour le policier Mohamed Mora Gbassiré

Revenant sur les faits reprochés à son client, Me Aboubacar Baparapé affirme que cela n'est pas un crime d'avertir son frère sur les dangers de militer dans un parti politique. « Monsieur le président, dans le secret de votre délibéré, vous aurez la clémence de libérer mon client », a plaidé l’avocat rappelant à la Cour que le rapport de moralité est favorable à son client.

Relaxe plaidée pour Ibrahim Mama Touré, le colonel à la retraite de l'ex-gendarmerie

Assurant la défense du colonel à la retraite de l’ex-gendarmerie , Ibrahim Mama Touré, Me Aboubacar Baparapé demande également la remise en liberté de son client. « Monsieur le Président, montrez dans le secret de votre délibéré que vous ne recevez pas vos ordres de la présidence. Rendez justice à nos clients », a-t-il conclu.

 

« Georges Saka n'a rien à faire ici »

À la suite de Me Baparapé, c'est Me Aballo qui plaide. Il est l'un des avocats de Georges Saka. L'avocat dénonce certains audios attribués à son client devant la commission d'instruction. "La commission a travesti les faits. Elle a choisi ce qui l'arrange. Je ne sais même pas son rôle dans ce dossier. Il y a trop d'arguments et de questions suspicieuses de la part du procureur. Il n'y a pas la vérité des des faits dans ce dossier. Mon client Georges Saka n'a rien à faire ici. On ne peut affirmer que mon client a tenté de faire ça", reproche-t-il.

« Sur l'élément intentionnel, on prête à mon client qu'il a reçu 15 millions FCFA de Madame Reckya Madougou et que cela aurait suffi. De quoi parle-t-on ? Pourquoi aujourd'hui, on veut s'accrocher aux discussions entre mon client Georges Saka et l'ex-colonel Ibrahim Mama Touré pour essayer de faire des rapprochements », a relevé avant de conclure : « Monsieur le Président, vous relèverez dans le secret de votre délibéré que les faits reprochés à mon client Georges Saka n'existe pas. Monsieur le Président, vous relaxerez purement et simplement mon client ».

00 heures 15 minutes : Me Josette Attadé fait sa plaidoirie

« En écoutant la réquisition du procureur, je me suis demandé pourquoi nous sommes encore en retard en matière de cinéma au Bénin ? Et pourtant », attaque l’avocate. L’avocate estime que les faits reprochés à son client, Georges Sacca ne reposent que sur les déclarations d’un autre prévenu.

« Je vous le dis, toutes les réquisitions du ministère public ne se reposent que sur les déclarations du sieur Ibrahim Mama Touré. Amusons-nous à retirer les déclarations du sieur Ibrahim Mama Touré et vous verrez que Madame Reckya Madougou, Georges Saka et les autres n'ont plus rien à faire dans ce dossier », a-t-elle plaidé, demandant la libération de son client.

 

00 heures 29 minutes : Me Nadine Dossou Sakponou plaide

L'avocate commence sa plaidoirie sur l'enseignement de l'empereur Alexandre Le Grand sur la richesse et pouvoir. Le Grand enseigne que l'on ne peut rien ramener dans la tombe. "Nue, nous sommes venus. Nue, nous retournerons", a-t-elle rappelé. « Je plaide pour que le monde entier puisse voir ce que la justice béninoise est devenue », a-t-elle lancé ensuite.

L'avocate revient sur certaines déclarations inscrites sur l'arrêt de renvoi en jugement de Madame Reckya Madougou et de ses cinq co-accusés. C'est cet arrêt qui permet le procès. L'avocate remet à la Cour l'ordonnance de non-lieu rendue dans l'affaire Patrice Talon et un extrait du livre "Je ne suis pas un héros" écrit par le magistrat Angelo Houssou sur les "affaires Talon" relative à la tentative d’empoisonnement de Boni Yayi et tentative de coup d’Etat.

L'avocate fait savoir que le juge dans ce dossier a estimé qu'il n'y a pas eu commencement d'exécution de l'acte. « Nous sommes dans un dossier similaire à celui du président Patrice Talon. Je demande à la cour d'appliquer la jurisprudence de l'affaire Talon dans ce dossier », estime l’avocate. Me Nadine Dossou Sakponou indique que si la cour respecte la jurisprudence de l'affaire, elle doit acquitter Reckya Madougou et ses coaccusés.

Me Renaud Agbodjo fait ensuite référence à une jurisprudence récente de la Cour de cassation française dans l'affaire de l'entreprise de cimenterie Lafarge. L'entreprise française a été poursuivie pour financement de terrorisme en Syrie. Lafarge aurait financé le groupe terroriste Etat islamique en contrepartie de la sécurité des installations de sa filiale en Syrie.

Sur cette base, l'avocat demande à la Cour de constater que dans son dossier le ministère public n'a pu prouver que Reckya Madougou et Georges Saka ont été en contact avec des organisations ou des groupes pour un présumé acte de terrorisme.

De ce fait, Me Renaud Agbodjo demande à la Cour de prononcer la relaxe de Reckya Magougou. « Monsieur le président, je me suis déjà refusé de plaider devant la CRIET depuis octobre 2018 après que votre prédécesseur m'a refusé la parole parce que mon client Sébastien Ajavon n'était pas présent. J'estime qu'elle n'est pas libre. Sachez que l'histoire va libérer Reckya Madougou. Si vous n'acquittez pas Reckya Madougou, Jésus va l'acquitter. Allah va l'acquitter », conclut-il.

