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Exposition aux polluants chimiques au Bénin : une étude alerte sur des risques sanitaires élevés chez les travailleurs

Exposition aux polluants chimiques au Bénin : une étude alerte sur des risques sanitaires élevés chez les travailleurs

L’exposition des travailleurs aux polluants chimiques dangereux au Bénin a fait l’objet d’une étude menée par le Docteur Nonvignon Marius Kedoté, enseignant-chercheur au département de santé environnementale à l’Institut régional de santé publique (IRSP), et le professeur Ayélo Paul, enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Restitués lors d’un atelier les 13 et 14 janvier 2026 à Cotonou, les résultats de cette étude appellent à des mesures urgentes de prévention et de surveillance.

L’exposition des travailleurs aux polluants chimiques dangereux au Bénin a fait l’objet d’une étude menée par le Docteur Nonvignon Marius Kedoté, enseignant-chercheur au département de santé environnementale à l’Institut régional de santé publique (IRSP), et le professeur Ayélo Paul, enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Restitués lors d’un atelier les 13 et 14 janvier 2026 à Cotonou, les résultats de cette étude appellent à des mesures urgentes de prévention et de surveillance.

Docteur Nonvignon Marius KEDOTE, coordinateur du projet BIONET

Docteur Nonvignon Marius KEDOTE, coordinateur du projet BIONET

Une étude tire la sonnette d’alarme sur l’exposition des travailleurs aux polluants chimiques au sud du Bénin. L’étude a été menée entre février et juin 2025 sur 750 travailleurs du secteur formel et informel dans le cadre du projet BIONET (Euro-African Biomonitoring Network). Elle a ciblé agriculteurs, dockers, commerçants, conducteurs et professionnels de santé dans les départements de l’Atlantique et du Littoral.

 

Réunis les 13 et 14 janvier 2026 à la Faculté des sciences de la santé (FSS) de Cotonou, travailleurs, chercheurs, acteurs institutionnels, professionnels de la santé et professionnels des médias ont pris connaissance des résultats de l’étude pilote du projet BIONET. Présentés par le coordonnateur du projet, Docteur Nonvignon Marius Kedoté, les résultats dressent un tableau peu reluisant. 88 % des travailleurs enquêtés déclarent présenter au moins un symptôme compatible avec une exposition chronique aux polluants chimiques. Les maux de tête concernent 59 % des répondants, la fatigue chronique 54 %, tandis que 48 % rapportent une toux persistante ou des troubles respiratoires.

 

À ces symptômes s’ajoute un autre indicateur inquiétant. 37 % des travailleurs déclarent souffrir d’une maladie chronique, notamment l’hypertension artérielle ou l’asthme. Une situation qui pourrait se justifier, selon les chercheurs, par des conditions de travail marquées par une exposition prolongée et répétée à des substances nocives.

 

L’étude souligne en effet que 72 % des travailleurs exercent plus de huit heures par jour, 53 % plus de cinq jours par semaine, et 54 % occupent le même poste depuis plus de dix ans. Autant de facteurs qui favorisent une exposition cumulative aux polluants chimiques.

 

Des polluants connus, des risques établis

 

Les polluants les plus fréquemment rapportés sont les fumées de véhicules et diesel (43,5 %), le monoxyde de carbone (37,2 %), le benzène (35,3 %), le dioxyde de soufre (30,1 %), le cuivre (29,7 %) ou encore les oxydes d’azote et le toluène. Des substances qui ne sont pas sans répercussion sur la santé.

 

L’étude pilote du projet BIONET établit d’ailleurs des associations significatives entre certaines expositions et des pathologies spécifiques. Les travailleurs exposés au cuivre présentent trois fois plus de risques de douleurs abdominales. L’exposition au formaldéhyde multiplie par quatre le risque de difficultés respiratoires. Quant aux fumées de véhicules, elles sont associées à un risque six fois plus élevé d’hypertension artérielle.

 

Selon les données présentées, 73 % des travailleurs n’appliquent aucun protocole de sécurité sur leur lieu de travail malgré les expositions. Seuls 27 % déclarent utiliser régulièrement des Équipements de protection individuelle (EPI), et 47 % n’en utilisent aucun. L’usage quotidien des EPI ne concerne que 39 % des enquêtés. Cette habitude n’est notée que dans le rang des professionnels de santé. 78,8 % des agents de santé font un usage quotidien des équipements de protection individuelle.

 

Si 77,6 % des travailleurs reconnaissent être exposés à des produits chimiques dans le cadre de leurs activités, plus d’un tiers juge cette exposition élevée, sans pour autant prendre des dispositions pour s’en prémunir. Deux principaux facteurs justifient pourquoi les travailleurs ne se protègent pas contre les polluants, d’après le coordonnateur du projet BIONET. «Il y a le facteur économique qui fait que les gens ne se protège pas contre les polluants. Ensuite, il y a les facteurs culturels. Les gens nous disent, "c'est Dieu qui nous protège"», rapporte le Marius Kedoté.

 

Recommandations et attentes

 

Au terme de la restitution, les chercheurs ont formulé plusieurs recommandations à l’endroit des décideurs publics. Ils plaident pour le déploiement immédiat d’un système de surveillance sentinelle des expositions professionnelles, la promotion et la distribution ciblée d’équipements de protection adaptés aux risques, ainsi que le renforcement de l’inspection du travail, notamment dans le secteur informel.

 

L’accès élargi à la médecine du travail figure également parmi les priorités identifiées. Les chercheurs plaident pour la promotion des bilans de santé périodiques en vue de dépister précocement les éventuelles atteintes respiratoires ou cardiovasculaires.

 

Côté attentes, Maphine Dahoutou, ingénieur en sciences environnementales, espère que le projet ne s’arrête point à la phase pilote. « Je serais ravie que le projet se poursuive et s’étende à d’autres cibles. Et dans la mesure du possible qu’on ait des retours. Donc si le projet peut continuer jusqu’à exécution afin d’amener chaque citoyen béninois à changer de comportement, ça serait bien », a-t-elle extériorisé à l’issue de l’atelier.

 

Yessouffou Daouda, grutier au Port de Cotonou, souhaite, pour sa part, que des campagnes de sensibilisation soient organisées à l’endroit des dockers du port de Cotonou sur l’importance de se protéger des polluants chimiques. « Nous sommes des cibles très exposées vu l’environnement de travail dans lequel nous sommes. Il y a des camions qui viennent embarquer ou débarquer les marchandises au port avec leur lot de pollution atmosphérique. Il y a aussi le travail d’ensachage que nous faisons lors de l’arrivage des navires d’engrais », a-t-il donné en guise d’exemple pour justifier la nécessité des campagnes de sensibilisation.

 

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