Le gouvernement de Patrice Talon a engagé plusieurs réformes fortes dans le secteur sanitaire entre 2016 et 2026. Certaines décisions ont suscité de vifs débats, d’autres ont été saluées comme des ruptures historiques dans la gouvernance de la santé publique au Bénin.
1- La restriction du droit de grève des agents de santé
C’est probablement l’une des réformes les plus sensibles du régime Talon dans le secteur de la santé. En octobre 2022, l’Assemblée nationale adopte la loi n°2022-21 modifiant la loi portant exercice du droit de grève au Bénin.
Le texte interdit le droit de grève aux personnels des services de santé, au même titre que les forces de sécurité ou certains secteurs stratégiques.
Le texte prévoit également des sanctions lourdes contre les contrevenants, allant de l’amende à l’emprisonnement, sans exclure la révocation.
Avant cette réforme, les mouvements de grève des médecins et agents de santé paralysaient régulièrement les structures sanitaires publiques, avec des perturbations importantes dans la prise en charge des patients.
Le gouvernement justifie alors cette mesure par la nécessité d’assurer la continuité des soins et de protéger les populations contre les conséquences sanitaires des débrayages prolongés.
Très critiquée par certaines organisations syndicales et des défenseurs des libertés syndicales, cette réforme a néanmoins permis d’eviter des décès liés aux grèves dans les hôpitaux publics au Bénin.
2- L’interdiction de la clientèle privée pour les médecins du public
Avant 2018, certains professionnels de santé utilisaient «leurs horaires de travail dans le public pour aller s’occuper de leurs patients dans le privé», avait expliqué à VOA Afrique, le secrétaire général du syndicat unité du CNHU de Cotonou, Théophile Dossou.
«Pendant les quelques heures que certains praticiens viennent passer dans les centres publics, c’est l’occasion pour eux de dénicher et d’orienter les patients vers leurs cliniques», avait-il confié en septembre 2018.
Pour rectifier le tire, le gouvernement béninois pris le décret n°2018-342 portant suspension de délivrance d’autorisation et révocation d’autorisation pour l’exercice en clientèle privée des professions médicales ou paramédicales par un agent public.
Le texte suspend toute autorisation d’exercice privé pour les médecins et agents de santé employés par l’État, sauf dérogation spéciale accordée par décret en Conseil des ministres.
Le gouvernement voulait ainsi mettre fin à plusieurs pratiques dénoncées depuis des années dans les hôpitaux publics :
-l’absentéisme de certains médecins ;
-le transfert présumé de patients vers des cliniques privées ;
-les conflits d’intérêts entre activité publique et pratique privée.
L’article 3 du décret considère même tout exercice privé illégal comme « une faute professionnelle grave », passible de révocation ou de résiliation du contrat de travail.
Un autre décret introduit néanmoins une dérogation spéciale pour les praticiens anesthésistes-réanimateurs, en raison du déficit de spécialistes dans cette branche. Il s’agit du décret n⁰ 2018-343 du 25 juillet 2018 portant dérogation spéciale, pour les agents publics de la spécialité anesthésie-réanimation, à la suspension de délivrance d'autorisation pour l'exercice en clientèle privée des professions médicales ou paramédicales.
Cette réforme a profondément modifié les rapports entre le public et le privé dans le secteur médical béninois.
3- Le projet ARCH et l’assurance maladie obligatoire
Le projet Assurance pour le renforcement du capital humain (ARCH) est présenté par le gouvernement comme l’un des plus grands programmes sociaux du régime Talon.
Son volet assurance maladie vise à améliorer progressivement l’accès aux soins des populations pauvres et vulnérables. Le programme repose notamment sur la prise en charge totale des pauvres extrêmes par l’État et une prise en charge partielle des pauvres non extrêmes.
Après la phase pilote du projet ARCH dans sept communes, la phase de généralisation est enclenché petitement depuis 2022.