2 heures: suspension de l'audience

3 heures 06 minutes: reprise de l'audience

Les plaidoiries se poursuivent. Me Victorin Fadé fait sa plaidoirie après cette longue suspension. L'avocat assure la défense de Georges Sacca. Selon Me Fadé, Parakou regorge de gens qui peuvent se rendre coupables des fait reprochés à son client et ses coaccusés. Mais, il estime que "Georges Sacca ne présente aucun critère qui permet à Ibrahim Mama Touré de se rapprocher de lui pour présenter de tels faits".

"Je voudrais inviter votre cour à redorer son image. Monsieur le président, liberez Madougou et vous soignerez l'image de votre cour", a-t-il terminé.

3heures 24 minutes: plaidoirie de Me Zinflou

Après Me Fadé, Me Théodore Zinflou plaide. L'avocat rappelle à la Cour que Reckya Madougou est commandeur de l'ordre national et que la Cour doit faire honneur au Bénin en ne condamnant pas Reckya Madougou.

Me Zinflou demande à la cour de ne pas tenir compte des déclarations de Ibrahim Mama Touré. Selon l’avocat, ses déclarations sont contradictoires. Il plaide pour la remise des choses saisis chez Reckya Madougou lors de la perquisition.

03 heures 47 minutes : Me Robert Dossou plaide.

Il est le dernier avocat de la défense à plaider. « La décision qui a été prise ce matin par mon confrère parisien, je l'approuve. Il y a une anomalie dans cette procédure depuis le début ».

 

Les déclarations de Rachidi Gbadamassi le 18 février 2021 sont dans le viseur de Me Robert Dossou. Lors d’une sortie médiatique ce jour-là, le député a déclaré que '' Reckya Madougou est à la solde d'une puissance étrangère". L'avocat affirme que ces déclarations sont graves et que la justice devrait s'autosaisir, mais déplore qu'il n'y ait rien eu.

« Certains de nos dossiers constituent un outrage à Dieu et révèle une malédiction. Lorsque vous assimilez des affaires politiques au terrorisme, vous attirez la malédiction sur vous. La justice est d'essence divine, faites attention. Mettre Modeste Kérékou et Rachidi Gbadamassi de côté et poursuivre pour des faits de terrorisme. Ce n'est pas bon. »

« Ouvrez la case aux oiseaux. Laissez-les s'envoler », entonne-t-il. « La dernière fois que j'ai chanté ici, vous avez condamné à 10 ans (dossier Joël Aïvo, ndlr). J'espère que ce ne sera pas la même chose aujourd'hui ? », veut espérer l’avocat avant de conclure: " Nous avons l'impression que les avocats ne sont plus entendus et que les clauses sont connues d'avance". 

04 heures 19 minutes: Reckya Madougou et ses 05 co-accusés à nouveau conviés à la barre

Les plaidoiries sont terminées. Le président de la cour de céans invite Reckya Madougou et ses coaccusés à la barre. C'est pour leurs derniers mots avant la suspension pour le délibéré. 

Reckya Madougou demande à faire une lecture. Le président de céans s'oppose. Mais Reckya Madougou insiste. "C'est 20 ans d'une vie qui sont en jeu et mes enfants m'attendent à la maison", a-t-elle réagi. Le juge lâche du lest après cette réaction de Madougou. 

Les derniers mots de Reckya Madougou

 

"Une femme qui se bat pour gagner dignement sa vie a été traînée dans la boue et présentée comme une femme aux mœurs légères"

" Éric Zemmour a déclaré dans son ouvrage : La France n'a pas dit son dernier mot"
Je l'approprie au Bénin. "Le Bénin n'a pas dit son dernier mot". Je le cite : " Dans la vie des Nations  comme dans la vie des individus, on passe par des phases d'abattement qui précède aux redressements par des phases de déclins qui annoncent une renaissance. Monsieur le Président, trente minutes avant mon enlèvement le 03 mars 2021, j'avais déclaré à tous les fils et à toutes les filles de notre beau pays le Bénin que je m'offrai pour la démocratie. Je le répète aujourd'hui. Je m'offre pour la démocratie. Si mon sacrifice peut vous permettre à vous monsieur le Président et à vos collègues de retrouver votre indépendance face au pouvoir exécutif. Alors je n'aurai pas souffert inutilement ce calvaire et cette terreur. Back to sender pour les 20 ans. Je le pardonne."

4h 30 minutes: suspension de l'audience

6h13 minutes: reprise de l'audience

Reckya Madougou et ses coaccusés sont invités à nouveau à la barre
La cour acquitte au bénéfice du doute Mama Bio Tidjani

Reckya Madougou, Bio Dramane Tidjani, Ibrahim Mama Touré, Georges Saka condamnés à 20 ans de réclusion criminelle et 50 millions d'amende

Le policier Mohamed Mora Gbassiré est condamné à 5 ans de prison et deux millions d'amende

La Cour a fait droit à la demande du ministère public en requalifiant les faits de financement du terrorisme en complicité d'acte de terrorisme.

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