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Guerre en Ukraine : la Russie accusée d’avoir recruté des milliers d’Africains, Moscou dément

Guerre en Ukraine : la Russie accusée d’avoir recruté des milliers d’Africains, Moscou dément

Depuis décembre 2025, une note de l’Institut français des relations internationales (IFRI) alimente un débat sur l’implication de jeunes Africains dans la guerre russo-ukrainienne à travers des recrutements organisés par la Russie. Si les chiffres précis varient selon les sources, l’étude et plusieurs médias crédibles font état d’un phénomène suffisamment massif pour susciter des réactions diplomatiques et des enquêtes étatiques en Afrique. De son côté, Moscou dément fermement et se dit victime de cabale médiatique.

Depuis décembre 2025, une note de l’Institut français des relations internationales (IFRI) alimente un débat sur l’implication de jeunes Africains dans la guerre russo-ukrainienne à travers des recrutements organisés par la Russie. Si les chiffres précis varient selon les sources, l’étude et plusieurs médias crédibles font état d’un phénomène suffisamment massif pour susciter des réactions diplomatiques et des enquêtes étatiques en Afrique. De son côté, Moscou dément fermement et se dit victime de cabale médiatique.

Des militaires russes tirent un obus de mortier sur une position de combat dans la région de Zaporijia (ph : Sputnik)

Des militaires russes tirent un obus de mortier sur une position de combat dans la région de Zaporijia (ph : Sputnik)

Un recrutement massif, mais difficile à quantifier avec précision. Parue en décembre 2025, une étude de l’IFRI intitulée "La politique russe de recrutement de combattants et d’ouvrières en Afrique subsaharienne" (voir ici), soutient que la Russie mène des campagnes ciblées de recrutement de combattants non professionnels et de travailleurs africains pour soutenir son effort de guerre en Ukraine et ses industries liées à l’armement. L’IFRI note que l’Afrique subsaharienne constitue un « vivier » en raison des taux élevés de pauvreté et du désir d’émigration des jeunes générations, notamment urbaines.

 

D’autres sources médiatiques citent des données chiffrées issues d’autorités ukrainiennes. Kiev, rapporte Tribune India dans un article publié en novembre 2025,  avance qu’au moins 1 436 ressortissants de 36 pays africains se trouvent actuellement engagés dans les forces russes en Ukraine. Ces chiffres qui ne constituent pas une estimation définitive donnent un ordre de grandeur souvent cité dans les rapports publics.

 

Plus globalement, rapporte The Telegraph,  à l’occasion du sommet  Crimea Global en octobre 2025, un officiel ukrainien affirmait qu’il y avait 18 000 combattants étrangers dans les rangs russes. Parmi  ces combattants étrangers originaires de 128 pays, 3 300 auraient été tués. 

 

 Des méthodes de recrutement très controversées

 

Le rapport de l’IFRI décrit des méthodes de recrutement jugées “abusives et trompeuses” «s’apparentent à une forme de trafic d’êtres humains dont la conséquence la plus tragique est l’envoi sur le front de mercenaires amateurs comme chair à canon ».

La méthode reposerait sur des réseaux russo-africains, des intermédiaires locaux, des agences de travail à l’étranger ou des organisations de jeunesse. Les jeunes candidats sont souvent attirés par des offres d’emploi ou de formation alléchantes, sans information claire sur la nature réelle de l’engagement. D'après Thierry Vircoulon  et Horacio Givone, les auteurs du rapport, «majoritairement animées par une motivation économique, les personnes recrutées sont souvent trompées par des offres de formation et d’emploi mensongères». Une fois en Russie, disent-ils, les candidats  peuvent se retrouver signataires de contrats militaires qu’ils ne comprennent pas ou auxquels ils n’auraient pas consenti en connaissance de cause. 

 

The Guardian, le média britannique a documenté des cas où des recrues africaines et asiatiques - notamment des Kényans, Ougandais ou Bangladais - ont été confrontées à des conditions de service extrêmement dangereuses, parfois utilisées à l’avant-poste sans entraînement adéquat. Une enquête récente du Guardian relate ainsi des témoignages de Kényans ayant été trompés par de fausses offres d’emploi avant d’être envoyés au front. 

 

Selon Foreign Policy, un observatoire des enjeux internationaux, les recruteurs auraient exploité des plateformes variées - réseaux sociaux, applications de jeux en ligne, et réseaux ambulants - pour diffuser des annonces promettant des salaires élevés, des bonus ou même une citoyenneté accélérée.

 

Au-delà des combattants, l’IFRI souligne un volet moins discuté : le recrutement de jeunes femmes africaines vers des postes industriels, notamment pour travailler dans des zones économiques spéciales russes comme Alabuga, où sont fabriqués des composants d’armement. Les offres d’emploi dans ces usines, souvent relayées comme de simples opportunités économiques, seraient accordées sans transparence suffisante sur les conditions de travail réelles.

 

Moscou dément fermement et critique 

 

Contactée par Banouto pour réagir à ces allégations, l’Ambassade de Russie au Bénin et au Togo a livré une mise au point ferme, rejetant les chiffres avancés et les qualifiant de « fantasmes » ou d’« insinuations » provenant de médias et d’instituts occidentaux, notamment l’IFRI.  

 

«Nous soulignons que ces accusations sont dénuées de toute preuve et reposent principalement sur des insinuations relayées par les autorités de Kiev, ainsi que par des centres pseudo-analytiques occidentaux et des médias qui leur sont affiliés.», réagit la mission diplomatique russe. Elle estime que l’objectif des auteurs est de «saper les relations traditionnellement amicales entre la Russie et les États africains, dont nombre d’entre eux adoptent une position équilibrée et indépendante à l’égard du conflit ukrainien.»

 

La mission diplomatique affirme que Moscou ne dispose d’aucune preuve de travail forcé, de tromperie ou de traite d’êtres humains impliquant des Africains pour des fonctions militaires ou industrielles.

 

L’ambassade a également souligné que le recrutement de mercenaires est interdit par la loi russe, ainsi que par les législations de nombreux pays africains, et que toute implication de ressortissants africains résulte de décisions individuelles prises en dehors d’une politique officielle.

 

Il est à noter que des gouvernements africains ont récemment réagi à ces questions. Le Kenya a indiqué que plus de 200 de ses citoyens sont actuellement en Russie ou en Ukraine dans le cadre de ces engagements, souvent après avoir répondu à des offres prétendument lucratives. Parallèlement, Pretoria a ouvert des enquêtes sur des citoyens sud-africains qui se disent « piégés » dans des contrats militaires à l’étranger. 

 

 

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