Renforcer l’arsenal juridique et technique ne suffit plus pour une meilleure prise en charge des survivant.e.s des violences basées sur le genre. C’est du moins ce que pense le consortium ROAJELF Bénin – Famille, Nutrition et Développement (FND-ONG) selon qui, il faut désormais toucher au cœur des pratiques professionnelles. Dans ce sens, le consortium a initié une série de trois sessions de clarification des valeurs professionnelles. La première de cette série a été ouverte, mardi 23 juin 2026 à Abomey-Calavi.
Inscrite dans le cadre du projet « Féministes en Action - Phase 2 », cette initiative vise à améliorer la prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre (VBG) au Bénin. Elle cible directement les maillons essentiels de la chaîne de réponse que forment les médecins, les agents de santé, les officiers de police judiciaire, les avocats, les travailleurs sociaux ainsi que les acteurs institutionnels.
Au-delà de la technique, le défi du comportement
Si le Bénin a considérablement renforcé son arsenal juridique et institutionnel ces dernières années, des goulots d’étranglement persistent sur le terrain. Dans son discours d'ouverture, Hélena Capo-Chichi, présidente de l’ONG FND, a dressé un diagnostic des défis actuels. Elle a notamment mis l'accent sur une appropriation encore inégale des procédures de prise en charge, une compréhension limitée de la chaîne médico-légale, des lenteurs récurrentes dans la délivrance des certificats médicaux et une coordination qui reste à parfaire entre les différents secteurs impliqués.
Mais pour la présidente, le nœud du problème est souvent invisible, car lié aux perceptions. « Améliorer la prise en charge des survivantes ne dépend pas uniquement de la disponibilité des textes, des outils ou des ressources. Cela dépend aussi — et surtout — de la manière dont chaque acteur comprend son rôle, exerce ses responsabilités, et interagit avec les survivantes », a-t-elle martelé.
« Un accueil inapproprié peut dissuader une survivante de poursuivre ses démarches. Un retard dans la prise en charge peut compromettre des preuves essentielles. Un certificat médical mal établi peut fragiliser une procédure judiciaire. À l’inverse, une écoute attentive peut changer le cours d’une vie. », a souligné Hélena Capo-Chichi, présidente de l'ONG FND.
Deux jours pour harmoniser les pratiques à Abomey-Calavi
Durant les deux jours de travaux, les participants vont alterner entre rappels techniques et examens de conscience. Les échanges porteront sur les procédures opérationnelles standards, les exigences du certificat médical ou encore les délais critiques d'intervention. Au-delà de ces aspects, l'accent sera mis sur des valeurs jugées non négociables telles que le respect de la dignité humaine, la confidentialité, la non-discrimination, l’intégrité et le professionnalisme.
Cette approche, fortement saluée par les autorités locales et sanitaires présentes, répond à un impératif de développement. Eléonore Dah épouse Lalèyè, représentante du Directeur départemental de la santé de l’Atlantique, a rappelé l'urgence de la thématique en affirmant que là où la femme vit dans la peur, il ne peut y avoir de développement. Elle a rassuré les participants sur l'existence, au niveau du secteur de la santé, d'un solide arsenal de dispositions qu'il convient désormais de mieux faire connaître et appliquer à travers cet atelier.
De son côté, le représentant de la mairie d'Abomey-Calavi, César Gbèdolo Hounhoui, a tenu à remercier chaleureusement l’ONG FND pour ses actions concrètes et son impact continu au sein de la commune, tout en souhaitant un plein succès aux travaux.
Cette session de formation marque le top départ d’un processus de transformation à long terme. La phase 2 du projet « Féministes en Action », portée par le consortium ROAJELF Bénin-FND ONG, bénéficie du soutien financier et technique d'Equipop/Agence Française de Développement (AFD).
Les actions de ce consortium couvrent quatre départements stratégiques du Nord au Sud du Bénin, à savoir l’Atlantique et le Littoral d'une part, et l’Alibori et le Borgou d'autre part.
En orientant les projecteurs sur l'éthique et l'empathie des professionnels, l'ONG FND et ses partenaires rappellent une vérité fondamentale : la qualité de la prise en charge des survivantes de VBG demeure le meilleur indicateur du niveau de justice et d’humanité d’une société.
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