Le volet assurance maladie du projet ARCH couvre gratuitement toutes les consultations générales, vingt-deux (22) affections et actes médicaux ainsi que les analyses biomédicales y afférentes.
Le décret n°2025-672 du 29 octobre 2025 portant modalités de mise en œuvre de l’assurance maladie obligatoire prévoit notamment :
-la prise en charge intégrale des pauvres extrêmes ;
-l’obligation d’assurance pour les salariés ;
-un panier minimal de soins ;
-la participation de l’État au financement de plusieurs catégories sociales.
Le programme ARCH constitue surtout une tentative de transformation progressive du système de protection sociale béninois autour de la couverture sanitaire universelle.
4- La modernisation des infrastructures sanitaires et la construction du CHIC
Le secteur sanitaire béninois a également connu d’importants investissements dans les infrastructures et équipements médicaux sous le régime Talon.
Lors de l’émission « PAG 2021-2026 : reddition de comptes » diffusée en septembre 2024, le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin a évoqué la réhabilitation de près de 700 centres de santé ainsi que la construction ou la finition de plusieurs hôpitaux de zone et centres de santé d’arrondissement.
Mais le projet le plus grandiose reste la construction du Centre Hospitalier International de Calavi (CHIC). Construit pour environ 115 milliards FCFA, le CHIC est présenté comme un hôpital ultramoderne de référence doté de plusieurs centaines de lits et de plateaux techniques spécialisés.
« Un hôpital de près de 500 lits, avec des équipements modernes de dernière génération », avait déclaré Benjamin Hounkpatin lors de l’émission de reddition de comptes.
À travers le CHIC, le gouvernement vise notamment à réduire les évacuations sanitaires coûteuses vers l’étranger et à renforcer les soins spécialisés au Bénin.
5- La création de l’Autorité de Régulation du Secteur de la Santé (ARS)
Autre réforme majeure du régime Talon : la création de l’Autorité de Régulation du Secteur de la Santé (ARS) par le décret n°2019-417 du 25 septembre 2019. Rattachée à la Présidence de la République, l’ARS est présentée comme l’organe supérieur de régulation du secteur sanitaire béninois.
Le décret lui confère plusieurs missions stratégiques :
-contrôler la qualité des soins ;
-définir des normes sanitaires ;
-certifier les établissements de santé ;
-accréditer les professionnels ;
-surveiller la gouvernance hospitalière ;
-évaluer les équipements médicaux.
Lancé le 19 mars 2024, le déploiement du dispositif de l’Autorité de régulation du secteur de la santé (ARS) pour la sécurité du patient a été effectué dans les établissements sanitaires du Bénin.
De janvier à décembre 2025, l'ARS a inspecté au moins une fois 928 établissements de santé dont 626 publics et 302 privés. C’est ce qui ressort du point fait le 15 janvier 2026 par la Cellule de contrôle et d’inspection des structures de prestations de soins médicaux de l’Autorité de régulation du secteur de la santé (ARS).
Dans sa mission de surveillance, la cellule de contrôle et d'inspection a prononcé des sanctions face au non-respect des dispositions réglementant l'exercice en médecine au Bénin. Un homme a été interpellé et mis à la disposition de la justice pour pratique clandestine en médecine. Son cabinet d'échographie a été fermé. La cellule a également procédé à la fermeture d'un cabinet de soins clandestin installé dans une promiscuité.
Dans l’optique de sanctionner les auteurs de dysfonctionnements dans les hôpitaux, le gouvernement a mis en place, en septembre 2025, un numéro WhatsApp destiné aux plaintes des usagers des hôpitaux publics.
Dépuis lors , les victimes « de mauvais accueil, d'un acte de rançonnement, de vente illicite de médicaments et autres dérives » dans les hôpitaux et centres de santé publics peuvent envoyer leurs plaintes par audio ou texte via WhatsApp au numéro 01 91 44 44 44.
L’initiative illustre la volonté des autorités de renforcer le contrôle du fonctionnement des structures sanitaires publiques et de responsabiliser davantage les acteurs du secteur.
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