« Apologie de crime contre la sûreté de l’Etat, incitation à la haine et la violence et incitation à la rébellion ». Ce sont les chefs d’accusation dont font l’objet quatre (4) personnes interpellées dans l’affaire de coup d'État déjoué contre Patrice Talon. Les mis en cause sont poursuivis par le parquet spécial dans une procédure devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).
Mardi 3 février 2026, les prévenus sont, chacun, passés sur l’estrade de la chambre de jugement de la juridiction spéciale pour s’expliquer sur les accusations mises à leur charge. Des messages, des audios et des vidéos à caractère de soutien aux putschistes du 7 décembre 2026 ont été épinglés.
D’autres prévenus ont été interpellés pour avoir échangé avec Pascal Tigri le jour du coup d'État. C’est le cas de deux prévenus dont le douanier. Ils ont été interpellés à Matéri. Les trois ont plaidé non coupables. Le premier prévenu a rejeté les accusations d'apologie du crime qui lui sont reprochées. Il estime n'avoir commis aucune faute d’apologie.
Selon l’accusation, il lui est subséquemment reproché d'avoir publié un message de soutien aux putschistes. Dans son message, le prévenu aurait désigné les putschistes comme des “sauveurs” qui sont intervenus pour que les autorités puissent corriger ce qui ne va pas dans le pays. Le mis en cause a défendu que son message ne saurait être considéré comme un soutien aux militaires putschistes.
Selon lui, le message est intervenu bien après l'apparition publique des informations faisant état du coup d'État déjoué. « Si c’était avant le coup d'État, je comprendrais mais après le coup d’État déjà il n’y aura de pensée à soutenir une telle action », a fait savoir le prévenu. Il a expliqué que son intention était d’attirer l’attention des dirigeants sur le fait “qu’il faille redresser l’ordre politique”.
« Aucun humain n’est parfait », a-t-il déclaré estimant que le coup d'État déjoué serait une occasion pour le chef de l’État de revoir sa politique pour le bonheur de tous les Béninois. Raison pour laquelle, il a considéré les putschistes comme des sauveurs.
Ancien camarade d’enfant de Pascal Tigri
Lors de l’instruction du dossier, la Cour a révélé des extractions sur des échanges entre un prévenu et le chef de putschistes. Celui-ci a reconnu avoir échangé avec le lieutenant-colonel le jour du putsch manqué. Le prévenu a fait comprendre que le leader des militaires mutins était un ami d’enfance à Tanguiéta. Après plusieurs années, il dit avoir réussi à prendre le contact du militaire alors commandant du camp de Bembèrèkè.
Et le jour du coup d’État, après avoir lu l’implication de son ancien camarade dans le coup d’État, il a décidé de l’appeler pour vérifier. Normalement, considère-t-il dans sa déposition, celui qui est impliqué dans un coup pareil ne pourrait avoir le temps de décrocher un appel mais Pascal Tigri a répondu à son appel. Le lieutenant-colonel ne l’aurait pas vite reconnu, mais le militaire de la Garde nationale lui a confirmé que le coup d’État était effectif et l’a invité à les soutenir. Ayant eu la confirmation de la bonne source, le prévenu aurait confirmé l'information à ses proches encore dans le doute. Très vite sa proximité avec Pascal Tigri est reconnue.
Le douanier qui parle avec Pascal Tigri
l’ami d’enfance de Pascal Tigri serait devenu une source fiable que tout le monde consultait dans la matinée de ce 7 décembre 2025. C'est à ce titre que des jeunes mobilisés pour la récolte du maïs dans le champ du douanier l’ont invité. Selon le frère du douanier, président de l’association des jeunes, l’ami d’enfance du leader des putschistes passait sur un taxi-moto quand un des jeunes l’a identifié.
Personne ne l'a cru sous le manguier où ils étaient installés. Alors l’ami de Tigri qui n’avait pas son téléphone sur lui en ce moment est allé le chercher. Il aurait recontacté Pascal Tigri devant eux et le douanier a profité de l’occasion pour discuter avec le militaire qu’il avait croisé par le passé lors d’un voyage à l’aéroport. « Quand j’ai pris le téléphone, le lieutenant-colonel a demandé de manifester pour le soutenir », a confié le disciple de Saint Mathieu qui dit n’avoir jamais exécuté la demande du militaire.
Le douanier est accusé de s’être absenté à son poste le 6 et le 7 décembre 2025 sans motif. Face à cette accusation, le prévenu a fait comprendre qu’il était au repos de trois jours après une dizaine de jours de service. « J’étais de repos les 6, 7 et 8 décembre », a-t-il insisté. La Cour lui a demandé de fournir les preuves de ses déclarations pour sa prochaine audience programmée au 17 mars 2026.
Son frère, enseignant du secondaire, qui a mobilisé les jeunes de son association pour la récolte du maïs dans son champ de 8 hectares, a rejeté toutes accusations de soutien aux putschistes. Après une première journée de récolte le samedi 6 décembre 2025, il aurait commencé à réunir ses amis pour se rendre au champ quand les informations du coup d’État ont tout plombé. Il faut noter que les trois prévenus n'ont pas pris les services d’un avocat.
Demande de mise en liberté provisoire rejetée pour un membre du PCB
Dans cette même procédure, est poursuivi un membre du Parti communiste du Bénin (PCB). Lui, il a été interpellé à Akpro-Missérété après une manifestation supposée "de soutien au coup d’État déjoué". Le prévenu, instituteur qui a fait valoir ses droits à la retraite, le 1er octobre 2025, ne se voit pas dans les chefs d’accusation mis à sa charge. J. A. a expliqué que la manifestation incriminée était organisée pour célébrer le 11 décembre, la date de la victoire de la démocratie sur le régime militaire de Kérékou. Selon le leader syndical, cette manifestation n’a rien à voir avec le coup d’État déjoué du 7 décembre 2025.
Selon la Cour, dans les séquences des vidéos incriminées, les manifestations scandaient « troupe CEDEAO dehors, troupe ivoirienne dehors, troupe française dehors ». Affirmatif, a rétorqué le militant du PCB. Ces slogans, selon lui, ne constituent pas un soutien au coup d’État mais plutôt une dénonciation pour la souveraineté du pays. Le prévenu a fait comprendre que le Bénin n’avait pas eu besoin de soutien extérieur pour se défendre contre les mercenaires en 1977 sous la révolution. Il estime que le chef de l’État n’avait pas besoin de demander l’intervention des forces extérieures alors que le coup d’État était déjoué avant l’intervention.
Pour le prévenu, ces interventions montrent la faiblesse du pays et la capacité de ses forces à contrer les ennemis malgré les investissements faits. Il a soutenu que la manifestation dont il a été participant n’était pas pour soutenir le coup d’État mais pour demander une nouvelle conférence des forces vives pouvant déboucher sur une constitution consensuelle. Après son inculpation, l’avocat du prévenu a sollicité une mise en liberté provisoire de son client. Le conseil a indiqué que les manifestations du 11 décembre rappellent une date fatidique dans l’histoire démocratique du Bénin. Et les manifestions ayant conduit à cette révolution démocratique a permis président Nicéphore Soglo de déclarer le 7 mai comme nationale de lutte contre la torture, date à laquelle un élève mineur, manifestant avait été tué d’une balle dans le dos.
A cette requête, le ministère public a requis le rejet. Selon la magistrate, l’instruction du dossier de coup d’État est encore en cours. Elle dit ne pas pouvoir prendre des risques pour faciliter une collusion des mis en cause. Le dossier est renvoyé au 17 mars 2026.
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