19ᵉ réunion de l’Initiative Afrique, organisée à Cotonou, au Bénin
Des experts en fiscalité, des responsables africains et des partenaires internationaux venus des quatre coins du continent se sont réunis, ce mardi 30 juin à Cotonou, à l'occasion de la dix-neuvième réunion de l'Initiative Afrique. Organisée par le Forum mondial sur la transparence et l'échange de renseignements à des fins fiscales de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en partenariat avec la Direction générale des Impôts du Bénin, la rencontre a été marquée par le lancement du rapport Transparence fiscale en Afrique 2026.
L'Initiative Afrique a été lancée en 2014 autour d'une conviction, rappelle Nicolas Yènoussi, ministre délégué chargé des Finances et de la Microfinance du Bénin et coprésident de l'Initiative. « Les défis liés à la fraude fiscale, à l'évasion fiscale et aux flux financiers illicites ne peuvent être relevés efficacement que dans un esprit de coopération et de solidarité entre les États africains, » en est-il convaincu.
Douze ans plus tard, la plateforme rassemble 39 pays membres autour d'un objectif commun, faire de la transparence fiscale et de la coopération internationale de véritables leviers de développement.
Entre 2009 et 2024, plus de 4,2 milliards d'euros de recettes additionnelles ont été identifiés ou recouvrés par une vingtaine de pays africains grâce aux outils d'échange de renseignements fiscaux. « L'Afrique n'est plus en marge du dialogue fiscal mondial, mais elle en est désormais un acteur à part entière », a salué le ministre Yènoussi.
Des milliards perdus dans l'opacité internationale
Pour le directeur général des Impôts du Bénin, Erick Maxime M. Akakpo-Djihountry, l'enjeu dépasse le seul cadre technique. Selon plusieurs rapports économiques, l'Afrique perd chaque année des dizaines de milliards de dollars dans les circuits de la finance opaque internationale. « Ce ne sont pas juste des chiffres ; ce sont surtout des écoles et des infrastructures qui ne sont pas construites, des hôpitaux privés de médicaments et de plateaux techniques », a-t-il illustré devant l'assistance.
Pour étayer son propos, il a cité l'économiste américain et Prix Nobel d'économie 2001, Joseph Stiglitz : « L'évasion fiscale n'est pas seulement un problème technique, c'est une injustice morale qui ronge le contrat social. » Erick Maxime M. Akakpo-Djihountry a plaidé pour « une réponse collective, coordonnée et sans faille », estimant qu'aucune administration fiscale ne peut relever ce défi seule.
Le Rapport 2026 sur la transparence fiscale en Afrique, élaboré conjointement par le Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales et le Forum sur l'administration fiscale africaine (ATAF), met en lumière des progrès encourageants dans le renforcement de l’échange de renseignements (EOI) à travers l’Afrique.
Présentant les principales conclusions du rapport, Maria José Garde, cheffe du Secrétariat du Forum mondial, a indiqué que les pays africains ont collectivement identifié 4,6 milliards d'euros, soit environ 3 013 milliards F Cfa, de recettes supplémentaires depuis 2009 grâce à l'échange de renseignements et aux programmes de divulgation volontaire associés.
3 518 accords d'échange de renseignements fiscaux
Pour la seule année 2025, 25 pays africains ont eu recours à l'échange de renseignements sur demande, contre seulement six en 2014, permettant d'identifier 417 millions d'euros, soit environ 273 milliards F Cfa, de recettes fiscales supplémentaires. Cinq pays : la Tunisie, le Cameroun, le Kenya, l'Ouganda et le Maroc, concentrent à eux seuls près de 75 % des demandes adressées à leurs partenaires, témoignant d'une appropriation croissante des mécanismes d'échange.
Au-delà de l'échange sur demande, la mise en œuvre de la Norme commune de déclaration progresse sur le continent. Huit pays (l'Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya, Maurice, le Nigeria, l'Ouganda, le Rwanda et les Seychelles) procédaient déjà à des échanges automatiques de renseignements en 2025. Six autres États, dont le Cameroun, le Maroc, le Sénégal et la Tunisie, se sont engagés à rejoindre prochainement le dispositif.
Les administrations fiscales participantes ont ainsi reçu des informations sur près de 3 millions de comptes financiers, représentant 259 milliards d'euros d'actifs détenus à l'étranger. Le continent comptait par ailleurs, à fin 2024, 3 518 accords d'échange de renseignements fiscaux, dont 85 % conclus dans le cadre de la Convention multilatérale d'assistance administrative mutuelle en matière fiscale.
Jacques Brice Libanzangomo est directeur de la législation et du contentieux à la direction générale des impôts du Gabon. A l’issue de la première journée de travail, il dit espérer qu'avec les témoignages des juridictions, « d'autres prennent le pas et essaient de s'approprier ces outils pour une meilleure mobilisation de ressources dans les pays ». Il voit cette réunion comme « l'occasion pour l'Afrique de parler d'une même voix sur la scène internationale et de participer à la construction de la norme fiscale internationale de par son expérience, de par son environnement et des défis qu'elle a à relever ».
Il apprend que l'administration fiscale gabonaise met les bouchées doubles « en ce moment pour la mise en place de la facture électronique normalisée » et dit espérer que cela soit effectif d'ici la fin de l'année. Car « c'est un outil qui nous permettra non seulement de contrôler les opérateurs économiques mais de nous assurer de la sincérité des déclarations et des impôts qu'ils ont payés ».
Les travaux se poursuivent jusqu'au 2 juillet 2026, avec des sessions consacrées à la transparence des bénéficiaires effectifs, aux programmes de divulgation volontaire et aux défis posés par les cryptoactifs. Une table ronde des ministres des Finances et des responsables d'administrations fiscales devra identifier les priorités régionales pour la mobilisation des ressources intérieures.
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