Georges Alé, fondateur et Pdg de la Sdp
« Mise en lumière des matériaux locaux dans la construction durable au Bénin : Utilisation innovante du sable argileux (terre de barre) pour des infrastructures modernes, économiquement adaptées et climatiquement résilientes ». C'est le thème des Sdp Talks, tenus vendredi 19 avril 2024, à Cotonou. La deuxième édition de ce rendez-vous de réflexion et d’échanges, initié par la Société de Développement des Projets (Sdp) pour « décloisonner des sujets importants » a mobilisé cadres de l'administration, enseignants-chercheurs, architectes, ingénieurs, entrepreneurs, bureaux d'études et profanes du secteur de la construction.
Justifiant le choix du thème, le président directeur général de la Sdp, Georges Alé a indiqué que dans le secteur de la construction, plus de 40 % du coût de réalisation des infrastructures est lié aux matériaux utilisés. L’importation des matériaux augmente les coûts de réalisation. En plus, les matériaux conventionnels utilisés jusque-là sont en voie de disparition. D’où la nécessité de penser à des alternatives locales viables. Ce qui ne peut se faire sans la prise en compte de la recherche, qu’elle soit fondamentale ou pratique. Pour le Pdg de la Sdp, ingénieur et docteur en génie civil, qui a fait ses preuves en Afrique et en France, il est important que les sujets développés par les chercheurs mais qui sont fermés dans leurs laboratoires puissent être débattus.
Un matériau d'avenir
Pour donner une base scientifique aux discussions, la Sdp a choisi Mohamed Gibigaye, professeur titulaire de génie civil et enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, pour animer la communication introductive.
Professeur Mohamed Gibigaye a fait savoir que le Bénin possède, et le sait depuis 1962, sept plateaux qui regorgent d’énormes quantités de terre de barre. Ce sont les plateaux d'Abomey, Allada, Zangnanando, Kétou, Aplahoué, Ouidah et la bande de la Lama. Mais, seule la barre de terre du plateau de Zangnanando peut être utilisée à l'état naturel par les ingénieurs et architectes.
Celle des autres plateaux nécessite une reconstitution de sa composition granulaire avant usage. Par exemple, des fibres de tige de riz ajoutées à la terre de barre, elle peut servir à la construction des façades des bâtiments. L’association du sable de carrière rend la terre de barre amaigrie et utilisable pour les couches d'assise des chaussés.
Évoquant les avantages écologiques du sable argileux dans la construction durable, l’enseignant-chercheur a relevé la résistance aux effets des conditions climatiques changeantes et extrêmes. Ce matériau, fait-il remarquer, offre aux bâtiments une grande flexibilité de dilatation et de contraction, une bonne capacité d'isolation thermique et régule l'humidité. Il permet aussi de réduire l'impact carbone lié au ciment, d'éviter des frais de transport. Son utilisation promeut le savoir-faire local et valorise l'identité culturelle.
Mohamed Gibigayé recommande la construction des bâtiments publics emblématiques, des écoles et centres de santé en terre de barre. Il préconise l'organisation de la filière terre de barre, de l'approvisionnement jusqu'à son utilisation.
Le professeur recommande aussi la mise en place de centres de formation dédiés aux techniques de construction en terre de barre et la création de conditions favorables développement d'unités semi-industrielles de fabrication de briques et carreaux en terre. Il préconise aussi des campagnes d'information du grand public sur les atouts de la construction en terre de barre.
SDP Talks, une responsabilité sociale assumée
Au terme de cette soirée enrichissante, Georges Alé a rassuré de l'engagement de son cabinet d'ingénierie, la SDP, à continuer avec ses ‘’Talks’’. L’initiative, a-t-il souligné, entre dans le cadre de la responsabilité sociétale de la SDP, qui se veut un cabinet de référence ouvert sur la société. Les SDP Talks réunissent divers acteurs pour traiter des sujets ayant trait aux BTP, l’urbanisme et plus largement l'économie. « Les sujets ne sont pas uniquement fermés au secteur de la construction et des infrastructures », a-t-il souligné.
Georges Alé assure qu'en prenant cette part de responsabilité, son entreprise va « promouvoir les éléments transversaux qui sont souvent oubliés dans notre secteur : le transfert des compétences, le développement du tissu local, la promotion de l'utilisation des matériaux locaux, les réflexions plus approfondies sur les aménagements ».
La Sdp a été fondée fin 2021 par Georges Alé, avec pour ambition de fournir des directeurs de projets de haut niveau dont l’Afrique a besoin pour la réalisation d’infrastructures de qualité avec des coûts et des délais maîtrisés.
Ingénieur et docteur en génie civil, Georges Alé, faut-il le rappeler, a fait l’essentiel de sa carrière dans les métiers de la construction, des concessions d’infrastructures et partenariats public-privé en Afrique. C’est après avoir cumulé une vingtaine d’années d’expérience à des postes de direction, d’abord chez Vinci dans plusieurs pays africains et en France, ensuite chez Bouygues en tant qu’administrateur directeur général de Colas Afrique, qu’il a fondé la Sdp.
La première édition des Sdp talks, en novembre 2023, avait porté sur la fabrique des villes africaines, entre villes informelles et villes formelles.
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